Elles sont dansantes, parfois même câlines, on les croit guillerettes, célébrant l’amour, la fraternité, la beauté… En réalité, et de l’aveu même de leurs créateurs, ce sont des « chansons qui dénoncent ». Une injustice, un fait de société, une addiction ou une politique. Petite sélection de ces chansons militantes dont le message a été noyé par leur aspect "tubesque", preuve qu'à force de danser, on n'entend plus les paroles.

  1. Plus Près des Etoiles, Gold, 1986
    Premier single et carton absolu avec ce titre. Écouté en vitesse sur une bande FM, le titre marque par son efficacité mélodique, sa production dans l'air du temps (enfin... dans l'air de 1984, quoi) mais un peu moins par ses paroles que le titre suggère être un poème d'ado. Il n'en est rien, Plus Près des Etoiles traite des boat-people qui fuyaient les dictatures communistes vietnamienne et cambodgienne. Le groupe continuera sur sa lancée avec "Ville de Lumière", à propos de Beyrouth.

  2. Au creux de ton bras, Mano Solo, 1993
    Non, Au creux de ton bras n’est pas une gentille chanson pour amoureux, mais le « coup de gueule » de Mano Solo contre les « enculés » qui vendent leur drogue à des paumés.

  3. 99 Luftballons, Nena, 1983
    Jolie chanson pop de l’Allemande Nena, mais pas une chanson « coconne ». Dans 99 Luftballons, Nena pointe l’absurdité de la Guerre froide et le danger que représente la menace constante d’un conflit nucléaire. La chanteuse imagine ainsi le lâcher de 99 ballons dans l’espace aérien allemand. Ces ballons seraient alors considérés par les radars militaires comme des objets non identifiés et un affrontement nucléaire s’en suivrait.

  4. Beds are burning, Midnight Oil, 1988
    L'engagement de Midnight Oil n'est plus à démontrer, mais le message de Beds are Burning a sûrement été victime de son efficacité rock. Au-delà de sa capacité à faire sauter ses auditeurs, les Midnight Oil ont voulu, par cette chanson, rendre aux Aborigènes, non seulement leurs territoires, mais aussi leur dignité, en réclamant que l’État australien s’excuse officiellement des dommages causés (ce qui n’arrivera finalement qu’aux débuts des années 2000 !).

  5. Say it ain’t so, Joe, Murray Head, 1975
    Des millions d’amants ont dansé sur Say it ain’t so, Joe de Murray Head, pensant parfois qu’il s’agissait d’une chanson de rupture. Sauf que le titre s’inspire d’une histoire vraie, celle de Joe Jackson, un joueur de baseball accusé de triche dans les années 1920 aux États-Unis. Murray Head : « L’histoire de Joe Jackson sert d’image pour exprimer l’impuissance du spectateur face à la corruption en général, Nixon entre autres à cette époque. Il y a aussi une grande frustration à savoir que cette chanson est prise pour une chanson d’amour alors que la corruption et le mensonge politiques sont toujours aussi présents ». Une raison supplémentaire de trouver cette chanson fantastique.

  6. Enola Gay, OMD, 1980
    Chanson entraînante bien emmenée par une voix charmante, Enola Gay n’est pourtant pas une chanson au propos léger. Le titre de la chanson fait ainsi référence au bombardier qui a largué la bombe atomique sur Hiroshima, le 6 août 1945. En effet, l’avion s’appelait Enola Gay, en hommage à la mère du pilote. Les paroles de la chanson Enola Gay font de nombreuses allusions au tragique événement avec notamment la mention « Little Boy », le nom de code de la bombe larguée sur Hiroshima. Il est également fait allusion à l’heure du largage de la bombe, « 8 h 15 ».

  7. Yaka Dansé (L'aborigène), Raft, 1987
    Curieusement, quand ce titre sort en pleine crise néo-calédonienne, alors que les "événements" tuent dans les rangs des partisans et des opposants à l'indépendance, la métropole place ce titre à la deuxième place du Top 50 en remuant la tête sur ce rythme des îles plutôt bien ficelé et en ondulant sur cette basse fabuleuse.

  8. Le Petit train, Les Rita Mitsouko, 1988
    Le Petit Train a été l’un des singles les plus vendus dans la carrière des Rita Mitsouko. Malgré la mélodie et l’air enjoués de la chanson, la chanson aborde pourtant un sujet très grave et douloureux : la déportation des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Sam Ringer, le père de Catherine, en ayant été l’une des victimes.

  9. The Clash, Rock the Casbah, 1982
    À sa sortie en 1982, Rock the Casbah déclenche un vif émoi parmi certains fans de la première du groupe de Joe Strummer, dénonçant une orientation « pop » de leur musique. Il est vrai que Rock the Casbah est l’une des rares chansons des Clash à autoriser une danse moins « brutale » que le pogo. Cela dit, les Clash n’ont rien perdu de leurs aspirations originelles : Rock the Casbah évoque l’interdiction de la musique dans certains pays arabes. Joe Strummer aurait été inspiré par une nouvelle rapportant que des Iraniens avaient été fouettés suite à l’achat d’albums disco. Si l’Iran n’est pas cité dans la chanson, on peut imaginer une critique de la politique de l’Ayatollah Khomeini qui avait interdit la musique rock dans le pays lors de son arrivée au pouvoir en 1979.

  10. Hotel California, The Eagles, 1976
    LA chanson d’amour par excellence, LE slow parmi les slows. Hotel California parle en réalité d’un célèbre centre de désintoxication dans le Los Angeles des années 1970 et traite de l’addiction aux drogues et de ses dérives.
    https://www.youtube.com/watch?v=h0G1Ucw5HDg
  11. Every breath you take, The Police, 1983
    L’exceptionnelle rencontre entre ce morceau et le public (10 millions de singles vendus) relève d’un malentendu, car, alors que tout le monde croit y discerner une déclaration d’amour inconditionnelle, il s’agit en réalité, dans l’esprit de Sting, d’« une chanson qui dénonce la perversité de Big Brother, la surveillance et le contrôle que les dirigeants exercent sur le peuple ».

  12. (bonus) J’aimerais trop, Keen’V, 2011
    Gros coup de gueule du chanteur français Keen’V en 2011. Le garçon y dénonce le traitement infligé à Valérie Bègue, déchue de son titre de Miss France en 2008 suite à la parution de photos d’elle « osées ». Keen’V s’en prend ainsi à Geneviève de Fontenay, ancienne directrice du Comité Miss France et principale responsable du renvoi de Valérie Bègue en 2008 : « A l’autre vieille tu lui as fait ravaler son chapeau ». Waouh !