Ah ce bon vieux racisme qui se cramponne à nos flancs l’air de rien. On a beau être citoyen du monde, détester Zemmour, avoir écouté Tryo et porter des pantalons larges, des effluves racistes continuent d’émaner dans notre quotidien sans que l’on s’en rende forcément compte. La mécanique raciste, insidieuse, a le bras long. Si tu penses que tu n’es pas raciste mais que tu te reconnais dans quelques uns de ces points, ALEEEEERTE.

Depuis quelques jours on peut voir le documentaire « Noirs en France » de Alain Mabanckou et Aurelia Perreau, il livre un ensemble de témoignages éloquents sur ce que c’est que d’être Noir aujourd’hui en France. A voir de toute urgence !

1. Eviter "tous les pays arabes" pour les vacances à cause du terrorisme

Parce qu’on n’est jamais trop prudent. En revanche, aller aux Etats-Unis, ça oui avec plaisir, en voilà un pays accueillant et sécurisant. Oui, on a une légère tendance à homogénéiser tout ce que l’on connait mal.

2. Trouver que finalement la culture asiat', c'est pas trop ton truc

La « culture asiatique »… On met donc dans le même sac Chine, Inde, Cambodge, Japon, Russie, etc ? On se fiche tellement de l’Asie qu’on considère qu’ils sont surtout tous chinois et que leur culture est la même, les traditions pareil, la langue, pareil. Bref, dire qu’on n’a pas d’affinité avec la culture asiatique, c’est aussi stupide que de dire que l’Afrique est un beau pays.

3. Dire "reu-noi", "black", "keu-bla" mais jamais dire NOIR

Combien de barrières linguistiques met-on sur ce mot tabou qu’on refuse de prononcer ? Pourtant on parle bien des « blancs » et pas des « white » ou « teu-ouaille ». Pourquoi ce mot gêne ? Réflexion à poursuivre avec ce podcast : Noir, pas black (à écouter sur Arte Radio).

4. "Adoooorer" voyager dans les pays en voie de développement

Ils ont beau être pauvres, ils ont vraiment le cœur sur la main. Tu es tellement content·e de pouvoir voyager pour une poignée d’euros dans ces pays qui coûtent pas cher où tu pourras t’acheter des clopes pour un moindre coût. Mais attention hein, tu y vas avant tout pour la rencontre humaine.

5. Aller vivre dans des quartiers populaires parce que c'est plus... "vivant"

Mais mettre ses enfants dans une école privée, militer pour l’interdiction du voile dans les universités, et payer sa femme de ménage au black parce que quand même, faut pas déconner.

6. Parler des "arts primitifs" au lieu des "arts premiers"

Ouch. « Primitifs » ? On parle donc de gens un peu teu-bé qui ont fait des bonhommes avec de la boue, un truc bien primitif quoi. Evidemment, c’est pas possible, si l’expression des arts primitifs a longtemps existé dans l’histoire de l’art elle a enfin été remplacée par les « arts premiers », un poil moins méprisant.

7. Considérer que Samuel L. Jackson était vraiment excellent dans Matrix

Aie aie aie… Confondre tous les noirs, tous les arabes et tous les asiats, c’est le trouble raciste que beaucoup tentent de cacher. Et un journaliste s’est magnifiquement illustré dans cette erreur honteuse (j’en profite pour vous renvoyer aux moments de télé racistes).

8. Représenter Jésus blanc partout, alors que le gars n'était pas caucasien

Il venait de Galilée au nord d’Israël les gars, d’où ça sort qu’on le voit partout, tout le temps comme un blanc bec ? Cela dit, c’est pareil pour Dieu qui est toujours un vieux barbu caucasien (sauf dans Bruce Tout-Puissant ou Dieu est interprété par Lawrence Fishburne c’est vrai, j’avoue *)

* Euh c’est une vanne par rapport au point juste avant bande de bolloss.

Crédits photo (Domaine Public) : Carl Heinrich Bloch

9. Dire que les Noirs ont "une très belle peau"

Globalement, c’est toujours très chelou de vanter spécifiquement la beauté des Noirs et de leur peau etc. Mais les gens qui le disent ne pensent pas être racistes parce que c’est un préjugé positif (comme ceux qui pensent que les Noirs « ont le rythme dans la peau », oui oui c’est pareil). Malheureusement ça participe aux mécaniques racistes qui consistent à obectiver les personnes noires en glorifiant leur physique. Il suffit de voir le film Get Out pour en saisir l’idée.

10. Parler de la "jungle de Calais"

On sait pas trop comment ni pourquoi cette expression est devenue la seule expression pour parler du camp de réfugiés à Calais. Voici la définition d’une « jungle » selon le petit Larousse : « En Inde, formation végétale arborée qui prospère sous un climat chaud et humide avec une courte saison sèche ». Voilà.

Crédits photo (CC BY 2.0) : malachybrowne

11. Le concept de collants couleur chair

« Les collants couleur chair, c’est la chair de qui exactement ? »

Merci Shirley Souagnon d’avoir recentré le débat.

12. Mais aussi des pansements...

« Rien n’est pensé pour nous. Ni les pansements, ni les coiffeurs, ni le fond de teint. » C’est par ces mots prononcés en 2018 dans une émission sur France 5 que la journaliste Rokhaya Diallo enflamme la toile alors qu’elle met juste le doigt sur une réalité choquante malgré l’indifférence générale qu’elle suscite.

Pour en revenir au documentaire « Noirs en France » (cité en intro), la jeune danseuse Kathy montre en effet qu’elle doit teindre ses chaussons de danse pour qu’ils soient de la couleur de sa peau.

13. Le rayon "musiques du monde" à la Fnac

Comme l’explique assez bien cet article de France Musique « Le terme de « Musiques du monde » doit-il disparaitre ? », cette appellation est quelque peu problématique puisqu’elle range sous une simple étiquette en gros tout ce qu’on ne connaît pas. C’est pas du rap, c’est pas du rock, c’est pas de la chanson française, c’est pas du r’n’çib ? bah c’est « musique du monde » quoi. Oui vous voyez le problème.

14. Toucher les cheveux crépus oklm comme si c'était la fête du slip

Ça ne te viendrait pas à l’idée de toucher les cheveux de n’importe qui comme ça ? Eh bien les cheveux crépus c’est pareil. D’autant plus que ces intrusions capillaires s’accompagnent souvent de commentaires gênants du genre « on dirait un mouton ». Merci mais non, personne n’a envie d’être assimilé à un mouton, laissez les cheveux crépus tranquilles.

Je vous recommande par ailleurs cet article « Assiste-t-on à la fin du règne du cheveu lisse ? » (Nylon) qui explique entre autre comment les cheveux bouclés ou crépus ont été rejetés pour des raisons racistes. Aujourd’hui encore « dans la mode, les mannequins noires sont obligées de se raser la tête car on ne sait pas s’occuper de leurs cheveux. Il y a encore des progrès à faire » comme l’explique l’influenceuse Kayliah Balou dans l’article.

15. Affirmer haut et fort que la France n'est pas du tout un pays raciste

Un pays raciste ? L’expression ne veut pas dire grand chose. C’est pour ça qu’on parle de racisme structurel ou institutionnel. Et dire que la France n’est pas un pays raciste c’est nier absolument tout le racisme que subissent les personnes racisées au quotidien, parce qu’en tant que Blanc on n’y est pas confronté. Donc oui c’est un peu raciste. Et con.

16. Parler de racisme anti-Blanc

Encore un grand classique qu’on entend toujours et qui n’a pas vraiment de sens comme l’explique très bien le sociologue Eric Fassin dans la vidéo qui suit (à écouter également dans le podcast Kiffe ta race « Check tes privilèges de Blanc »). Ah oui ça c’est sûr, sacrée galère d’être Blanc.

17. Penser qu'on n'est pas raciste parce qu'on mange souvent des kebabs

Si seulement le kebab pouvait avoir de tels pouvoirs.

Crédits photo : Topito

Le racisme c’est pas un truc simple qui se règle d’un coup de cuiller à pot et on est bien nombreux à se penser non-racistes tout en participant à un racisme plus structurel voilà pourquoi ça vaut le coup de se remettre en question et de se renseigner toujours plus sur ce sujet, je ne peux que vous recommander le podcast d’utilité publique « Kiffe ta race » de Rokhaya Diallo et Grace Ly qui abordent sans aucun tabou les thématiques liées au racisme.

A écouter aussi : « Crépue, entre racisme et acceptation de soi » (Les Pieds sur Terre)

A lire aussi : Fragilité blanche, de Robin DiAngelo qui montre pourquoi on a tant de mal à parler de racisme quand on est Blanc. Un déni dangereux qu’il faut combattre au même titre que les formes de racisme plus frontales.