L’humanité est capable de composer des symphonies magnifiques, d’écrire des textes vibrants, de construire des monuments à couper le souffle et également des pires horreurs imaginables. Parmi les trucs les plus horribles que l’humanité ait créé, il y a les zoos humains, un concept monstrueux qui consistait à « exposer » des gens qu’on avait enlevés à leurs terres natales pour le divertissement d’autres. Un sujet pas forcément facile à aborder, mais qu’on vous propose tout de même d’évoquer.

1. Un concept aussi vieux que l'Antiquité

Si on remonte dans l’histoire on peut trouver les premières traces d’exhibitions humaines à l’Antiquité. Des navigateurs, explorateurs, marchands ou voyageurs ramènent sur leurs terres des captifs d’autres nationalités pour les montrer à un public qui ne quitte que rarement sa propre région. Les Grecs exposent des esclaves et des prisonniers venant d’autres contrées et aux traits physiques différents, mais c’est aussi le cas des Égyptiens qui le font avec des personnes ramenées du Soudan.

2. Des gens volés par les explorateurs

Ce type d’exposition se répand dans plusieurs régions du monde sous plusieurs formes : au Mexique par exemple à Moctezuma un zoo humain ouvre ses portes et présente des personnes atteintes de nanisme, d’albinisme ou qui présentent des malformations physiques comme des bossus. Certaines exposent aussi bien des humains que des animaux exotiques ramenés de diverses régions du monde et rapidement le concept prend de l’empleur.

Crédits photo (Domaine Public) : Grand Colonial Exhibition at Tennoji Park

3. D'exposition à spectacle pour l'élite de la population

En Europe ce business devient rapidement florissant et réservé aux élites en étant présenté dans les cours. Christophe Colomb présente par exemple des Amérindiens au Roi d’Espagne, mais le phénomène n’est pas isolé, en France, en Allemagne ou au Danemark se déroulent le même genre d’expositions. Au fur et à mesure la « mise en scène » évolue, on place un décor autour de ces pauvres personnes pour simuler leur mode de vie de manière extrêmement caricaturale.

4. Un popularisation grandissante

Au 19ème siècle le concept n’est plus réservé à l’élite mais s’adresse au grand public. Les cirques et foires se diversifient et travaillent de plus en plus leurs décors en vendant un « voyage » vers les terres lointaines pour un petit tarif. Le colonialisme européen aide à l’importation de personnes et les expositions avec des scénographies de plus en plus importantes deviennent un business florissant.

Crédits photo (Domaine Public) : Unknown (maybe O. Hacquart, photograph editor, according to this other version and other photos from the same collection at the Archives départementales de la Somme).

5. Un succès incroyable en France

À mesure que le concept est de plus en plus important en France on expose des personnes venues des quatre coins du globe : Soudan, Congo, Madagascar, Maroc, Indochine… Autant de pays que de gens qui n’ont rien demandé et se retrouvent exposés devant un public bruyant alors qu’on les a enlevés à leur terre natale. Ces expositions coloniales recréent des « villages indigènes » où les gens sont costumés et forcés de parader plusieurs heures par jour devant les rires et les moqueries racistes du public.

6. Des conditions de vie atroces

De nombreux scandales ont éclaté déjà sur le caractère immoral de la pratique mais également sur les conditions de vie des personnes exposées. Plusieurs mourraient de froid, attrapaient des maladies et n’étaient pas soignés, dormaient dans des endroits insalubres à même le sol ou entassés, étaient sous-nourris ou mal nourris… On enterrait même certains corps directement sur les terrains des expositions. C’est absolument atroce, oui.

Crédits photo (Domaine Public) : Auteur inconnuUnknown author

7. Le désintérêt progressif du public du 20ème siècle

Jusqu’aux années 1930 le public continue de se rendre dans les expositions et fréquente en grand nombre les zoos humains. Mais l’arrivée du cinéma fait perdre l’intérêt pour ce concept horrible rapidement et la fin du colonialisme précipite la fermeture de plusieurs sites. À la moitié du 20ème siècle la grande majorité a fermé et il ne reste que quelques expositions autour du monde qui ferment à leur tour pendant la deuxième partie du siècle.

8. "Le village de Bamboula", le dernier zoo humain de France

En 1994 aux alentours de Nantes ouvre le zoo humain « Le village de Bamboula ». Oui, en 1994. C’est la marque de biscuits Saint-Michel et ses biscuits Bamboula qui sponsorisent la création du parc. À la base, on peut y voir des animaux exotiques comme des lions et des girafes, puis il est décidé d’y créer un village ivoirien avec des maisons d’argile et d’y simuler la vie en Côte d’Ivoire (de façon tout à fait caricaturale et raciste cela va de soi).

Crédits photo (CC BY-SA 4.0) : Georges Seguin (Okki)

9. Des gens piégés dans le parc

Rapidement il faut « peupler le village » et on y installe des femmes, hommes et enfants qui dansent, font de la musique ou fabriquent des outils. Mais les conditions de vie dénoncées par des musiciens qui travaillent dans le parc font arriver rapidement des syndicats et des associations qui réalisent que de nombreux abus ont lieu (au-delà du concept ouvertement raciste du projet).

Les « habitants » du village voient leurs passeports confisqués, ils sont forcés de vivre dans le parc dans les petites maisons, les enfants sont séparés de leurs parents, les habitants sont soignés par des vétérinaires, ils n’ont pas de protection sociale et touchent moins d’un tiers du smic, dorment dans des conditions infâmes et plusieurs cas d’abus et d’agressions sexuels ont lieu.

10. La fermeture du parc

Une longue bataille entre les gérants du parc et un collectif baptisé « Non à la réserve humaine » éclate, et après plusieurs mois le collectif parvient à emmener l’affaire devant un tribunal. Le parc est condamné en 1997 pour plusieurs violations du droit du travail et finalement c’est le non respect du droit des travailleurs qui a plus dérangé que l’immoralité elle même d’un zoo humain. Le parc est alors transformé pour devenir « Planète sauvage », un zoo traditionnel toujours ouvert aujourd’hui.

Crédits photo (CC BY-SA 4.0) : Kev22