Vous vous êtes très certainement déjà demandé, durant une journée d’ennui profond, avec une voix des plus intelligentes : « euuuh pourquoi on a des sourcils ? » Ça vous a interloqué quelques heures, voire toute la nuit qui a suivi, vous empêchant littéralement de dormir. Eh bien je suis là aujourd’hui pour répondre à ce genre d’interrogation et vous expliquer ce que font ces parties bizarres dans notre corps humain. Mais avant tout, un petit rappel histoire de ne pas fâcher notre ami Darwin – rappel qui sera utile pour comprendre la suite de l’article : les parties du corps que nous avons résultent toutes d’une évolution. Si elles sont présentes, c’est soit qu’elles ont été utiles à nos ancêtres (et donc peut-êtres vouées à disparaître), soit qu’elles nous sont toujours utiles. Si vous voulez en savoir plus sur le sujet, on a un top des parties du corps qui évoluent encore, mais en attendant, voilà les réponses aux questions qui vous empêchent de pioncer.

1. Le petit coin rose dans notre œil est le vestige d'une troisième paupière

Des paupières, a priori, on en a tous deux : une en haut, et une en bas. Elles se rejoignent à intervalle plus ou moins régulier pour protéger notre œil des poussières et autres projectiles tout en l’humidifiant. C’est pratique. Mais certains animaux, comme les reptiles, les oiseaux, les amphibiens ou certains félins, ont une troisième paupière, horizontale. Elle a l’avantage de ne pas être totalement opaque, ce qui permet de protéger l’œil tout en continuant à voir un peu. C’est pratique quand on chasse, par exemple. Nous, les humains, on ne l’a plus, mais on a toujours ce coin rose dans la paupière, joliment appelé « pli semi-lunaire », qui a quand même une utilité : il permet une plus grande rotation de notre œil et favorise son humidification. Donc même si les scientifiques n’ont aucune idée de la raison qui fait que nous n’avons pas de troisième paupière, on sait au moins pourquoi ce pli semi-lunaire ne devrait pas disparaître de sitôt chez nos descendants. Soyez donc rassurés.

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2. Le coccyx est un reste de la queue de nos ancêtres

Vous le savez, l’être humain est un descendant des grands primates, et ces primates possédaient des queues, bien utiles pour se balader dans les arbres. Il se trouve que cette queue a fini par perdre de son utilité chez nos ancêtres, et que certains sont nés avec des queues de plus en plus courtes (non, ne ricanez pas), puis avec plus du tout de queue (non vraiment c’est pas drôle). Ça n’a jamais été un handicap puisqu’on ne vivait plus dans les arbres. Aujourd’hui, on vit donc sans queue, mais notre coccyx est toujours là, et il est un vestige de cette queue de nos ancêtres. Il a quand même une utilité, puisqu’il tient en place certains organes de notre corps et sert de point d’ancrage pour nos muscles pelviens. Muscles qui sont tout à fait utiles parce qu’ils nous aident (entre autres) à nous retenir de nous uriner dessus. Pour faire un raccourci, on pourrait ainsi dire que sans coccyx, on devrait porter des couches.

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3. On a la chair de poule parce que nos ancêtres étaient très poilus

Les grands primates dont on descend, et même les premières espèces d’hominidés, avaient un pelage bien fourni, contrairement à nous qui ne possédons que quelques poils plus franchement très utiles. Et nos ancêtres, à l’instar d’autres mammifères qui ont toujours des pelages, pouvaient faire dresser leurs poils quand ils avaient froid (pour mieux emprisonner la chaleur) ou peur (ce qui donnait l’impression d’être plus imposant). Les muscles qui servaient à dresser les poils, on les a toujours. Ils s’appellent « muscles arrecteurs du poil » et nous donnent la chair de poule quand on a froid ou peur, même si ça ne nous sert plus à rien.

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4. Nos dents de sagesse font mal parce qu'on n'a plus la place pour les accueillir

À quoi peuvent bien servir des molaires qui font mal quand elles poussent et qu’on doit bien souvent faire retirer ? À rien, en effet. Elles étaient utiles chez nos ancêtres qui devaient mastiquer de la bouffe bien plus dure à manger que notre bouffe actuelle. Eux avaient une mâchoire plus spacieuse que la nôtre, donc ils ne douillaient pas leur mère quand leurs dents de sagesse poussaient, contrairement à nous. Si on n’a plus la place pour ces dents, c’est entre autres parce qu’on a des cerveaux plus gros que ceux de nos ancêtres. Des cerveaux qui prennent plus de place dans notre boîte crânienne et en laissent moins pour la mâchoire. Du coup, vous préférez avoir des molaires supplémentaires ou un QI suffisant pour faire marcher votre cafetière ? Pour moi le choix est vite fait.

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5. Les muscles de nos oreilles ne sont que des pâles copies de ceux de nos ancêtres

On a tous des muscles permettant de faiblement bouger nos oreilles, ce qui est aujourd’hui particulièrement inutile, sauf lorsque vous voulez vous rendre intéressant en soirée en montrant que vous, vous savez remuer vos écoutilles. Cette performance feraient doucement rigoler nos ancêtres qui, eux, pouvaient se targuer (même s’ils restaient humbles, à mon avis) de vraiment pouvoir faire orienter leurs oreilles dans la direction d’un son, à la manière de pas mal de mammifères. C’est une faculté essentielle à la survie lorsqu’on chasse ou que l’on est chassé. Deux situations qui, vous me l’accorderez, ne nous arrivent plus trop de nos jours.

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6. L'appendice n'est pas complètement inutile (contrairement à ce qu'on croyait)

Jusqu’à une époque plutôt récente, on pensait que l’appendice, petit organe situé dans l’abdomen, était devenu inutile quand on est passé d’un régime alimentaire à base de feuilles à un régime alimentaire à base de fruits. Du coup, on pensait aussi qu’il ne servait plus à rien et n’était bon qu’à s’enflammer en cas d’infection (connue aussi sous le nom de « bonne vieille appendicite des familles »). Seulement, on a récemment remis cette théorie en question : l’appendice pourrait être utile au système immunitaire en servant de refuge aux bonnes bactéries du système digestif. Après une forte diarrhée qui fout le bordel dans les intestins et élimine une bonne partie de notre flore intestinale, les bonnes bactéries protégées dans l’appendice pourraient à nouveau recoloniser notre système digestif. Il faut donc voir l’organe comme une réserve de bonnes bactéries en cas de pépin. Ça expliquerait pourquoi l’appendice est toujours utile, et ainsi pourquoi l’être humain continue à en avoir un. Bon, après, des gens vivent très bien sans, donc le truc n’est pas essentiel à notre survie, mais c’est bon à savoir.

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7. Si vous avez un tendon long palmaire, sachez que cela ne sert à rien

Il y a un indice pour savoir si une partie du corps n’est pas très utile : des gens naissent sans. C’est le cas du tendon long palmaire, un tendon situé dans l’avant-bras (visible quand on presse le pouce contre l’auriculaire) absent chez une grosse partie de la population. Il est possible que vous l’ayez dans un seul bras, voire pas du tout. Le muscle long palmaire sert à la flexion du poignet, mais il n’est pas le seul muscle capable de faire ça, donc il a perdu de son utilité. Sa présence ou son absence ne change absolument rien à notre vie, ce qui explique qu’on puisse le transmettre ou non sans que cela n’influe sur les capacités de survie de nos descendants. C’est un peu triste pour lui, mais on ne va pas commencer à s’apitoyer sur son sort.

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8. La luette nous est bien plus utile que ce qu'on pense

On s’est tous déjà demandé au moins une fois à quoi servait ce truc moche qui pendouille derrière notre palais. Eh bien la luette n’est pas qu’un truc moche qui pendouille : elle sert à la déglutition et à la respiration en fermant le nasopharynx. On l’utilise aussi quand on parle, parce qu’elle permet d’articuler certaines consonnes vibrantes comme le « r ». Sans luette, les chansons de Brassens auraient eu une toute autre gueule.

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9. Les sourcils nous permettent de mieux reconnaître les sentiments

Vous vous en doutez, si on a perdu une bonne partie de notre pilosité faciale (surtout les femmes) pour ne conserver que deux traits de poils au-dessus des yeux, c’est qu’il y a une bonne raison. Et en effet, il y a une bonne raison. Les sourcils protègent nos yeux des poussières et autres résidus qui pourraient tomber dedans, mais pas que. Ils sont aussi utiles dans la reconnaissance faciale et l’expression des sentiments. En gros, des études ont montré que les gens arrivaient mieux à reconnaître les émotions sur le visage de quelqu’un qui a des sourcils que sur le visage de quelqu’un qui n’en a pas. C’est peut-être pour ça qu’on se demande toujours si Philippe Etchebest est content ou en colère.

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10. Si les hommes ont des tétons, c'est parce qu'ils ont un chromosome X

Pas besoin d’être sorti d’une grande école pour comprendre que les tétons sont utiles chez la femme. Sans eux, impossible d’allaiter le bébé. Sans eux, on n’aurait pas été bien loin dans l’évolution en tant que mammifères. Mais chez l’homme, ça sert à quoi ? Ben à rien. Si les hommes ont des tétons, c’est juste que les embryons se forment tous de la même façon pendant les 6 à 8 premières semaines de gestation. En gros, durant 2 mois, c’est le chromosome X – commun aux hommes et aux femmes – qui fait tout le boulot en commençant à former le futur être vivant. Après ce temps, s’il s’agit d’un embryon mâle, le chromosome Y et la testostérone commencent à s’en mêler et à donner des attributs masculins au futur bébé. Mais les mamelons, qui sont apparus pendant les premières semaines, ne se résorbent pas. Ils restent là, même s’ils sont inutiles aux hommes (ce qui ne les empêche pas d’être des zones érogènes bien sympathiques). De quoi nous rappeler qu’on vient tous à peu près du même moule.

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Tenez, voilà des particularités physiques rares qui vous étonneront, à n’en point douter.