Si le racisme dans le football est tout sauf un phénomène récent, rares sont les rencontres qui ont été arrêtées à cause d’injures proférées sur le terrain ou en tribunes. Suffisamment en tout cas pour les compter sur les doigts de deux mains.

1. PSG - Istanbul Basaksehir : le 4ème arbitre sur le banc des accusés

Il suffit parfois d’un détail pour que tout parte en vrille et provoque un emballement médiatique généralisé. Ce soir de Ligue des Champions 2021, le poil dans le potage appartient au quatrième arbitre de la rencontre qui oppose le PSG à Basaksehir. Au quart d’heure de jeu, Pierre Achille Webo, entraîneur adjoint du champion de Turquie, s’énerve sur son banc. L’Homme en noir Sebastian Coltescu, présent sur la touche, désigne l’énergumène à son homologue roumain au sifflet ce soir là, en ces termes : « C’est le Noir [negru, en roumain] ici. Va voir et identifie-le. Ce gars, le Noir. » Évidemment, le terme « Negru » passe mal, surtout quand on n’a pas fait roumain seconde langue. Les esprits stambouliotes s’échauffent, se braquent et décident de rentrer au vestiaire. La rencontre est arrêtée et s’achève le lendemain sur une fessée parisienne 5-1. Le 4ème arbitre quant à lui a eu le droit à une mise à l’air médiatique en mondovision.

2. Valence – Cadix en Liga : Mouctar Diakhaby, victime et sanctionné

Sur un duel aérien, le défenseur valencien et accessoirement ancien Lyonnais Mouctar Diakhaby, est à la lutte avec Juan Cala. Si les deux oiseaux se disputent le ballon dans les airs, les mots doux eux ne volent pas haut. « Negro di mierda » le joueur de Valence s’empresse d’alerter l’arbitre de la rencontre… qui lui colle un jaune pour protestation. Décidément, les couleurs ne sont pas à la fête ce soir de Liga. Excédé, le Français décide de quitter le terrain, rejoint par ses partenaires. La rencontre reprend un quart d’heure plus tard, sans Diakhaby, trop affecté par ce qui vient de se passer. Une enquête a depuis été diligentée par la Fédération Espagnole de Foot mais, selon certains « proches du dossier », celle-ci ne serait pas pressée de rendre ses conclusions.

3. Rayo Vallecano - Albacete en D2 espagnole : match arrêté pour insulte raciste envers un joueur blanc

C’est à ce jour le seul match qui fut arrêté définitivement avant son terme à cause de faits de racisme. L’arbitre décida en effet de mettre un terme à la rencontre à la mi-temps après que des chants et insultes d’une partie du public du Rayo (club politiquement à gauche) traitèrent l’attaquant ukrainien Roman Zozulya de nazi ! En Espagne, il y a des valeurs auxquelles on ne touche pas ! La seconde mi-temps quant à elle, ne fut jouée que 7 mois plus tard.

4. Dijon – Amiens : match arrêté à la 77ème pour injures racistes de supporters

Le 12 avril 2019, le capitaine d’Amiens, Prince Gouano fut victime d’insultes racistes proférées par le kop bourguignon. A la 77ème minute, face à l’inaction du corps arbitral, il annonça que ses coéquipiers et lui refusaient de poursuivre la rencontre dans ces conditions. Après discussions avec le club de Dijon, le jeu put finalement reprendre sous réserve qu’aucun autre acte similaire se produise de nouveau. Les supporters se tinrent à carreau et la rencontre put aller à son terme. Le club dijonnais écopa d’un point de pénalité avec sursis.

5. Libourne-Saint-Seurin - SC Bastia (Ligue 2) : humilié à domicile

En septembre 2007, l’attaquant burkinabais Boubacar Kébé est expulsé après avoir fait un doigt d’honneur à l’attention de supporters bastiais qui l’avaient insulté pendant toute la rencontre. Le joueur déposa une plainte contre X pour injures racistes. En parallèle, une enquête de la LFP condamna le club corse à un retrait d’un point au classement (*). Une première dans l’histoire du Championnat de France. Pour le match retour quelques mois plus tard en Corse, Boubacar Kébé préféra se faire porter pâle (sans mauvais jeu de mot) mais fut malgré tout accueilli chaleureusement par les supporters bastiais avec notamment une banderole : « Kébé on n’est pas raciste, la preuve on t’encule ! ». Une récidive qui valut au club de nouveau un retrait de deux points et un match à huis clos.

(*) Le retrait d’un point fut finalement annulé en novembre 2008 par jugement du Tribunal Administratif, faute de preuve suffisante.

6. Tottenham Hotspur – Chelsea FC : la rencontre arrêtée à 3 reprises

Ah le football anglais, son authenticité, son amour des traditions, son boxing day qui anime chaque fin d’année… Comme souvent lors des grandes réunions de famille, il y a toujours le tonton bourré et un peu raciste qui vient saloper la soirée. Ce fut le cas ce 22 décembre 2019, lors du derby londonien qui opposa les Spurs aux Blues de Chelsea. La rencontre fut en effet interrompue à 3 reprises à cause des injures racistes de supporters à l’encontre d’Antonio Rudiger. L’enquête diligentée par Tottenham conclut étonnamment à l’absence de preuve significative… mais permit quand même au passage d’arrêter un supporter de Chelsea qui s’en était pris à Son Heung-min. On appelle ça un « arbitrage maison » !

7. Bulgarie – Angleterre (match de qualification pour l’Euro 2020) : cris de singe et chants nazis

Humiliés à domicile 6-0, les Bulgares se sont encore plus ridiculisés en minimisant les incidents en tribunes qui émaillèrent la rencontre, obligeant l’arbitre à suspendre le match à deux reprises. Il fallut l’intervention du capitaine bulgare auprès des supporters pour que la rencontre puisse reprendre. Une accalmie qui ne dura pas, puisque les cris de singe et les saluts nazis reprirent peu après à l’encontre des joueurs de couleur des Three Lions. La Bulgarie fut condamnée à deux matchs à huis-clos dont un avec sursis et à une amende de 85000 euros.

8. Lagnieu – Rossillon (D2 départemental) : premier footballeur français condamné pour insulte raciale

Le 2 juin 2009, le footballeur amateur Maxence Cavalcante évoluant à Lagnieu traita son adversaire Makam Traoré de sale nègre et de sale singe. Témoin de ces insultes, l’arbitre décida de siffler prématurément l’arrêt de la rencontre. Une première dans l’histoire du foot français, qui sera suivie d’une autre, avec la condamnation inédite du joueur incriminé à 4 mois de prison avec sursis, 1500 euros d’amende et 100 heures de travail d’intérêt général (TIG) !

9. AS Roma – AC Milan : Balotelli dans le collimateur

Les injures racistes dans les stades de Serie A sont légions, à Rome comme ailleurs. Un mal profond souvent minimisé par les autorités politiques italiennes ainsi que par celles du football, et face auquel les arbitres ne disposent que de peu de moyens de sanction (quand ils ne décident pas de cartonner les joueurs de couleurs a priori victimes). Ces derniers peuvent toutefois interrompre une rencontre le temps que les annonces du speaker du stade calment les esprits. C’est ce que fit l’arbitre de la rencontre entre la Roma et le Milan en 2013 après que Mario Balotelli a été pris à partie par une frange raciste des supporters romains. Le début d’une longue série de harcèlements qui se poursuivit tout au long de sa carrière, y compris en France.

Source photo : Giphy