On s’est demandé, comment lui rendre hommage. Sans être son plus grand fan, son œuvre nous avait accompagné pas mal de temps, et sa mort nous rappelait qu’il n’en restait plus beaucoup de cette époque dont on n’avait pu apercevoir que la queue de comète. Et puis, il faut le reconnaître, on a été un peu énervé par toutes ces nécrologies qui parlaient du mime, de sa sexualité, de ses fringues, de ses films…De tout ce qui, certes avait été important mais qui masquait pour nous l’essentiel : David Bowie a été avant tout un magnifique compositeur et chanteur. La preuve en 10 trésors cachés, parce que les chemins de traverse en ces temps d’hommage consensuel valent mieux que les plus belles avenues lorsque celles-ci sont trop bondées.

  1. Kooks (1971)
    David Bowie dans l’un de ses exercices préférés, le pastiche brillant. Ici, c’est Neil Young qui est pris pour modèle, et si beaucoup ont pu reprocher le côté vampire du Thin White Duke accusé de manière bien injuste de voler les meilleures idées d’autres chanteurs au premier rang desquels Iggy Pop, et Lou Reed, force est de constater, que la maxime due à Picasso selon laquelle le bon artiste copie, et le grand artiste vole se vérifie encore ici.

  2. Lady Grinning Soul (1973)
    Ecrite en hommage à la grande Claudia Lennear, qui inspira également Brown Sugar aux Rolling Stones (dans le genre à part Pattie Boyd avec Layla de Clapton et Something des Beatles, on ne fait pas vraiment mieux), la chanson finale d’Aladdin Sane est l’occasion de constater à quel point David Bowie savait s’entourer de merveilleux musiciens : ici Mike Garson au piano et Mick Ronson à la guitare.

  3. Amsterdam (1973)
    Aussi surprenant que cela puisse paraître pour un aussi grand chanteur, l’art de la reprise chez David Bowie ne fut que trop rarement abouti. A un Pablo Picasso emprunté aux Modern Lovers, un Let’s Spend The Night Together aux Stones ou un Wild Is The Wind à Nina Simone particulièrement réussis, on peut opposer le traitement immonde administré au God Only Knows des Beach Boys ou encore plus ridicule, le cours d’aérobic testostéronée infligé avec Mick Jagger à la pourtant merveilleuse Dancing In The Street de Martha and The Vandellas (le clip fait plus rire que l’intégral des Monty Python).
    Dans son seul album de reprises, l’un peu oublié Pin Ups de 1973, David Bowie réussit ainsi la moitié des titres et rate l’autre. Au très beau mais trop connu single Sorrow, on lui préférera sa face B constituée d’une belle interprétation du classique du grand Jacques, très pompée sur Scott Walker cependant.

  4. Station To Station (1976)
    Injustement considéré comme un simple album de transition entre le funk de Young Americans et la trilogie berlinoise, l’album Station To Station est un des deux ou trois grands disques de David Bowie. La preuve avec le merveilleux morceau éponyme, marche lente et contemplative, qui se transforme en rock nerveux et enfiévré.

  5. African Night Flight (1979)
    Sur le mésestimé Lodger, qui clôt la trilogie berlinoise, Visconti et Bowie s’amusent avec ce scat aux chœurs moyen-orientaux qui ouvre la porte à la World Music. Brian Eno qui participe à l’enregistrement s’en souviendra avec les Talking Head.

  6. Absolute Begginers (1986)
    La bande son inécoutable de ce film irregardable, dispose pourtant avec sa chanson titre d’une des plus belles compositions de Bowie, que même la production bâclée et l’incompréhensible manie qu’a son auteur de foutre partout des soli de saxophones insupportables de mièvrerie, n’arrivent pas à totalement gâcher.

  7. Strangers When We Meet (1993)
    Reprise ensuite sur l’un peu surestimé Outside, ce titre illustrait à l’origine un téléfilm, que personne n’a regardé, et voit Bowie reprendre du poil de la bête après rien de moins qu’un demi-douzaine d’albums tous plus mauvais les uns que les autres.

  8. Like A Rolling Stone (1994)
    On lui avait promis une gloire égale à celle de celui qu’il accompagnait à la tête des araignées de Mars. Las, Mick Ronson le si génial guitariste des premières années n’allait jamais avoir la reconnaissance méritée. La faute à des albums solos inconsistants si ce n’est en de rares occasions, comme sur cette reprise déchainée et posthume de la plus belle chanson de tous les temps, où sa guitare retrouve la voix de son ancien leader.

  9. I’m Afraid Of Americans (1997)
    Dernier grand album de David Bowie, Earthling voit l’ancien membre de Tin Machine se frotter à la musique industrielle et aux rythmes technoïdes, comme dans ce titre critiquant l’impérialisme culturel des Etats-Unis. A la version de l’album, préférez celle issue du film Showgirl (si ce n’est pas un produit de l’impérialisme américain, ça) au mix plus violent et avec la participation de Trent Reznor.

  10. Sue (Or in a Season of Crime)
    Issu du dernier album du maître. Il est bien évidemment encore trop tôt pour juger un disque qui de plus est sorti 48 heures avant le décès de son créateur. Il n’en reste pas moins qu’on ne peut qu’être admiratif devant l’audace d’un homme qui dans ses derniers moments continue à expérimenter, s’entoure de le jeune garde du jazz moderne, puise son inspiration chez Kendrick Lamar, et qui donc, plus que tout autre aura compris que changer, garder toujours un esprit ouvert, c’est vraiment refuser mourir.

Voila de quoi faire votre deuil sans risquer de vous lasser.