L’Histoire est affaire de héros ou de losers ; plus rarement, les pleutres et les lâches s’y distinguent par une veulerie hors du commun. C’est le cas de tous les types sympatoches dont on va maintenant examiner les états de service.

1. Joseph Bruce Ismay

Le PDG de la White Star Line voyageait à bord du fleuron de son entreprise, le Titanic. Pendant le naufrage, en 1912, il aida un peu à gauche, à droite et gêna plus qu’autre chose, puis s’enfuit à bord du dernier canot de sauvetage sans respecter la consigne des femmes et des enfants d’abord. Les journaux l’épinglèrent : « Qui pourrait préférer vivre comme un lâche que mourir comme un héros ? »

2. Emmanuel de Grouchy

Il existe un débat historiographique pour savoir si Grouchy était lâche ou stupide. En tout état de cause, il a été considéré comme un lâche par toute une population il est vrai un peu manipulée par le pouvoir napoléonien et la réécriture propre à toute histoire collective un peu narcissique. Toujours est-il qu’avant la bataille de Waterloo, les 17 et 18 juin 1815, Grouchy avait été chargé par Napoléon de poursuivre les Prussiens, un ordre qu’il exécuta n’importe comment et qui le conduisit à ne pas faire venir son bataillon de 33.000 hommes à la bataille proprement dite, laissant échapper tout un corps de l’armée prussienne qui, lui, se rendit bien à la fête. On raconte que le 18 juin, Grouchy aurait préféré déjeuner tranquillou avec un notaire plutôt que de se diriger vers le champ de bataille.

Crédits photo (creative commons) : Public domain

3. Francesco Schettino

Le capitaine du Costa Concordia a été condamné en février 2015 à 16 ans de prison fermes pour homicide involontaire. Lors du naufrage du Costa Concordia, en 2012, il a en effet pris la décision de quitter le navire alors que des centaines de passagers s’y trouvaient encore, les abandonnant à leur sort.

Crédits photo (creative commons) : Rvongher

4. Robert Ford

Symbole américain de lâcheté suprême, Robert Ford était un hors-la-loi qui appartenait à la bande du célèbre Jesse James. Sorte de faire-valoir prodige, Ford faisait tout ce que lui demandait Jesse James, jusqu’à ce jour de 1882 où il voulut récupérer tout le fric pour lui et décida d’abattre son mentor d’une balle dans le dos pendant qu’il accrochait un tableau. Ensuite, son surnom devint Robert « Coward » Ford (Robert « le lâche » Ford).

5. Warren Anderson

En 1984, en Inde, la catastrophe de Bhopal résultant de l’explosion d’une usine américaine tua quelque chose comme 20.000 personnes. Le patron de l’entreprise américaine, Warren Anderson, fut logiquement poursuivi pour homicide involontaire par les autorités indiennes. Il se rendit alors en Inde contre garantie qu’il ne serait pas arrêté. Il fut quand même arrêté, paya une caution et s’enfuit aux Etats-Unis. Considéré comme un fugitif par le parquet de Bhopal en 1992, il fit l’objet d’un mandat d’arrêt international en 2009, mais les Etats-Unis refusent toute extradition.

Crédits photo (creative commons) : Obi from ROMA ,LONDON

6. Commode

L’empereur Commode, connu pour être super méchant dans Gladiator, était aussi un lâche complet. Sa passion pour les combats de gladiateurs était telle qu’il descendait lui-même dans l’arène pour faire son malin. Sauf qu’il ne perdait jamais, puisque les gladiateurs n’osaient pas s’attaquer à l’empereur. Pour montrer son côté sympa, il ne tuait pas ses opposants. En revanche, il se faisait un petit kiff en les assassinant à l’entraînement.

Crédits photo (creative commons) : Public domain

7. Alberto Fujimori

Président du Pérou de 1990 à 2000, Alberto Fujimori est connu pour avoir annihilé la guérilla marxiste péruvienne, le Sentier lumineux, au prix de massacres aveugles. Alors que la constitution l’interdit, il brigue un troisième mandat présidentiel en 2000, mais sa victoire est entachée par un scandale de corruption énorme, des vidéos montrant son ministre de l’Intérieur en train de soudoyer des députés. Dès lors, Fujimori démissionne par une simple note laissée sur son bureau et fuit au Japon pour échapper aux juges qui, désormais, le poursuivent pour homicide. Il sera finalement arrêté puis extradé en 2005 lors d’une visite au Chili et condamné en 2009.

Crédits photo (creative commons) : Staff Sergeant Karen L. Sanders, United States Air Force

8. Ferdinand Schörner

Schörner était un officier allemand durant la Seconde guerre mondiale. Un officier du genre convaincu par le nazisme et décidé à faire la guerre totale, ce qui lui valut un avancement éclair jusqu’au grade de Generalfeldmarschall. Dans le cadre de l’opération « A la fin, le nazisme gagne », il organisait des séances main lourde sur les déserteurs en jouant de la baïonnette comme personne. Quand il se rendit compte que ça virait vraiment chocolat, en 1944, il abandonna quand même son régiment, se déguisa en civil et fuit vers l’Autriche pour éviter d’être fait prisonnier par les Soviétiques. Finalement remis à l’URSS, il se démerda pour se faire libérer, retourna en Allemagne, et continua à défendre le nazisme dans des conférences dispendieuses.

Crédits photo (creative commons) : Bundesarchiv, Bild 183-L29176 / CC-BY-SA 3.0

9. James H. Ledlie

Soldat de l’Union pendant la guerre de Sécession américaine, Ledlie commandait une division pendant le siège de Petersburg (aux Etats-Unis, pas en Russie, mettons les choses en ordre). Au cours de ce siège, des mineurs établirent un plan pour creuser un tunnel sous les lignes confédérées avec comme objectif de blinder le tunnel d’explosifs pour faire sauter les lignes ennemies et créer une brèche. La TNT fit BOUM, et l’objectif était d’envoyer des soldats noirs dans le trou ainsi créé pour disperser les troupes confédérées. Pour des raisons politiques, on décida qu’il ne fallait pas envoyer les Noirs, mais la division de Ledlie. Il n’informa pas du tout ses troupes de la manœuvre à réaliser et elles se firent décimer. Ledlie, lui, resta au chaud, puisqu’il avait décidé de ne pas participer à l’attaque. Il se débranla plutôt la gueule à la vieille prune dans un bunker.

10. Mir Jafar

Mir Jafar a eu un rôle très ambigu au cours de l’invasion britannique en Inde. Très ambitieux, ce leader s’imaginait avec le titre de Nabab du Bengale et joua un jeu trouble pour y parvenir. En 1757, il promit loyauté au Nabab Siraj Ud Daulah, et le trahit pour les Anglais lors de la bataille de Palashi, en échange de l’obtention du trône. Il servit d’homme de paille à la East India company qui pilla totalement la zone. L’appétit des Anglais était tel que Mir Jafar essaya de les trahir à nouveau en s’alliant aux Hollandais et aux Danois. Mais les Anglais gagnèrent la bataille de Chinsurah contre la coalition des pays à langue gutturale et Mir Jafar se trouva comme un con obligé d’abdiquer.

Crédits photo (creative commons) : Public domain

La lâcheté, notamment militaire, reste attachée à un point de vue sur l’histoire et les causes défendues par les personnes mises en cause. Refuser de combattre pour le nazisme ou la libération ne sera pas perçu de la même manière en fonction du sens de l’Histoire. Mais bon, quand il est question d’intérêt personnel au détriment de l’intérêt collectif, on peut toujours trouver une certaine forme d’objectivité au concept de lâcheté.

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