France-Allemagne en compétition, c’est toujours toute une histoire. Vos enfants semblent ne pas vraiment comprendre pourquoi vous êtes tendu tendu tendu depuis quelques jours déjà. Vous qui avez connu des gens dont les parents ont connu la guerre, vous êtes encore un brin tendu quand il s’agit d’être objectif concernant les casques à pointes nos voisins d’outre-Rhin. Il va falloir trouver les mots pour entretenir cette rancœur sans tomber dans une germanophobie d’un autre temps pour que les petits comprennent bien. Vous pouvez lui expliquer ça par exemple…

1. Les Allemands jouent comme des brutes

Alors oui, tu entendras sûrement dire que depuis quelques années, les Allemands ils font plein de passes, qu’ils sont techniques, qu’ils jouent vite et que le Brésil ou l’Espagne n’a rien à leur envier. Ok… Mais à part ça ? Si t’enlèves leur technique, leur intelligence tactique et leur esprit d’équipe, il reste quoi ? Une bande d’Allemands d’1m90 mal coiffés, et puis c’est tout ! Un jour je te parlerai de Harald Schumacher, une sorte de Voldemort avec des gants, mais là t’es encore trop petit, c’est trop brutal pour toi…

2. Les Allemands ne respectent pas les Français

En tant que supporter Français, on ne peut pas être neutre. 1982, 1986… On leur a collé quelques tartines en match amical, et on considère que la rivalité franco-allemande en foot, c’est du sérieux. Et eux ? Eux ils s’en foutent des Français, ils préfèrent dire que c’est les Hollandais leur ennemi, et les Anglais aussi. Nous, pour eux, on est juste le pays où Frank Ribéry a été à l’école. Tu vois le niveau…

3. Les Allemands restent jouer chez eux, entre eux

Il y a bien un ou deux joueurs qui se retrouvent chez nous par hasard, mais en général, on les récupère à la fin de leur carrière de footballeur. La plupart des allemands ils préfèrent jouer dans des clubs qu’on n’arrive même pas à prononcer, comme le « Borruchen Werder de Rostock 04 » (qu’on prononce « Null Vier« ), et qui passe dans à la télé très tard, quand tu es couché depuis longtemps, parce que tu as école le lendemain. En grandissant, tu comprendras que c’est plus important d’être sérieux à l’école que de regarder du football allemand en dormant à moitié.

4. Les Allemands ont marqué le siècle d'avant, le XXème, de leur infamie

Imagine que tu voyages dans le temps, au début des années 1940, quand mamie était jeune, tu vois ça remonte. Si tu pouvais empêcher les parents de Harald Schumacher (le méchant de tout à l’heure) de se rencontrer, tu ferais quoi ? En sachant que si tu fais ça tu pourrais sauver les dents d’un gentil qui s’appelait Battiston, et nous faire gagner un des plus beaux matchs de l’histoire du foot ? Dur hein ? Ben c’est le genre de question d’adulte qu’on doit se poser quand on grandit. Pour que tu n’oublies jamais, je t’emmènerai un jour en pèlerinage à Séville. Toi aussi tu te diras « Plus jamais ça ! ». C’est important la mémoire.

5. Les Allemands ont les stades les plus remplis d'Europe

Oui, les supporters allemands, ce sont des passionnés. Au point de mettre des chapeaux ridicules de la couleur de leurs équipes en forme de ballon, je te prie de croire que c’est moche. Mais bon, à la télé là-bas, il y a que Derrick, un vieil inspecteur qui sent le tabac froid, et ils servent de la bière dans les stades. Du coup, les parents comme moi ont un peu plus envie d’y aller et de vous y emmener les gosses.

6. "Les Allemands jouent à 11 et ils gagnent à la fin"

En fait, c’est pas tout à fait vrai, c’est un Anglais qui a dit ça, et les Anglais ils gagnent encore moins souvent que les autres. Mais les Allemands, c’est vrai qu’ils vont souvent en Finale, et qu’on est content quand ils perdent, parce que sinon, on est obligé de filer le Ballon d’Or du meilleur joueur à n’importe qui comme Mathias Sammer, Lothar Matthäus ou Karl-Heinz Rummenigge. Ne retiens pas ces noms : ces années-là de toute façon, on préférait regarder le rugby à la télé.

7. Les Allemands ont un grand chef : Franz Beckenbauer

Les Hollandais ont eu Cruijff, nous on a eu Platini, les Anglais ont, euh… Paul Gascoigne disons… L’autorité allemande en matière de foot, le chef, c’est Franz. Il était super bon, un genre de Laurent Blanc, tu connais peut-être, un gars défendant debout, bon techniquement, mais depuis son passage avec ses grosses lunettes fumées comme entraineur en Ligue 1, on le prend un peu moins au sérieux. Oui, voilà, c’est ça, comme Laurent Blanc.

8. Les Allemands mettent des gros caramels sous la barre

Tu vois ce que tu fais d’habitude avec tes copains au début de l’entrainement en mettant des gros tirs dans le ballon un peu partout ? Ben les Allemands ils font ça, mais en match. Tu entendras sûrement te dire que le championnat allemand est spectaculaire. Alors attention : si tu aimes les parties tactiques avec des lignes qui se déplacent toutes ensemble et du jeu à une touche de balle, tu seras déçu. Mais si tu aimes crier « Wunderbar ! » ou « Toooor ! » quand de temps à autre un type de 90 kilos met une mine de 40 mètres dans la lucarne, prends allemand en seconde langue, c’est là-bas que ça se passe. Quand tu pourras boire de la bière, on ira.

9. Les Allemands portent tous la moustache et la nuque longue

Ça, c’est tout à fait exact par contre.

10. Les Allemands gagnent toujours sur des malentendus

Comme Tonton Bernard à la belote. Là c’est une fois les poteaux carrés en 76, l’agression sur Battiston en 82, un but refusé au grand Puskas en 1954… C’est moche. Et puis des fois, aussi, ils perdent une coupe du monde sur un but anglais qui fait débat depuis 1966 et une Ligue des Champions sur deux buts de remplaçants dans les arrêts de jeu en 1999. Comme quoi, dans la vie tout s’équilibre. Mais les Allemands, ils sont forcément dans nos plus beaux souvenirs de foot en fait. Et s’il y a une chose que tu dois retenir, c’est bien celle-là mon petit.

Donc méfie toi petit, si tu joues au foot avec un·e petit·e copain ou copine allemande, y’a des chances pour qu’ils te battent et rigolent très fort. Mais au fond tu les aimeras bien quand même, c’est important de choisir des ennemis qu’on respecte.