Avoir un prix Nobel sur son CV, ça claque pas mal. En revanche, laissez tomber vos B.A. C’est pas forcément parce qu’on fait des dons à des associations caritatives qu’on obtient cette prestigieuse reconnaissance. A la base, elle récompense les personnalités qui ont le plus contribué au rapprochement des peuples. Ce ne sont pas les personnalités elles-mêmes qui se proposent, mais environ un millier de personnes parmi lesquelles on compte des membres d’Assemblées nationales, des professeurs de géopolitiques, d’anciens lauréats, ou encore des conseillés spéciaux du Comité norvégien. Tout le monde peut proposer son candidat, la seule condition à remplir étant de soumettre cette candidature avant le 31 janvier. Il est donc paradoxalement très simple d’être candidat au prix Nobel de la Paix.

C’est ainsi que, chemin faisant, un élu de la droite populiste norvégienne a eu la bonne idée de soumettre le nom de Donald Trump pour sa contribution au rapprochement entre Israël et les émirats Arabes Unis. Et c’est pas la première fois, en 2018 déjà il avait été ressenti pour le même prix pour son rapprochement avec la Corée du Nord. Pour toute personne normalement constituée, c’est évidemment lunaire. Mais rassurez-vous, il y a eu de nombreuses propositions de candidats bigrement controversées dans l’histoire des prix Nobel de la Paix.

1. Benito Mussolini - 1935

Plutôt improbable et pourtant plutôt très sérieux comme candidature. Soumis par les professeurs universitaires français (Gilbert Gidel entre autre) et allemands. Quelques mois après, L’Italie envahissait l’Ethiopie. C’est ballot.

2. Adolf Hitler - 1939

On est alors en janvier 39 et Adolf Hitler a un bel avenir de dictateur devant lui. Pourtant ça n’a pas empêché le député norvégien Erik Brandt de suggérer le petit Adolf dont il perçoit dans la verve « un amour ardent pour la paix ». Bon dans les faits, Erik Brandt est totalement ironique, il a surtout voulu faire un coup de comm’ contre la nomination du Premier ministre britannique Neville Chamberlain (responsable de la cession de la Tchécoslovaquie aux Allemands). La candidature au nom de Hitler a été retirée quelques jours plus tard mais le nom est toujours dans les registres.

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3. Joseph Staline - 1945 et 1948

Pour un leader de la Seconde Guerre mondiale, on peut dire que c’est plutôt sympa. Bon on rigole on rigole mais je vous rappelle que ce sont des noms soumis à la candidature et non pas des Prix Nobel avérés. On peut s’offusquer que certains hurluberlus proposent ces noms blacklistés mais en pratique, étant donné la simplicité de du processus de candidature, il est presque étonnant de ne pas voir plus de noms de dictateurs proposés chaque année.

Par ailleurs, vu comment Staline était un super BG des familles, on comprend parfaitement pourquoi des groupies ont déposé sa candidature. Jetez donc un oeil aux hommes et femmes politiques qu’on aurait bien niqués et vous verrez par vous-mêmes.

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4. Michael Jackson - 1998

C’est vrai qu’en 98 on n’est pas encore trop sûr de la pédophilie du roi de la pop. Donc après tout pourquoi pas ? C’est ainsi que des parlementaires roumains se sont chauffés pour soumettre cette nomination smooth criminal, qui va clairement pas heal the world. Bref, beat it.

5. La FIFA - 2001

OK en soit, je veux bien comprendre le raisonnement : le football permet d’établir de bonnes relations entre les pays (quoique, même sur ce point on pourrait on en douter). C’est en tout cas ce qui a motivé un député suédois. Mais la candidature n’a pas été retenue et les scandales de corruption qui ont suivi (en 2015 notamment) ont bien montré que la fédération n’était pas franchement éligible.

6. Vladimir Poutine - TOUT LE TEMPS

Si vous êtes trauma de voir la candidature de Trump proposée, sachez que Poutine est un grand habitué puisque quasiment chaque année son nom est envoyé par des députés de son camp. Là encore, peu de chance que la candidature aboutisse un jour mais on croise les doigts.

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Pire que les candidatures, certains prix nobel de la paix ont fait polémique

7. Théodore Roosevelt - 1906

On le remercia ainsi pour sa contribution lors des négociations de paix dans la guerre russo-japonaise. On oubliait toutefois qu’il préconisait la force militaire lors de négociation diplomatiques et était fermement opposé à la création de la Société des nations (ancêtre de l’ONU). Bref un type moyennement branché paix finalement.

8. Henry Kissinger - 1973

Il est alors secrétaire d’Etat aux Etats-Unis et reçoit le prix conjointement avec le leader nord-vietnamien Le Duc tho (qui l’a refusé, parce que quand même faut pas abuser non plus), les deux étant remerciés pour la signature des accords de Paris qui ont mis fin à la guerre du Vietnam. OK, super. Mais Kissinger n’y est pas pour rien dans cette guerre du Vietnam et semble au contraire avoir tout fait pour qu’elle survienne. Il était en effet secrétaire d’état lors de l’Opération Condor qui a accéléré les événements. Si bien que le secrétaire d’état a refusé d’aller récupérer son prix sur place. Quelle humilité.

9. Yasser Arafat et Shimon Peres - 1994

Le prix est alors remis conjointement au dirigeant palestinien et à deux politiciens israéliens, Shimon Peres et Yitzhak Rabin. On les remercie pour leur contribution à la signature des accords d’Oslo qui tentent une résolution du conflit israelo-palestinien. Arafat n’est toutefois pas tout blanc dans cette histoire et n’a pas le CV rêvé du candidat pour un tel prix. Quant à Shimon Peres (président d’Israël de 2007 à 2014), on considère qu’il est un des responsables de la colonisation des terres palestiniennes par Israël. Plusieurs membres du comité Nobel ont démissionné pour protester contre la remise du prix.

Pour l’instant, personne n’a encore donné mon nom mais je continue d’espérer.

Sources : Le Figaro, CNews