Ahhhh, nos petits lecteurs… On vous aime, vous savez ? Peu importe la team à laquelle vous appartenez. Que vous fassiez partie des trop choupinous (98% d’entre vous, bien évidemment), de ceux qui se sont fait pirater et qui nous invitent gentiment à venir découvrir leur site de uc, les un peu vénères qui ne comprennent pas pourquoi on n’aime pas Zemmour, et enfin, les profs de français. Toujours en forme et pleins de good vibes pour gentiment nous rappeler que « putain, les merdias, là, on dit « au temps pour moi », pas « autant », faites bien votre taff un peu ». Je plaide coupable… Souvent, ils ont raison. Mais pas toujours ! Eh oui, certaines « erreurs » qui arrachent les yeux des plus balaises en orthographe, sont en réalité correctes !

"Autant pour moi"

C’est l’une des expressions les plus controversées et polémiques de la langue française : « au tant pour moi », ou « au temps pour moi » ? Eh bien… Les deux. Enfin, ça dépend si on est un puriste qui se fie sans foi ni loi à l’Académie française, ou pas. « Au temps pour moi » vient du monde militaire. La locution était employée pour commander la reprise d’un mouvement depuis le début. Le sens « c’est à reprendre » donne alors naissance à l’expression, pour admettre une erreur. Celle-ci est la version acceptée par l’Académie française.

De leur côté, les contestataires, dont le grammairien belge Maurice Grevisse ou l’écrivain Claude Duneton, défendent « autant pour moi », avec quand même une légère nuance. Écrite de cette façon, l’expression doit se comprendre « j’ai autant d’erreurs que vous à mon service ». On peut donc considérer que les deux expressions co-existent, sans vouloir dire exactement la même chose. Autant pour moi, si je froisse quelques-uns de nos lecteurs, hihi. (Source.)

Crédits photo : Topito

"Malgré que"

Je sais. Vos oreilles saignent, vos yeux pleurent des larmes de sang, et vous êtes à deux doigts de quitter ce top pour aller poser un commentaire assassin, criant au crime contre la langue française. Je vous comprends un peu, au fond (même si rien ne légitime une telle violence), mais attendez un peu que je vous explique !

« Malgré que » ne s’utilise que dans certains cas bien précis. Déjà, c’est une forme de langage assez soutenue. Ensuite, la formule est toujours suivie du verbe avoir au subjonctif. « Malgré qu’il en ait. », « Malgré qu’elle en eût. », « Malgré que j’en aie. » : c’est correct. En revanche, on ne l’utilise jamais, au grand jamais, pour remplacer « bien que » ou « quoique ». (Source.)

"Par contre"

« Ahhhh sacrée époque, hein ! Savent plus parler ces jeunes, Michel ! » Eh bien, détrompez-vous, mon cher Michel. La locution « par contre » est bien plus vieille que vous ne le pensez : elle a été attestée pour la première fois au XVIe siècle, dans les écrits du réformateur Jean Calvin. L’expression n’a jamais dérangé personne jusqu’à… Voltaire, qui la critiqua fortement au XVIIIe. En suivant, Émile Littré, dans son Dictionnaire de la langue française, confirme la position de Voltaire, tout en admettant que ça « peut se justifier grammaticalement ». Ouais. Flou, quoi. En suivant, André Gide, grand écrivain et prix Nobel de littérature, défend son existence. Même chose pour Grevisse, lui aussi en accord avec son utilisation, qui en profite pour rappeler que des noms comme Stendhal, Maupassant, Saint-Exupéry ou encore Malraux l’ont adopté. Bref, une longue histoire pour en arriver à la conclusion que : non, « par contre », admis dans le registre courant, ne constitue pas une faute de français.

"Paris est beau"

Le genre des noms de ville est une question assez compliquée. Généralement, on considère qu’on utilise le féminin pour les villes finissant par « e » ou « es » muets, comme Rome, Bruxelles ou Toulouse. Dans les autres cas, le masculin l’emporte. Logiquement, on devrait donc dire « le Paris » et donc… « Paris est beau » !

En revanche, on associe souvent Paris à des termes féminins, comme « ville » ou « capitale », ce qui pousse à féminiser le nom. En soi, personne n’a tort dans cette histoire, les deux sont acceptables et logiques. Même les sages de l’Académie française n’ont pas tranché la question, c’est dire !

"C'est ma langue native"

« Euuuuuuh… Tu veux dire « langue natale », plutôt, nan ? ». Eh non ! En effet, ça veut dire la même chose, mais les deux existent. Bien que « langue native » soit bien moins agréable à l’oreille, elle désigne, tout comme « langue maternelle » ou « langue première », le premier dialecte appris par une personne, dès son enfance.

"Il s'ensuivit"

L’Académie française est formelle sur la question ! On écrit « il s’ensuivit » et non pas « il s’en suivit », tout comme on dit « il s’est ensuivi » et non « il s’en est suivi ». Le verbe « s’ensuivre » se définit par « découler, résulter » : aucune raison, donc, de l’écrire en trois mots. Vous le saviez, ou vous êtes sur le cul, là ? (Source.)

"Vous avez mis la barre haut"

En fait, ce n’est pas seulement une « faute » qui n’en est pas une : c’est aussi et surtout la manière dont on devrait tous prononcer l’expression. Vous allez être choqué, mais… « Mettre la barre haute », c’est totalement incorrect ! En effet, dans cette phrase, « haut » est un adverbe qui complète le verbe. On dit d’ailleurs « haut la main, et non pas « haute la main ». Pour dire « haute » il faudrait que le mot soit un attribut du sujet, comme dans « la barre est haute ». C’est clair, ou ce n’est pas clair? (Source.)

Un "phantasme"

Alors, je ne vous dis pas d’utiliser cette orthographe, je dis simplement que oui, ça existe. Rassurez-vous, la grande majorité des personnes préfèrent l’écrire avec un « f » (et on les remercie). Après… En y réfléchissant bien… « Fantasme » vient du grec « phantasma », qui s’écrit bien « ph ». Du coup… « Phantasme »… C’est pas si déconnant !

"Le plus belle"

Dans certains cas, c’est effectivement la forme à utiliser ! Devant un adjectif superlatif relatif (kamoulox) comme « le plus » ou « le moins », et s’il y a une comparaison entre différents degrés ou états d’une même chose, l’article reste invariable ! Vous avez du mal à saisir ? Si vous comparez la beauté d’une rose à différents moments de la journée : vous comparez les états d’une même chose. Il faudra donc écrire « C’est le matin que la rose est le plus belle ». Si la comparaison se fait entre différentes entités, la question ne se pose plus, on accorde « Cette rose est la plus belle de toutes les roses. ».

(Source.)

"Connaitre" (eh oui, sans accent circonflexe !)

Quand l’Académie française rédige son premier dictionnaire à la fin du XVIIe siècle, deux orthographes sont admises pour ce verbe : cognoistre et connoistre. C’est la deuxième écriture qui reste. Avec le temps, le « s » est remplacé par un « ^ », ce qui donne : connoître, et enfin « connaître » en 1935. Mais l’histoire ne s’arrête pas là ! En 1990, le conseil supérieur de la langue française propose de supprimer les accents circonflexes sur les « i » et les « u ». Depuis, vous n’avez normalement plus besoin de vous faire chier à chercher se maudit accent sur votre clavier, « connaitre » étant une forme totalement correcte du mot !

(Source.)

"La froidure"

C’est très moche, mais c’est français. Ouvrez donc votre dictionnaire, vous verrez ! D’après le Robert, « Froidure, n.f. : Grand froid de l’hiver ». J’en connais quelques-uns qui vont se coucher moins bêtes, ce soir !

Un "nénufar"

Bon, ok, là, j’enfonce un peu une porte ouverte, puisque tout le monde le sait. En même temps, c’est vraiment l’argument avancé dans toutes les discussions de darons pour dire que le monde part en couille, non ? « Non mais tu te rends compte, Sylvie ! Nénuphar avec un « f » ! Pourquoi pas un éléfant, aussi ? Ah non mais les gamins, aujourd’hui, ils écrivent comme sur leurs semeusseux (« SMS » en langage de plus de 50 ans) ! » Je comprends que ça heurte, mais c’est comme ça. Et même si on a l’impression que c’est un phénomène récent, en lien avec la génération texto (« T-E-X-T-O génération textooooo », les vrais savent) c’est en réalité bien plus vieux que ça ! Avant 1935, « nénuphar » s’écrivait avec un « f ». La raison : étymologiquement, ce mot compliqué vient du perse « nilufar ». Alors, c’est laquelle, la génération qui change les règles, maintenant ? Hein ?

A l’inverse, il y a des fautes de français qu’on fait tout le temps, en étant convaincu que c’est complètement juste. Bouhouuuu les nullos !

Sources : l’Obs, Projet Voltaire, l’Académie Française