Allez, on met de côté les ruelles sombres, le froid et les grosses capuches, il y a bien longtemps que le rap ensoleillé n’est plus réservé à la Californie. La preuve par 10 avec le thème de l’été abordé par le rap français.

1. « On mettait 2 euros chacun pour pouvoir mettre le quart d'un plein, l'été c'est le feu y'avait tout le quartier à la Ciotat »

Jul – Je ne veux pas partir

Contrepied total pour le rappeur de Marseille qui prend l’ensemble du morceau pour dire qu’il aime trop son quartier d’origine pour le quitter. Du coup, entre autres bons souvenirs, il se remémore les vacances d’été où, même sans argent, lui et ses potes arrivaient à s’amuser. On rappelle au cas où que La Ciotat, c’est collé à Marseille, donc il ne ment pas en décrivant le peu d’essence qu’il leur fallait. Au moins il n’a jamais eu des goûts de luxe, on pourra pas lui enlever ça.

2. « Pensée pour ceux levés de bonne heure [...] qui passent leurs week-ends dans les parcs et attendent leurs vacances comme les Français que les Alliés débarquent »

Fabe – Quand j’serai grand…

De toutes les périphrases pour éviter de dire « pensée pour les fauchés qui galèrent à partir en vacances », celle-ci est particulièrement recherchée, entre ironie et tendresse.

3. « Paris Plage est une chienne, un cache misère : baignade interdite aux portes de l'enfer »

Papillon – Saoul au soleil

En bon banlieusard qui se respecte, Papillon a vite profité des opportunités pour bouger très loin, notamment à Los Angeles. Donc autant dire que les étés à Paris Plage, il est moyennement fan. Mention spéciale pour l’apparition de Roméo Sarfati, véritable acteur de la série Sous le soleil, en fin de clip.

4. « On se casse, j'emmène en croisière la misère, plus je prends de la distance avec mon hood, plus ma Gucci se desserre »

N.O.S – PNL

Ca remonte à 2015, mais N.O.S a déjà semblé presque totalement heureux sur un morceau entier. On a à nouveau la formule autour de la misère décrite comme une compagne un peu collante (« j’emmène la misère en balade/en vacances/etc, c’était récurrent) assorti de sa façon bien à lui de dire qu’il se détend, sa « Gucci » étant sa ceinture. Entre deux rayons de soleil, le bide est sorti, les sourcils ne sont plus froncés, la vie est belle.

5. « On vend, t’achètes et puis on se barre en Espagne, des talons, un gros boule et j'parle en "Cómo está ?" »

Ademo – PNL

Même chose du côté du frangin Ademo qui assume joyeusement son délire de dealer en vacances dès le début de sa phrase. On notera que son enthousiasme pour le physique de son interlocutrice lui donne le super-pouvoir d’être bilingue à volonté. Ou alors c’est juste qu’il ne sait dire que como esta, mais ça marche aussi.

6. « Il est midi, la chaleur fait monter chez moi l'odeur du tchep et cantonnais du 2e, le couscous et colombo du troisième mélangé au saka saka du 4e, comme le dit Jacques Chichi décontracté dans chaque appart' »

Passi (Ministère A.M.E.R) – Un été à la cité

Comme le titre l’indique, ici pas d’évasion, on passe l’été à la cité et on se contente de ce qu’on a. En l’occurrence les odeurs des différentes cuisines des étages du dessous. Clin d’oeil bien sûr au discours de Jacques Chirac qui affirmait que « le bruit et l’odeur » de ce type de cités étaient insupportables pour la santé mentale du bon travailleur français.

7. « Juin juillet et déjà août : comme d'hab on a rien à faire et on en a rien à foutre, donc on sirote cognac quoi qu'il en coûte et toutes les chattes goûtent »

Aelpeacha – Juin Juillet Août

Désœuvrement, je-m’en-foutisme, absence de perspective mais aussi insouciance, dans un premier temps Aelpeacha synthétise pas mal à quoi ressemblent ces 3 mois pour lui et ses potes. Mais il n’oublie pas de rappeler qu’il existe des solutions, comme l’alcool fort et les filles ouvertes de corps et d’esprit.

8. « Tout le quartier à la piscine c'est wé wé wé, même si les poils sortent du slip, c'est wé wé wé »

Seth Gueko – Wé wé wé

Personne n’est là pour vous juger. Apparemment la piscine de Saint-Ouen-L’Aumône (ville dont est originaire Seth Gueko), c’est la même devise que le MacDo : venez comme vous êtes.

9. « Mes cailles glandent jusqu'à la transformation, si en août t'es pas parti, là tu te changes en sauvageon »

16AR (L’Skadrille) – Été 2001

Tableau assez pessimiste mais la forme se veut joueuse. Le rappeur décrit ses potes comme des espèces de mutants qui, passé une certaine durée d’inactivité, deviennent de dangereuses créatures. Un peu comme les gremlins après minuit. Si vous avez déjà passé des étés entiers sans rien faire, vous le savez : juillet ça passe, mais août c’est trop. L’appellation « sauvageon » est un brin moqueuse puisqu’à l’époque, c’était le mot à la mode chez les politiciens pour désigner les jeunes de quartier.

10. « Je serais bien parti vers Cancún mais y'avait de la pure sur le terrain, j'ai dû camper tout le mois d'août »

Mister You – Nos vacances

Le rappeur étant en cavale au moment de la sortie du morceau, il lui était assez difficile de profiter pleinement de ses vacances. Alors autant être pragmatique et rentabiliser son temps libre et distribuer du bonheur en sachet au chaland. C’est un peu l’équivalent du type qui vend des beignets et des glaces sur la plage. Mais sans gueuler.

Même si vous vous êtes reconnus dans certaines de ces rimes, on espère que vos vacances à vous se sont légèrement mieux passées que celles de nos amis rappeurs, faut pas déconner. Sinon, ça ira mieux l’année prochaine.