Depuis quelques temps l’appli StopCovid fait parler d’elle et de nombreux ingénieurs de l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique planchent sur sa mise en place. Non ce n’est pas une nouvelle appli de rencontres pour personnes contaminées, mais bien une application destinée à tracer les interactions des 14 derniers jours de personnes contaminées par le virus afin de limiter sa propagation. Evidemment, ça a l’air parfait comme solution pour limiter les dégâts, mais n’est-ce pas un tout petit peu flippant d’offrir à l’état un tel outil de surveillance (on vous avait déjà parlé des politiques qui deviennent cinglés depuis le confinement) ? On tente ici de répondre aux grandes questions qu’on se pose sur ce sujet houleux.

1. Comment ça fonctionnerait exactement ?

Comme vous l’avez compris, il s’agit d’une application de traçage. Le principe est simple, dès lors que l’on a installé l’application sur son téléphone, le Bluetooth permet d’enregistrer les interactions avec d’autres personnes à une distance de moins de 15 mètres (cette technologie serait moins intrusive que la géolocalisation).

Lorsqu’un utilisateur de l’appli est contaminé, il le déclare ce qui envoie un message automatiquement à toutes les personnes qu’il a donc « croisées » durant les 15 derniers jours. Les personnes à risques sont alors censées pouvoir bénéficier d’un test (enfin, si on en a parce que les tests de grossesse s’avèrent totalement inefficaces dans le cas présent) ce qui permet, in fine, de placer en quarantaine toutes les personnes testées positives.

GÉNIAL NON ?

2. Est-ce qu'on pourra rester anonyme ?

Haha ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii biiiiiiiieeeeeen sûr. En tout cas, c’est ce que nous promet le gouvernement. A l’instar de Dalida, je vous permets de clamer mélodieusement « Paroooles, parooles, paroooleuuu ».

Bon blague à part, en théorie l’appli est censée rester anonyme. De toute façon elle ne sera pas obligatoire (on reviendra sur ce point). Afin de garantir l’anonymat de ses utilisateurs, les chercheurs français utilisent de protocole « Robert » (y’avait pas plus pourri comme nom de protocole apparement) : il permet de recenser tous les contacts des utilisateurs de l’appli et de les transformer en identifiants anonymes. Comme ça si jamais tu contamines ton crush, l’appli ne lui permettra pas de savoir que c’est toi le/la responsable. YAY.

Toutefois, de nombreuses tribunes dénoncent le danger inévitable que représente la mise en application de ce genre d’outil de surveillance qui entraînera forcément des dérives quant à son utilisation… Mais on vous en parle juste en dessous.

3. Est-ce qu'on sera obligés de l'utiliser ?

ALORS. Techniquement, ce ne sera pas obligatoire, mais ne criez pas victoire tout de suite.

Il faut bien comprendre que l’utilité d’une telle application ne peut fonctionner que si un grand nombre de personnes l’utilisent (si je suis contaminée et que je crache mes postillons sur tout le monde et que personne n’a l’appli, ça marche pas). On peut donc redouter que le caractère non-obligatoire de l’application se traduise par des interdictions de certains lieux par exemple aux personnes qui ne disposeraient pas de l’appli. En gros, c’est pas obligatoire mais si ça oblige les gens qui ne l’utilisent pas à rester confinés chez eux, on peut se dire que ce serait quand même un tout petit peu obligatoire…

4. Est-ce que ce modèle de surveillance massive pourrait rester en vigueur après la pandémie ?

NOOOOOOOOOOOOOOON PAAAAAAAAAAS DU TOUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUT.

Mais en fait, l’histoire nous a montré que si. De la même façon que l’état d’urgence prononcé après les attentats de Charlie hebdo n’a jamais cessé d’être maintenu, que le traçage ADN mis en place dans les années 90 pour les grands criminels s’est étendu au reste de la population, il y a fort à parier qu’une appli de surveillance de cette ampleur trouve d’autres formes d’utilités par la suite. Pas forcément avec le gouvernement actuel dont on ne doute pas des bonnes intentions mais c’est un outil à ne pas mettre dans toutes les mains.

A ce sujet, je ne saurais que trop vous recommander le récent documentaire Arte sur la surveillance de masse, tout à fait édifiant pour notre affaire de StopCovid.

5. D'autres pays d'Asie comme la Corée du Sud, Taiwan ou Singapour ont mis en oeuvre ce genre de méthodes, est-ce que ça a été efficace ?

Ils sont souvent cités parmi les pays qui ont le mieux géré la pandémie, notamment avec ces systèmes de traçage similaires au projet StopCovid. En l’occurrence en Corée du Sud on a carrément mis en place un système de bracelets (non-obligatoires) dotés de l’appli gouvernementale et il semblerait que ça ait porté ses fruits même si c’est difficile à établir à ce stade.

6. Est-ce qu'il existe d'autres méthodes pour tracer le virus ?

Si à ce jour, l’utilisation d’appli de traçage intéresse pas mal de monde, d’autres approches légèrement différentes ont déjà été mises en place. En Suisse, on utilise aussi la méthode du traçage mais de manière décentralisée ce qui limite le stockage de données, en Allemagne à l’heure actuelle on opte aussi pour le traçage mais sans outil électronique, chaque personne contaminée passe en revue ses interactions des deux dernières semaines. Pareil en Belgique où des « enquêteurs » travaillent en collaboration avec le personnel soignant se limitant ainsi à des moyens humains de traçage.

7. Comment feront ceux qui n'ont pas de smartphone ?

On les exécute à balles réelles.

Mais sinon, comme l’application n’est pas obligatoire, les personnes qui n’ont pas de smartphones devraient pouvoir continuer de vivre. A moins qu’on ne leur ordonne pour ce faire de rester confinés chez elles. Ce qui serait vachement méchant.

8. Est-ce que ça comporte un tout petit peu (rien qu'un tout petit peu) de risques concernant notre liberté ?

Seize chercheurs ont mis au point différents scénarios mettant en scène les risques probables de dérapages avec ce genre d’applis (à retrouver sur le site risques-tracage.fr). Alors bien sûr, on ne veut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué et même si les intentions de départ sur cette application de traçage sont sans aucun doute louables, il est plus que jamais nécessaire d’appréhender les risques qu’elle représente au risque de passer pour des gros relous parano.

Par ailleurs on le rappelle, ce dispositif ne peut être efficace que si la majorité de la population l’utilise, et ses résultats ne seront jamais super précis, et puis si à côté de ça on n’a pas assez de tests, c’est complètement inutile. Voilà pourquoi le collectif La Quadrature de Net parle de « libertés inutilement sacrifiées ».

Alors évidement on ne veut pas jeter la pierre à ceux qui bûchent sur ce projet parce qu’à l’heure actuelle on a encore peu d’alternatives, peu de solutions et peu de choix. Pour l’heure, le projet est encore étudié et débattu, c’est pourquoi il faut insister sur les consignes strictes d’utilisation d’un tel engin. N’oublions pas que l’enfer est pavé de bonnes applications.

Et si la surveillance ça te fait pas peur, tu pourras te rendre pour les vacances dans une de ces villes les plus surveillées de France, petit.e veinard.e.

Sources : La Croix « Ce qu’il faut savoir sur l’appli de traçage », Bastamag, Terrestre « Appel au boycott de l’application StopCovid », Le Monde, Risques traçage, StopCovid