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L'hiver, on a froid, on tombe malade, et on doit supporter les ignominies festives de fin d'année. En plus l'hiver dure atrocement longtemps. Pourtant, il se trouve quelques raisons, au milieu de cette déprime généralisée et du froid polaire, d'apprécier la période hivernale.

  1. L'hiver est en voie d'extinction: il faut apprécier l'hiver à sa juste valeur, parce qu'avec le réchauffement climatique, bientôt, ce ne sera plus qu'un lointain souvenir. Même si la perspective de baguenauder en tongs au mois de novembre est plutôt réjouissante, ça finira bien par nous manquer, les longues soirées d'hiver au coin du feu (de cheminée ou de voitures).
  2. L'hiver met fin aux vanités de ce bas monde: l'hiver, on superpose les couches de façon à amortir tout dérapage fortuit sur du verglas et se prémunir de l'hypothermie. On appréciera également la possibilité de se balader enroulé dans une couette à longueur de journée sans aucun préjudice. L'hiver permet d'arborer sans honte un passe-montagne, des moufles et des cache-oreilles. Reste à discuter du cas litigieux de la cagoule.
  3. L'hiver, on peut se goinfrer sans scrupules: sous le fallacieux prétexte de "faire des réserves" (comme si dès le mois de mars on entrait en période de pénurie alimentaire), ou de se constituer une réconfortante couche de gras anti-froid, l'hiver, on bouffe autant que des ours polaires. C'est la seule période de l'année durant laquelle on peut enchaîner fondue/raclette/tartiflette, sandwich au cassoulet et lasagnes au Nutella sans que personne n'y trouve rien à redire. Il sera bien temps de constater avec effroi son excédent de cholestérol quand les "beaux" jours où il est de bon ton de grignoter de la salade seront de retour...
  4. L'hiver est propice au suicide: quand il neige, c'est beau, on peut batifoler dans la poudreuse, faire des batailles de boules de neige et laisser parler sa fibre créative en réalisant des sculptures de glace du meilleur goût ou de ravissantes choses en neige. Or, les hivers sans neige sont effroyablement déprimants: suggérez habilement aux dépressifs de votre entourage que la période de grisaille et de nuit permanentes se prête à la pendaison, ou plus simplement l'attente de la Mort qui ne manquera pas d'arriver en allant s'allonger en slip dans la rue par moins dix. Vous serez débarrassé(e) d'un certain nombre de pénibles sans avoir à les occire vous-même.
  5. L'hiver autorise la fainéantise: le seul endroit approprié pour passer l'hiver est son lit ou une bouche de métro pour les plus indigents. La société, qui d'habitude n'est pas très à l'aise avec l'idée de ne rien foutre, autorise pourtant l'hibernation dès que chute la température. Personne n'est en état de s'offusquer quand vous ronronnez sur le radiateur pendant vos heures de bureau car tout le monde pionce en lousedé. De plus, une épidémie de grippe/gastro/crève opportunément ravageuse vous prive de la plupart de vos congénères ou les rend suffisamment amorphes pour que vous n'ayez même pas besoin de faire semblant de travailler. Et si par bonheur vous êtes touché(e) à votre tour, l'on vous priera de rester chez vous avec vos miasmes.
  6. L'hiver permet le parasitage en règle: qui dit hiver dit trêve hivernale. Vous avez raté le dernier métro ? Vos congénères plus chanceux sont obligés de vous héberger. S'ils ne veulent pas, changez d'amis et squattez les soupes populaires, il n'y a aucune raison que les SDF soient les seuls à s'amuser. Même si la proximité avec une engeance à l'hygiène douteuse peut s'avérer pénible, vous au moins vous pourrez repartir avec le premier train, les laissant à leur encombrante misère.
  7. L'hiver ne stigmatise plus la picole: les clodos l'ont bien compris, quand il fait froid, il faut boire plus. En tant que bien nanti(e), vous n'avez pas besoin de vous infliger de la Villageoise-bouteille-plastique, du Blanc en brique ou de la 33 pour vous réchauffer, mais plus personne ne vous tiendra rigueur de votre alcoolisme puisqu'on a rien inventé de mieux que le grog pour soigner un rhume ou le schnaps pour vaincre le froid. Vous aurez tout le temps de soigner votre cirrhose quand viendra le printemps.
  8. L'hiver est hygiénique: l'hiver recouvre d'une salutaire couche de givre les immondices du quotidien et fait passer n'importe quel cloaque pour un lieu à la salubrité d'hôpital privé. Aussi profitez du froid pour laisser vos poubelles dans le jardin jusqu'à ce que l'hiver se termine. Marche aussi avec votre vieux chien que vous pourrez placer sur le balcon, il sera dans un admirable état de conservation et pourra même embellir votre extérieur si vous l'entortillez de guirlandes électriques. De même, les émanations corporelles putrides des autres (vous, vous sentez naturellement bon, c'est bien connu) disparaissent l'hiver: on ne transpire plus, et puis quand bien même, tout le monde a le nez bouché alors...
  9. L'hiver est idéal pour traumatiser les enfants: ce qui reste une activité fort distrayante à défaut d'être constructive. Montrez-leur la réalité de la vie avec les clochards bourrés (décidément, l'hiver justifie l'existence de tous ces marginaux) emmitouflés dans des couvertures sales, les cadavres d'animaux morts de froid, et surtout, rappelez-leur bien que le père Noël ne viendra pas cette année parce qu'il les déteste. En plus de vous amuser, vous ferez des économies.
  10. L'hiver propose un vaste champ d'activités ludiques: point n'est question ici des sports d'hiver, ces onéreux loisirs qui s'apparentent plus à de la torture moyenâgeuse. L'hiver est la saison rêvée pour monter un goulag sibérien en bas de chez vous. Ça change agréablement du marché de Noël et vous aurez de la main-d'oeuvre gratuite pour déblayer l'allée de garage quand vous sortirez en char soviétique. En arrosant régulièrement les trottoirs au jet d'eau, vous obtiendrez une belle grosse couche de verglas et vous pourrez vous délecter du spectacle des voisins qui se casseront le col du fémur. De la grande poilade en perspective.

Et vous, vous êtes sûr(e)s de passer l'hiver cette année?