Alors comme ça il paraîtrait que les Français sont des râleurs invétérés, réticents à tout changement et prêts à tout pour défendre leur petit bout de travail, de terrain et d’argent. Alors comme ça le Français serait un faux idéaliste, mû essentiellement par l’idée de liberté individuelle et il aurait bien du mal à concevoir comment une avancée collective pourrait lui bénéficier à lui, individuellement. Eh bah c’est pas tout à fait faux, quand on y pense.

1. Baisser la vitesse sur l'autoroute

Alors ça, dès qu’il est question de toucher à la vitesse sur les routes, tout le monde gueule. Le passage aux 80 km/h sur les nationales a ainsi été assoupli en faveur d’un arbitrage local et l’idée lancée par la convention citoyenne de limiter la vitesse à 110 km/h sur les autoroutes pour diminuer les émissions de CO2 a généré une levée de boucliers un peu partout sur le thème de « et comment qu’on va faire si on peut plus aller vite ? »

La France n’est probablement pas inréformable, mais les routes, elles, si.

2. La fermeture des bistrots pendant le coronavirus

Et que Bigard, se revendiquant du peuple, a fini par parler au téléphone avec Macron. Mais si Bigard se revendiquait du peuple et réclamait la réouverture des bistrots, ça signifie fatalement que le peuple ne peut pas vivre sans bistrots et que donc si on commençait à envisager la fermeture des licences IV, ça serait l’émeute.

3. L'augmentation du prix du carburant

Le prix à la pompe : l’éternel serpent de mer des reportages de Capital. Il faut dire qu’à chaque augmentation – quand bien même celle-ci n’aurait que peu à voir avec les taxes et beaucoup à voir avec les orientations des pays et entreprises qui produisent et exportent du pétrole – tout le monde gueule. Héritage d’une époque bénie, les années 70, où on pouvait rouler en bagnole et taper sur sa femme. Eh ouais, c’est ça la liberté aussi.

4. Les Parisiens

Demandez à n’importe qui en France de vous dire qui est un vrai con : il vous répondra fatalement « les Parisiens », quand bien même il serait lui-même parisien. Incarnation fantasmée d’une élite qui mépriserait le reste du pays, le Parisien est devenu le symbole de la petite bourgeoisie sachante qui ignore tout de la vraie vie. Faudra m’expliquer en quoi il y aurait une vraie et une fausse vie – et aussi comment on peut foutre dans un seul sac 2,5 millions de personnes qui paient leur loyer beaucoup trop cher – mais toujours est-il que cette haine viscéral est à mettre au crédit de notre état jacobin et très centralisé.

5. Les Allemands

Par trois fois dans notre histoire récente (et un peu plus quand on remonte), les Allemands ont cherché à nous expliquer comment il fallait vivre (et ça ne nous a pas plu). Alors réconciliation ou non, Helmut Kolh et Angela Merkel ou non, les Allemands nous ennuient quand ils se reprennent à donner des leçons d’orthodoxie budgétaire dans une Europe en crise permanente. De là à dire qu’on préférerait avoir une alliance privilégiée avec les Anglais ? Certainement pas.

6. Les touristes étrangers

Parce qu’ils sont lents, qu’ils commandent des trucs chiants et qu’ils ne sont pas comme nous, tout simplement. Entendez sur les plages tous les locaux pester. Et qu’ils garent leur voiture n’importe où. Et qu’ils font augmenter le prix des locations. Les touristes étrangers font bouffer 500.000 personnes en France, mais ce n’est pas pour ça qu’on les aimera.

7. L'abrogation de l'ISF

Probablement le pire move politique depuis la dissolution de l’Assemblée nationale, ou comment, dès sa prise de fonction, envoyer un symbole fort qu’on sera le président des riches. En déboulonnant l’ISF, Macron s’est mis à dos les trois-quarts de la population (en fait, à peu près tous ceux qui ne payaient pas l’ISF) qui y ont vu une manœuvre inutile économiquement, sans résultat dans l’incitation aux investisseurs et surtout déplorable sur l’image. Bravo.

8. Nabilla Benattia

Elle est quand même détestée par 62% des Français d’après les palmarès de 2019. Ce qui signifie qu’elle est tout simplement la personne la plus détestée en France. De là à penser que les gens râlent à son propos, il n’y a qu’un pas que je franchis car occasionnellement il m’est nécessaire de trouver des points dans un top et d’avoir du mal à les trouver, raison pour laquelle je me raccroche dans ces circonstances à la première planche de salut qui se présente à moi.

9. Le jeu "t'as une tache, pistache"

Essayez un peu de faire des « t’as une tache pistache » à des inconnus dans la rue et vous verrez comment vous allez vous faire recevoir. Non mais y a pas plus insupportable que ça, à part peut-être ça mais répété douze fois de suite en alternance avec des frites et des brosses sur la tête. Infernal.

10. Les menteurs et les hypocrites

On sait pas si ça énerve tous les Français, mais en tous les cas ça énerve énormément tous les candidats de télé-réalité depuis que la télé-réalité existe donc ça doit bien vouloir dire qu’une bonne partie des Français n’a pas peur de dire qu’elle aime pas les menteurs et les hypocrites.

Et comme dirait mon garagiste, c’est le joint de culasse, je vais devoir le changer.