Le décès fait partie de ces trucs pas ouf de la vie dont on préfère rire avec des memes sur la mort que pleurer. Parce qu’il y a des gens qui sont morts au mauvais moment et d’autres au mauvais endroit (genre derrière une benne à ordure de camping, c’est pas incroyable comme mort). Heureusement, pour comprendre les morts étranges, on a les médecins légistes qui sont un peu les Sherlock Holmes des morgues. Mais Jamy, ils font quoi exactement ces légistes ? On vous explique tout juste ici !

1. En quoi consiste leur métier ?

Les médecins légistes peuvent dans un premier temps intervenir dans le cadre d’affaires judiciaires criminelles. Ils peuvent se rendre sur une scène de crime pour prélever des indices dans le cas de décès d’origine mortelle ou suspecte pour ensuite effectuer une autopsie dans un institut médico-légal. Ils peuvent aussi en effectuer lors de décès sur la voie publique, de corps non-identifiés ou à la demande des familles. L’autopsie doit permettre de trouver les causes, les circonstances, l’heure de la mort et d’identifier le corps. Une fois leur travail terminé, ils doivent rédiger un rapport qu’ils donneront au magistrat en charge de l’affaire. Ils peuvent aussi être appelés à la barre lors d’un procès pour donner leurs conclusions.

2. Ils ne s'occupent que des gens morts ?

Non car les médecins légistes peuvent aussi intervenir à l’hôpital et dans d’autres affaires judiciaires. En effet, ils peuvent aussi apporter leur expertise dans des cas d’accidents, de maladies, d’opérations, ou d’autres circonstance ayant occasionné des dommages corporels. Ils peuvent par exemple recevoir des patients, victimes d’agressions qui leur sont envoyés par la police et la gendarmerie. À eux de constater les blessures et leur gravité. Ils peuvent également s’occuper de personnes en garde à vue.

3. Pourquoi on parle de médecine "légale" ?

Les médecins légistes sont considérés comme des auxiliaires de la justice. Ils interviennent donc à la demande d’une autorité judiciaire comme un magistrat, le Parquet, un juge d’instruction, ou encore un policier. Ils travaillent donc dans un cadre légal bien défini. D’où le nom.

4. Ils font quoi avec leurs coton-tiges ?

Afin de bien étudier un cadavre, les médecins légistes ont besoin de prêter attention au moindre indice comme les traces de sang, les traces de fluides corporels, les empreintes digitales, les morceaux de peau, les cheveux, les ongles, l’état des vêtements, etc. Pour cela, ils prélèvent donc des échantillons avec des cotons-tiges dans les orifices naturels (la bouche, le nez, les oreilles,…) et sur des surfaces présentant des traces fragiles et suspectes comme du sang, du sperme, du vomi ou même des débris de peinture ou de verre afin de les analyser en laboratoire pour détecter ou non une anomalie. On appelle ça l’écouvillonnage.

5. Est-ce que ce sont eux qui découpent les cadavres ?

L’examen du corps doit être réalisé aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur, c’est pourquoi les médecins légistes ont souvent besoin d’ouvrir un cadavre afin d’obtenir des informations supplémentaires pouvant les aider à rendre leur rapport. Ça passe par des radios, des examens au microscope des organes, des examens toxicologiques, des biologiques, etc. Toutefois, les médecins légistes font attention à ne pas mutiler le corps « inutilement » puisqu’il doit pouvoir être potentiellement présenté à la famille à la fin de l’examen.

6. Est-ce qu'ils voient beaucoup de scènes de crime ?

Environ un tiers du temps de travail des médecins légistes consiste à intervenir sur des personnes décédées. En moyenne, d’après la police, ils effectuent trois levées de corps par semaine c’est à dire trois examens de dépouilles sur place.

7. Ils sont vraiment médecins ?

Les médecins légistes ne peuvent pas fournir d’ordonnances ou réaliser des soins comme les médecins généralistes. Ils sont plutôt considérés comme des experts qui vont apporter des réponses à une question médicale et permettre la redirection de certains patients vers leurs confrères.

8. Est-ce que ça ressemble à ce qu'on voit dans les séries ?

Les séries télévisées véhiculent beaucoup de clichés autour des médecins légistes même si quelques réalités du métier sont représentées. Dans ces séries, les médecins légistes s’occupent quasi exclusivement de cadavres, ce qui n’est pas vraiment le cas dans la réalité. De même, il est interdit de se rendre sur une scène de crime habillé(e) en civil comme cela est montré dans les films et séries. Il faut porter une combinaison intégrale, des gants, des sur-chaussures et un masque. Les médecins légistes passent aussi beaucoup de temps à rédiger leurs rapports ce qui n’est pas très glamour à montrer dans une fiction. Enfin, ils n’autopsient jamais la nuit, comme on peut parfois le voir, et ne prennent en aucun cas la place des enquêteurs (coucou la série Balthazar).

9. C'est bien payé comme spécialité ?

Un médecin légiste débutant peut gagner aux alentours de 2 400€ net selon la police et jusqu’à 6 600€ en fin de carrière dans le public. Le salaire peut augmenter significativement si le médecin légiste exerce en libéral.

10. Comment on fait pour être médecin légiste ?

On vous conseille vivement de ne pas vous lancer dans une formation à la médecine légale si vous n’aimez pas les études. Et oui car pour devenir médecin légiste il faut d’abord réussir sa licence de médecine (et on rappelle que seulement 15% des étudiants de première année passent en deuxième !), puis ses trois ans d’externat, et enfin ses quatre ans d’internat avec une spécialité Médecine Légale et Expertise médicale. Bref, 10 ans d’études, approximativement, alors sachez à quoi vous attendre.

11. Est-ce qu'ils deviennent "insensibles" face à des cadavres ?

Non, les légistes ne deviennent pas insensibles en entrant dans ce métier mais ils apprennent à prendre du recul, de la distance, pour se concentrer sur leur expertise et faire correctement leur travail. Mais certaines situations restent bien plus difficiles à endurer que d’autres comme lorsqu’ils doivent gérer des abus sexuel sur mineur, des nourrissons maltraités ou assassinés, des femmes battues ou des accidentés de la route.

12. Combien de temps restent-ils sur un cas ?

Tout dépend de la complexité de l’affaire. Si l’autopsie peut prendre entre une à huit heures, le rapport peut lui mettre un mois ou plus à être produit.

13. Est-ce que ça pue dans leur cabinet ?

Il y a de fortes chances que ça ne sente pas très bon dans la salle d’autopsie sachant qu’un cadavre commence à sentir dès les premières heures. Dans une interview, le Dr Michel Sapanet, médecin légiste au CHU de Poitiers, raconte que l’odeur d’une personne décédée quelques heures après sa mort est celle de la viande froide. Puis, elle tend vers une odeur de fromage fort comme le Maroilles jusqu’à une odeur de beurre rance lors de la décomposition. Sachant que la putréfaction commence dans les 24 à 48h suivants le décès et qu’il est fréquent que les légistes ne fassent des autopsies que 24 à 48h après la découverte du corps, on vous laisse imaginer les odeurs variées avec lesquelles les légistes doivent travailler.

14. Est-ce que dans la vraie vie aussi ils mettent une grosse lumière en direction des parties intimes pour les cacher ?

Pas de doute sur le fait qu’ils dirigent la lumière vers là où ils ont besoin d’être éclairés. De plus, ils sont souvent seuls avec le cadavre, donc nul besoin de cacher des organes génitaux (qui doivent d’ailleurs, dans différents cas, être étudiés).

15. Qu'est-ce qu'ils font des corps après ?

À la fin de l’autopsie, si la conservation du corps n’est plus nécessaire pour découvrir ce qu’il s’est passé, un magistrat délivre un permis d’inhumer et le corps quitte la morgue ou l’institut médico-légal. Sinon, il est placé en chambre froide. Pour les personnes ayant fait don de leur corps à la science, il est transporté dans une faculté de médecine ou une école de chirurgie.

Essayez de ne pas décéder dans des morts connes, on tient à vous nous. Cœur avec les doigts.

Sources : Police nationale, CIDJ, Cairn, La Libre, La Dépêche, Résonance Funéraire, Advitam, Le Journal des Femmes, Téléstar.