Salut les p’tits keums. Je sais pas si comme nous vous êtes toujours plus en quête de séries de qualité (FAUX : je le sais), mais on a bingé la nouvelle série Canal It’s a Sin et il est hors de question qu’on vous laisse passer à côté.

Petite mise au point pour vous allécher. La série est signée Russel T. Davis à qui l’on devait déjà l’extraordinaire série dystopique Years and years, mais aussi le grand retour de Doctor Who, sans oublier quelques séries phares comme Queer as folk ou Cucumber. Voilà, déjà ça c’est posé là.

ENSUITE LE SUJET. Le sida on a l’impression de tout savoir dessus, c’est FAUX. Selon une étude récente, 24 % des jeunes croient que le sida peut se transmettre par un baiser, preuve ultime que l’ignorance sur la maladie persiste. Dans cette série, on se plonge sur la toute première décennie de la maladie. C’est-à-dire, la période inconnue, celle où l’on ne savait pas ce que c’était ni comment ça se transmettait. Les fictions qui abordent la maladie se penchent rarement sur cette période de l’histoire qui ne se voit d’ailleurs pas ou trop peu enseignée à l’école (à voir aussi The Normal Heart, ou 120 BPM pour comprendre la gestion de l’épidémie côté français, deux œuvres incontournables sur le sujet).

1. Au tout début, la prévention n'était pas toujours bien reçue par la communauté LGBTQ

Attention, je ne vous dis pas que les gays s’en cognaient du sida, les gens ne savaient tout simplement pas encore ce que c’était. Certains, mieux renseignés, tentaient d’informer dans les lieux de rencontres – bars et boîtes de nuit dédiés, signalant qu’un danger régnait et pouvait les toucher.

Toutefois, le personnage de Richie montre assez bien comment on rejetait ces tentatives de prévention. Et pour cause, les homos vivaient alors encore dans l’ombre et ne voulaient pas que ces rares lieux de liberté deviennent aussi des espaces mettant en cause leur sexualité. Assez normal pour des jeunes gens d’une vingtaine d’années qui peuvent enfin assumer leur orientation sexuelle dans le Londres underground des années 80, loin de leur famille et qui ne veulent pas se voir à nouveau brimer, quand bien même cette prévention pourrait leur sauver la vie.

2. Les premiers malades étaient enfermés dans des lieux isolés

La prise en charge des premiers malades a de quoi donner le vertige. Les personnels soignants craignant d’être contaminés laissaient parfois à l’abandon les malades afin d’éviter le moindre risque, et laissant ainsi leurs patients dans avec le strict minimum pour survivre et sans la possibilité de voir leurs proches.

Nul besoin de préciser que les premières victimes du sida sont mortes dans l’indifférence la plus totale, seules. Vous avez envie de pleurer ? C’est normal, la série risque de vous faire pleurer aussi.

3. Dire qu'on était séropositif, c'était avouer son homosexualité dans un contexte où l'homophobie régnait en puissance

Les débuts de l’épidémie ciblaient majoritairement les homosexuels, c’est pour cette raison qu’on parlait d’ailleurs d’un mystérieux « cancer gay » dont on ne connaissait pas le mode de transmission (idéal pour accuser le coup du sort sur cette population déjà discriminée).

Le tabou sur la maladie était donc double. Non seulement on ne pouvait pas dire qu’on était séropositif de peur d’être rejeté, mais en plus la révélation de la maladie révélait aussi l’orientation sexuelle du malade auprès de ses proches, de sa famille (qui, comme vous vous en doutez, n’étaient généralement pas très gay-friendly).

4. Pour les partenaires de défunts c'était la double peine

Beaucoup de malades n’avaient pas révélé leur orientation sexuelle auprès de leur famille, leur coming-out se faisait ainsi à leur mort et nul besoin de préciser que les partenaires des défunts n’avaient droit à aucune reconnaissance.

Si ton mec était mort et que tu vivais avec lui, tu pouvais te retrouver à la rue puisque rien ne te permettait d’être reconnu comme son conjoint. Tu n’avais même pas la possibilité de venir à l’enterrement si la famille du défunt en décidait ainsi. Bref, on parle rarement du deuil impossible des survivants de cette époque.

5. L'homophobie a vraiment fait un super taf pour propager la maladie

C’est assez logique quand on y pense mais c’est bien de le rappeler. Les gays vivent alors dans l’ombre, et comme l’épidémie les impacte en premier lieu, cette discrimination est un obstacle en plus pour combattre la maladie.

On parle même d’une discrimination à l’échelle institutionnelle puisque Thatcher introduit des mesures très hostiles contre les LGBT comme la Section 28, un amendement adopté en 88 qui interdit alors la « promotion » de l’homosexualité. La prévention du VIH apparaissait alors comme un levier de promotion. Génial non ? Encore plus génial quand on sait que cet amendement n’a été abrogé au Royaume-Uni qu’en 2003.

6. Au tout début on pensait que c'était une sorte de cancer qui ne sévissait qu'à New-York

Puisque c’était le berceau de l’épidémie, on n’avait pas idée de se voir exposé au danger de l’autre côté de l’Atlantique. D’autant plus que je le rappelle, on a mis du temps avant de comprendre que la maladie était sexuellement transmissible, et que ce « sexuellement » était bien le problème puisqu’on discriminait l’homosexualité.

On espère vous avoir convaincus de mater cette dernière pépite en date de 5 épisodes intenses aussi touchants que révoltants. Et bien sûr, même si la recherche a fait un travail formidable ces dernières décennies, le VIH existe toujours alors s’il vous plait protégez-vous !