La nouvelle est tombée hier : c’est Elisabeth Borne qui prend la suite de Jean Castex à la tête du gouvernement français. La deuxième femme Première ministre de la République, après Édith Cresson en 1991 ! Et déjà, les commentaires sexistes inondent le web et s’invitent dans les discussions. Triste. D’autant plus triste que cela est loin (très loin) d’être un cas isolé : en 2021, une étude révèle que 74% des élues locales subissent des réflexions sexistes et misogynes. Petit tour d’horizon (désolant, et pourtant bien réel) des politiques qui ont dû y faire face.

1. Simone Veil

Forcément, ce top devait commencer par LA figure politique féminine qui a bouleversé nos vies, et dont les combats continuent aujourd’hui encore. Madame Simone Veil, ministre de la Santé pendant Giscard, présidente du Parlement Européen, Ministre d’État, des affaires sociales, de la santé et de la ville sous Mitterrand… Bref, un parcours politique dingue et une dame impressionnante, à qui l’on doit le droit d’avorter. Un droit, qu’elle a défendu pour la première fois le 26 novembre 1974, devant une assemblée de 481 hommes pour 9 femmes. Si une partie a applaudi sa prise de parole, les autres se sont laissés aller à des remarques sexistes, parfois même racistes et antisémites. Parmi les plus choquants : Jean-Marie Daillet, qui parle d’ « embryons jetés au four crématoire » ou Jacques Médecin, qui parle de « barbarie organisée et couverte par la loi comme elle le fut par les nazis« . Quand on se souvient que Simone a été déportée à Auschwitz, ces propos deviennent encore plus écœurants.

On notera également le « La femme s’épanouit en donnant la vie. » de Louis Donnadieu. Bah oui, Louis, c’est bien connu ça ! Un gosse, c’est notre seule clef du bonheur…

2. Edith Cresson, première femme Premier Ministre en France

Critiques de son apparence constantes dans les médias et remarques sexualisantes à gogo : la première femme Premier Ministre en France (eh oui, on ne disait pas encore « PremièrE ministre ») a dû faire face à un machisme assumé lorsqu’elle a été nommée à la tête du gouvernement, sous Mitterrand, en 1991. François d’Aubert, ancien ministre de la Recherche, la surnomme alors « Madame la Pompadour« , l’associant ainsi à la maitresse de Louis XV. Le Quotidien de Paris titre « Matignonne » au lendemain de sa nomination, pendant que le Bébête Show la caricature en panthère lascive répondant aux ordres de François Mitterrand. En 1981 déjà, lorsqu’elle était ministre de l’Agriculture, des manifestants de la FNSEA avaient défilé avec la pancarte «Édith, on t’espère meilleure au lit qu’au ministère ». Classe.

3. Ségolène Royal

Dans son livre Ce que je peux enfin vous dire, Ségolène Royal raconte « L’une des premières fois où je suis montée à la tribune de l’Assemblée nationale pour m’exprimer, j’ai effectivement entendu, comme tous les députés présents, l’un d’entre eux me crier ‘À poil !’ Puis les ricanements de ceux qui l’entouraient, tout cela dans l’absence totale de réactions du président de l’Assemblée et des autres députés. » Classe, toujours. Classe comme ce gros beauf, qui complimente la ministre sur son tailleur plus que sur son discours en 2014…

4. Anne Hidalgo, maire de Paris

Le 4 juin 2016, Anne Hidalgo est à Clamart, pour la pose de la première pierre du Grand Paris Express. Résultat : pas mal de monde se déplace dans la commune de banlieue parisienne ce jour là. Réaction de Philippe Pemezec, maire les Républicains de la commune limitrophe (Le Plessis-Robinson) : «Qu’est-ce qu’ils ont tous à se précipiter autour d’elle, tous ces mecs? Ils sont comme untel à vouloir se faire tailler des pipes par Hidalgo». Waw. Ce doux poème lui aura valu le prix du « Macho de l’année », remis par l’association féministe « Les Chiennes de garde » et le magazine Causette. Chuuuuut… Écoutez… Vous l’entendez, le karma lui dire « CHEH »?

Deux semaines après l'affaire Baupin, piqûre de rappel de la vie quotidienne en politique.

Posted by NEON on Tuesday, June 14, 2016

5. Najat Vallaud-Belkacem, Ministre et porte parole du gouvernement sous Hollande

En 2014, l’élu UMP Franck Keller tweet une photo de Najat Vallaud-Belkacem (successivement Ministre des Droits des femmes, de la Ville, de la Jeunesse et des Sports de 2012 à 2014, puis de l’Éducation jusqu’en 2017) en robe noire. Il y écrit « Quels atouts Najat #VallaudBelkacem a utilisé pour convaincre #Hollande de la nommer à un grand ministère ?« . Cet homme visiblement aussi intelligent que courageux a rapidement supprimé son tweet face aux nombreuses réactions négatives. Marrant de se sentir supérieur aux femmes quand on a, soi-même, pas de couilles, nan ?

6. Cécile Duflot, ancienne ministre

Alors qu’elle est ministre du Logement, Cécile Duflot prend la parole devant l’Assemblée nationale en 2012. Avant même qu’elle ne puisse commencer sa phrase, elle se fait siffler et huer par nombre de députés. La raison ? Elle porte une robe à fleurs. C’est tout. Il en faut peu pour être macho.

7. Fleur Pellerin, ancienne ministre

Eh hop, trois jours seulement après Cécile Duflot, c’est au tour de Fleur Pellerin (alors ministre déléguée en charge des PME) qui est victime d’insulte sexiste. Le député UMP Marc Le Fur profite qu’elle soit absente à l’Assemblée pour déclarer « Si elle n’est pas là simplement pour les apparences et pour servir de pot de fleurs, elle doit figurer à nos débats et venir nous rejoindre… ». WAW.

8. Laurence Dumont, ancienne vice présidente de l'Assemblée nationale

7 février 2013, Laurence Dumont, Vice-présidente de l’Assemblée nationale à cette époque, remplace Claude Bartolone au perchoir pendant le débat sur le mariage pour tous. Un remplacement qui n’est pas au goût de plusieurs messieurs, qui se lèvent et crient « Bartolone, Bartolone », comme le feraient des enfants fâchés. On entend également des « Couchez-vous », et Christian Jacob s’adresse à elle sur un ton particulièrement agressif. Ambiance.

9. Chantal Jouano, ancienne ministre (et actuelle Présidente de la Commission nationale du débat public)

En septembre 2011, Chantal Jouanno mène la liste officielle de l’UMP pour les élections sénatoriales à Paris. De son côté, Pierre Charon préside une liste concurrente. Vexé que sa famille politique lui tourne le dos, il déclare à la tv que Chantal Jouanno sera élue quoi qu’il arrive, « qu’elle soit sur les tatamis, ou au lit ». Classe, encore et toujouuuurs. (Source.)

Crédits photo (CC BY 2.0) : Friends of Europe

10. Véronique Massonneau, ancienne députée écologiste

En octobre 2013, Véronique Massonneau (EELV) prend la parole à l’Assemblée nationale sur la réforme des retraites. Alors qu’elle est en plein discours, l’élu UMP Philippe Le Ray commence à imiter le bruit que ferait une poule. Un caquetage de très mauvais goût, qui lui aura coûté 1378 euros… Alors, c’est qui le coq qui s’est fait plumer et rabattre le caquet, hein ?

11. Laurence Rossignol, ancienne sénatrice française (et actuelle Vice-présidente du Sénat)

Janvier 2013, au Sénat. Laurence Rossignol est au micro pour parler de… Parité. Le moment intelligemment choisi par Bruno Sido pour balancer « Mais c’est qui cette nana? ». Timing vraiment parfait Bruno, ne change rien. Heureusement, Laurence Rossignol ne se laisse pas faire et lui adresse la « palme du misogyne beauf de cette assemblée ». La « nana » 1 – 0 « le beauf misogyne ».

12. Lydia Frentzel, conseillère municipale EELV à Marseille

A l’issue d’un débat houleux, lors d’un conseil municipal en février 2019, l’écologiste Lydia Frentzel répond au sénateur RN Stéphane Ravier, en déclarant « Monsieur Ravier, on se verra dans le 13/14 (des arrondissements marseillais), je vous préviens ». La réponse du membre du Rassemblement national ne se fait pas attendre : « Toujours au même hôtel, à la même heure ? ». Honteux, putain. Heureusement que le maire est là, et qu’il défend la pauvr… Ah. Non. Il met de l’huile sur le feu en ajoutant « En tout cas ce n’est pas dans mon bureau! ». Waw. Bien joué les mecs.

13. Anne Marie Comparini, ancienne députée française

Cette fois-ci, nous sommes en 2007, à proximité de l’Assemblée nationale. Renaud Muselier (au centre) présente Michel Havard, le nouveau député UMP (au centre de la vidéo), à Patrick Devedjian (à gauche). À ce moment-là, Havard vient d’éliminer Anne-Marie Comparini, députée Modem sortante, dès le premier tour des élections législatives. Lorsque Muselier déclare « Voici celui qui a battu Anne-Marie Comparini ! Il a fait un tabac ! », Devedjian ne trouve pas mieux à répondre que… « La salope ». Ah bah, il a dû être beau le petit reportage sur la rentrée parlementaire des nouveaux députés du Rhône, tiens ! (Source)

Malheureusement, des témoignages de sexisme ordinaires, il y en a des milliers d’autres, et pas seulement en politique. Vous avez dit patriarcat ?