Salut mes crèmes solaires indice 30, la langue française est une sombre gougnafière dans laquelle on a vite fait de s’empêtrer. Voici donc aujourd’hui une exploration en bonne et due forme des mots et expressions qu’on comprend mal depuis le début et sur lesquels nous sommes venus projeter un halo de lumière linguistique.

Vous me le dites si j’en fais trop.

1. Sage-femme

Croyez-le ou non mais si l’expression « sage-femme » a longtemps été difficile à masculiniser (pour des raisons stupides je vous le concède) parce que « homme sage-femme » il parait que « ça sonne bizarre », c’est dû à une erreur de compréhension. Eh oui dans le mot sage-femme, la femme ne désigne en aucun cas l’obstétricienne mais la patiente, celle qui va accoucher donc. Tandis que le sage désigne le médecin, le sachant. La prochaine fois que quelqu’un tique pour parler d’un « homme sage-femme » expliquez-lui donc que c’est un gros boloss.

2. "Mange tes morts"

Comme l’explique très bien le post insta ci-dessous de l’excellent compte @cestquoicetteinsulte (qu’on retrouvera à plusieurs reprises dans ce top), l’insulte vient de l’italien « managgia li motacci tui » qui veut dire en gros « maudits soient des ancêtres ». Or plutôt que de traduire, on a transformé vite teuf le bordel et « managgia » est devenu « mange ». Je vous rassure toutefois, personne n’a jamais mangé sa grand-mère. Sauf le petit chaperon rouge. Enfin le loup déguisé en petit chaperon rouge. Enfin un truc comme ça.

3. Naguère

Comme des truffes on utilise le mot naguère pour parler d’un temps lointain dans le passé. Oui oui, j’ai bien dit comme des truffes parce qu’en réalité si on décompose le mot, il vient de la contraction de « il n’y a guère » donc « il n’y a pas très longtemps ». On devrait donc utiliser « naguère » pour parler du café trop serré qu’on vient d’engloutir plutôt que de la Révolution Française.

4. Un cerf-volant

Qu’on se le tienne pour dit, il n’a jamais été vraiment logique d’imaginer un cerf voler quand on joue avec un cerf-volant. Et pour cause, le cerf n’a rien à foutre là dedans. En réalité le mot a été formé sur « serp », homonyme ancien de « cerf » qui désignait en revanche le serpent. Un peu plus logique comme association d’autant plus que le « serpent volant » renvoyait aussi au dragon. Bref la langue n’étant pas fixée quand le mot est rentré dans les usages, on a bêtement gardé « cerf-volant » entraînant confusion et désarroi dans l’esprit de milliers de générations.

5. On

Eh ouais mais moi je vous balance même des pronoms dans ce top j’m’en fous je fais ce que je veux. Alors pourquoi ce « on » serait-il mal compris depuis le début ? Eh bien parce qu’on le désigne comme neutre alors qu’il ne l’est pas du tout. En réalité, il vient du vieux français « hom » qui désigne donc un homme. On s’est donc dit que « homme » ça désignerait n’importe quel humain. Même si à la base bah « homme », désigne un homme quoi. C’est couillon et c’est pas le seul mot à avoir une origine sexiste.

6. Gouine

Si le mot « gouine » n’est pas à mettre dans toutes les bouches (en gros, merci de vous abstenir d’utiliser cette terminologie fortement insultante), on oublie parfois son sens premier (qui explique aussi pourquoi il est problématique). Comme l’explique encore très bien le compte @cestquoicetteinsulte, plusieurs hypothèses étymologiques sont à envisager et aussi fou que cela puisse paraître, aucune ne désigne une femme qui aime les femmes.

– « Gouain », un dialecte normand qui désignait un salaud et même un « non-juif » en hébreu.

– « Ganeo » en latin qui désigne un homme client de prostituées.

– « God » en celte qui désigne la luxure.

– « God » une onomatopée utilisée au XIIe siècle pour parler mal des gens.

7. L'arobase

Difficile d’imaginer que le symbole du web trouve son origine chez les moines copistes du Moyen Age, ET POURTANT SI. Faut imaginer qu’avant l’imprimerie, les moines copistes devaient tout se taper à la main donc ils utilisaient toutes les techniques pour gagner du temps. C’est ainsi que le « ad » latin, qui voulait dire « vers » s’est vu progressivement fusionner son « a » et son « d » pour devenir le @ qu’on connait aujourd’hui. Quand au mot « arobase » il viendrait tout simplement d’une déformation de « a rond bas ». Se sont pas fait iech les gars.

Au nom de l'arobase.

Posted by Le Figaro on Tuesday, October 9, 2018

8. Choucroute

Bon là j’avoue je tord un peu le sujet mais j’avais très envie de vous parler de choucroute. Non pas parce que ce plat est bon, il va sans dire que la choucroute c’est dégueulasse. Mais parce que étymologiquement la choucroute vient de l’allemand « Sauerkraut ». On pourrait alors se dire que chou = sauer du coup MAIS NAN. C’est bien du côté « croute » qu’il faut trouver l’origine du mot « chou » et non « chou ». C’est cocasse non ?

Non ?

Vraiment pas ?

Et je vous renvoie tout naturellement aux expressions basées sur des erreurs de compréhension ça va vous en boucher un coin. Un coin étant à comprendre ici comme une bouche : en faisant boucher un coin, on étonne suffisamment quelqu’un pour lui faire fermer sa bouche dont les coins seraient alors bouchés. Rien à voir avec un coin de table dont on peut en revanche tomber amoureux comme l’illustrait ce chef d’oeuvre cinématographique « Quand tu te prends un coin de table ».

Sources : Antidote, Un bonbon sur la langue