Le débat télévisé du second tour de l’élection présidentielle, aussi appelé débat de l’entre-deux-tours, a été initié en France en 1974. Lors de cette première confrontation, VGE et Mitterrand reprennent la pratique américaine instaurant ce type de rendez-vous depuis 1960. Ce n’est en aucun cas une obligation, mais une tradition de la Ve République bien inscrite dans notre vie politique. Comme une tradition dans la tradition : ces événements politiques et médiatiques ont souvent laissé derrière eux une phrase culte ou un moment inoubliable. À chaque fois. Ou presque.

1. "Vous n'avez pas, Monsieur Mitterrand, le monopole du coeur"

Mai 1974, Valéry Giscard d’Estaing contre François Mitterrand. Cette course à la présidentielle se fait dans un contexte bien particulier : il s’agit d’un scrutin anticipé, suite à la mort du président Pompidou le mois précédent. Giscard est alors ministre de l’Économie et des Finances, et Mitterrand, Premier secrétaire du Parti socialiste. Quand la question de la répartition des richesses arrive sur la table, le candidat de la gauche attaque son adversaire en lui expliquant qu’il faut faire preuve « d’intelligence » et de « cœur ». Qu’à cela ne tienne, Giscard rappelle à son rival qu’il n’a pas « le monopole du cœur ». Cette phrase, aujourd’hui culte, renverse le vote : en quelques secondes, Giscard récupère quelque 300 000 électeurs, gagne 1,5 point dans les sondages et remporte l’élection avec 50,81% des suffrages.

2. "L'homme du passé... C'est quand même ennuyeux que dans l'intervalle, vous soyez devenu l'homme du passif"

1981, c’est le match retour entre les deux hommes ! Et quel match… En 1974, VGE avait accusé Mitterrand d’être un « homme du passé » au vu de sa longue carrière politique. Une remarque que le candidat n’a jamais oubliée, et dont il décide de prendre le contre-pied à l’occasion de ce nouvel affrontement : « Vous avez tendance à reprendre un peu le refrain d’il y a 7 sept ans… « L’homme du passé« … C’est quand même ennuyeux que dans l’intervalle, vous soyez devenu, vous, l’homme du passif. » DROP THE MIC. Cette fois, c’est Mitterrand qui est élu président avec 51,76 % des voix.

3. "Vous avez tout à fait raison, Monsieur le Premier ministre"

1988, une nouvelle fois, le contexte est assez particulier : en pleine cohabitation, ce sont le Premier ministre, Jacques Chirac, et le président de la République, François Mitterrand, qui s’affrontent. Une hiérarchie que le président sortant prend plaisir à rappeler : il s’assure d’abord que la table du débat ait exactement les dimensions de celle du conseil des ministres, et décide de s’adresser à son adversaire en l’appelant « Monsieur le Premier ministre ». Agacé, Chirac lui rappelle qu’à ce moment-là, ils sont deux candidats à une même présidence, et non plus un président et son chef du gouvernement. Réponse de Mitterrand… « Oui, vous avez raison, Mr le Premier ministre ». BAHAHAHA MAIS QUEL CRACK ce François ! J’en pleure. À 54,02 % des sondages, le maître du clash, est reconduit pour un deuxième mandat.

4. "Il vaut mieux cinq ans avec Jospin que sept ans avec Chirac"

1995, Jacques Chirac contre Lionel Jospin, aka le débat d’entre-deux-tours le plus lisse et le moins fun de la Ve République. Alors que tout le monde s’attendait à ce que le duel oppose Chirac et Balladur, c’est finalement Jospin qui arrive en tête au premier tour. Le débat est placé sous le signe de la courtoisie, et finalement… C’est presque gênant. On veut du clash et des petites phrases de thug, nous, pas une discussion pleine de politesse. Chiant. On retiendra cette petite phrase, même si bon… Elle est amenée avec beaucoup trop de pincettes, non ? Finalement, c’est Chichi qui arrive à la présidence avec 52,64 % des voix, et ce pour… 7 ans !

5. "Pas plus que je n’ai accepté dans le passé d’alliance avec le Front national (...) je n’accepterai demain de débat avec son représentant"

En 2002, Jacques Chirac fait une entorse à la coutume républicaine et refuse de débattre avec son adversaire surprise : Jean-Marie Le Pen. C’est la première fois, depuis 1974, que les deux finalistes ne se livrent pas à l’exercice périlleux du débat d’entre-deux-tours. Vous voyez comment on faisait barrage à l’extrême droite, à l’époque ? Dans tous les cas, le président sortant n’avait pas besoin de ces pourparlers : porté par un grand mouvement de vote contre le FN, il est élu à plus de 82% du scrutin.

6. Petites piques et clash à gogo en 2007

En 2007, pas de grosses déclarations badasses, mais 2h40 de petites embrouilles, de clashs et de finalistes qui se tirent la bourre toutes les deux secondes. D’un côté, il y a Sarko qui tente de donner une image la plus apaisée possible. De l’autre, Ségolène, qui tente de s’imposer un peu plus. Résultat : un plateau assez vif et malaisant. Parmi le passage que l’on retiendra : quand la candidate PS s’agace, Nicolas Sarkozy lui reproche de « perdre ses nerfs ». Il ajoute « Pour être président, il faut être calme ». Réplique de la candidate : « Je n’ai pas perdu mes nerfs, je suis en colère et il y a des colères très saines, très utiles ». Après cet échange, Sarko est paradoxalement jugé plus calme que son adversaire et emporte l’élection à 53,06% des voix.

7. "Moi, président de la République,..."

En 2012, Hollande se confronte au président sortant. À la question « quel président comptez-vous être ?« , le candidat socialiste entame une tirade, dont les 15 phrases commencent par « moi président », et sont toutes des attaques non dissimulées contre certaines actions menées par Sarkozy pendant son mandat. En face, son adversaire ne bronche pas. Résultat : Hollande marque des points. Porté par un fort sentiment « anti-Sarkozy », il atteint la présidence avec 51,64 % des voix.

8. « Ils sont là, ils sont partouuut »

2017. Lors des dernières élections, le débat entre Macron et Le Pen s’apparentait plus à un ring de boxe, où tous les mots étaient permis pour mettre KO l’adversaire, qu’à un réel échange politique. Résultat : Marine a fini par vriller et s’est complètement ridiculisée. Lorsque les candidats abordent la fracture entre la France « d’en haut » et la « France d’en bas », elle se lance sur une tirade lunaire et très malaisante sur les « envahisseurs ». Je vous laisse regarder. Courage. Résultat : Marine repasse sous la barre des 40% dans les sondages, et Macron est élu avec 66% des voix.

Tellement hâte que Poutou, ce roi du clash, puisse exercer son art en débat de l’entre-deux-tours. En attendant, le prochain débat, c’est demain !

Sources : Europe 1, France Inter, actu.fr