Après six heures de discussion pour choisir un film, six heures au cours desquelles plusieurs sujets ont été débattus conjointement, depuis le genre de film à leur notation sur IMDB, après une soirée au cours de laquelle trois films ont été entamés avant que l’un ou l’autre des spectateurs ne se rendent compte qu’en fait ça y est, il se souvenait, il l’avait déjà vu, vous voilà enfin installés devant la télé, près à passer un authentique bon moment et voilà que le générique commence, et voilà qu’on annonce les acteurs et voilà que ROOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOONPIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIICHZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZ.

1. Tu peux pas regarder la fin des fi...

En soi tu pourrais. Tu pourrais aller au bout du film. Mais tu ressens au fond de toi comme une gêne, une impression de trahison. Tu te dis que si tu regardes le film en entier, tu vas transgresser et unilatéralement rompre le pacte de visionnage commun. Et comme tu te dis ça en hésitant depuis maintenant 10 minutes, tu n’as pas suivi les deux dernières scènes donc autant éteindre.

2. Ça met à rude épreuve la confiance dans le couple

Parce que tout n’est que mensonge dans cette histoire. « Tu dors ? » « Non. » « Bah si t’es en train de t’endormir, t’es allongée sur moi dans le canap et t’as les yeux fermés. » « Non, je te dis. »

Deux secondes plus tard : ROOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOON.

Comment faire confiance à pareille engeance mythomane quand les discussions tourneront autour de tromperies suspectées ?

3. C'est toujours toi qui éteins

C’est bien pratique quand même de s’endormir tranquillou en sachant que l’autre va devoir se lever, éteindre la télé, débrancher les câbles et se recoucher. Bien pratique. Bien bien pratique. Pas vrai ? Tu t’en fous, toi, tu dors.

4. La qualité des films baisse quand la BO est couverte par les ronflements

John Williams n’avait pas spécialement prévu un solo de ronflement sur la BO de la Liste de Schindler.

5. Tu dois apprendre à raconter des films

Parce qu’évidemment si tu as le malheur d’aller au bout du visionnage, tu vas devoir, le lendemain matin, raconter la manière dont ça se termine. Or, tu es timide. Et pas à l’aise pour raconter des blagues ou des histoires. Tu aimes dire de toi-même que tu es taiseux (même si les autres utilisent plutôt l’adjectif « diminué »). Et te voilà entre le café et le croissant en train d’expliquer qu’en fait, à la fin de Shutter Island, et bah en fait Mark Ruffalo est pas flic mais médecin et si tu veux le truc c’est que DiCaprio a tué sa femme parce qu’elle avait tué ses enfants et en fait il fait un déni et… Ah vous l’aviez pas vu ? Zut alors.

6. Tu revois mille fois les mêmes scènes

De deux choses l’une : soit tu es allé au bout du film et tu n’oses pas le dire ce qui t’imposes de voir la fin d’un film que tu as déjà vu. Soit tu n’es pas allé au bout du film et ton compagnon d’infortune ne se souvenant absolument plus de rien de ce qu’il a vu dans sa période présommeil, il t’impose de remettre le film au début pour s’endormir généralement exactement au même moment, ce qui crée un vortex temporel infini

7. Tu aimerais faire pareil pour montrer comment ça fait, mais même quand tu veux t'endormir l'autre s'endort avant

La fois où tu avais manigancé un endormissement au moment du générique, l’autre s’est endormi avant même que tu n’appuies sur play. Tu es battu. L’autre est plus fort.

8. Ça pose un vrai problème d'hygiène bucco-dentaire, cette histoire

Parce que l’autre débile qui s’endort tout le temps ne se lave jamais les dents le soir. Ce qui est gravissime selon la plupart des institutions spécialisées dans l’hygiène dentaire et pour l’OMS qui recommande de bien frotter pendant trois minutes, est-il nécessaire de le rappeler.

9. C'était même pas le film que t'avais choisi toi

**Musique triste** C’est toujours la même chose. On discute pendant trois heures du film que l’on veut voir, on en choisit un que tu voulais pas regarder parce que toi tu aurais préféré regarder un vieux film et qu’on t’a dit que c’était chiant et te voilà à jouer les personnes de bonne composition devant un film qui t’emmerde pour rien, rien, nada, puisque l’autre qui t’a empêché de choisir le film que tu voulais est en train de dormir. Putain c’est pas une vie et si tu t’écoutais tu partirais au bout du monde dans un pays où il n’y aurait personne pour t’empêcher de choisir le film et pour s’endormir en deux-deux… Enfin le problème c’est que t’as plus un centime sur ton compte donc c’est pas tant « si tu t’écoutais » que « si quelqu’un m’écoutait un jour, banquier compris ».

10. C'est la même chose pendant l'amour

Et franchement le côté « Oh hey mais tu dors ? » « Non » alors que tu es en train de mélanger les miasmes intimes, c’est légèrement humiliant pour tout le monde. Un bon sujet d’engueulade en tous les cas.

Décidément, regarder un film, c’est une activité mieux à faire seul qu’en couple.