Ce que l’on sait : les conflits Russie / Ukraine font trembler l’Europe ces derniers jours. À l’heure où j’écris (22/02/2022), Poutine a reconnu hier soir l’indépendance des territoires séparatistes d’Ukraine (cf point 8), dans la foulée, il a fait signer un accord de « maintien de paix » incluant la présence armée des soldats russes sur les territoires. Ce matin, le chef de la diplomatie européenne annonce que les troupes russes sont entrées sur le territoire ukrainien. En gros, c’est la merde et la crainte d’une explosion des tensions n’a jamais été aussi grande.

Ce qu’on ne sait pas : Pourquoi ? D’où viennent ces tensions entre l’Ukraine et la Russie ?

On va donc essayer de comprendre ensemble les origines de ce conflit entre les deux pays, et le rôle de l’Europe et des USA là-dedans. ON SE CALME TOUT DE SUITE : je n’ai pas la prétention de me revendiquer comme experte en la question. Le but est seulement de dégrossir et vulgariser un peu les grands axes de l’histoire pour saisir la complexité du conflit.

1. Histoire des relations Ukraine / Russie

Il faut remonter loin (très loin) dans le temps pour comprendre les origines communes de ces deux pays. Vers 880, les différents clans du peuple des « Rus » forment une confédération. Ils parlent le « vieux russe » et leur capitale est Kiev (actuelle capitale Ukrainienne.) On parle alors des « Rus de Kiev », considérés par les Russes comme leurs ancêtres. Pour résumer, la civilisation russe est née dans cette Russie Kiévienne.

Pendant des siècles, les territoires ne sont que très peu séparés. À partir du 18e, la quasi-totalité de l’Ukraine appartient à l’Empire russe. En 1922, après une courte période d’indépendance, l’Ukraine devient un territoire de l’URSS, jusqu’à l’effondrement de l’union soviétique en 1991. Depuis, le pays est indépendant, mais l’influence russe reste forte, surtout dans les territoires du Sud et de l’Est.

De ce fait, pour beaucoup de Russes, l’Ukraine et la Russie, c’est plus ou moins la même chose. En Juillet 2021, Poutine déclarait d’ailleurs que l’indépendance ukrainienne était une tragédie et une injustice pour son pays. De son côté, l’Ukraine ne reconnaît pas cette seule nation.

Crédits photo (CC BY-SA 3.0) : Claude Zygiel

2. En quoi la position géographique de l'Ukraine est stratégique pour la Russie ?

C’est bien connu : en Russie, il fait froid. De fait, les ports du vaste pays sont souvent gelés, ce qui rend la navigation très difficile. Un problème majeur en temps de guerre, right ? Et le seul point d’accès aux « mers chaudes » pour les Russes se trouve… En Crimée. Un territoire russe, puis Ukrainien, et de nouveau russe, nous allons y revenir. Pour le moment, retenons que le port de Sébastopol (Crimée) est sur la Mer Noire. Mer Noire qui est en contact avec la Méditerranée, elle-même en contact avec les océans.

Outre la Crimée, le reste de l’Ukraine intéresse aussi la Russie, pour une tout autre raison. Historiquement, la grande majorité des agressions sur le territoire russe sont arrivées par l’Ouest (cc Napoléon.) Pour se protéger, Moscou créé une « zone tampon » (traduisez : des pays qui se font bully avant la Russie, pour qu’eux, se protègent. SYM-PA.) Jusqu’en 1989, elle s’étend jusqu’à l’Allemagne de l’Est. Aujourd’hui, cette zone est quasi inexistante. Récupérer l’Ukraine, c’est aussi, pour la Russie, réaménager une zone de protection à l’Ouest.

3. Pourquoi parle-t-on de l'OTAN dans ce conflit ?

Déjà, commençons par comprendre ce qu’est l’OTAN. En gros, c’est une Organisation militaire fondée par les USA et certains pays européens en 1949. OTAN est l’acronyme d’ « Organisation du Traité de l’Atlantique Nord. » L’un de ses premiers objectifs : défendre et protéger ses membres contre les menaces de… L’Union Soviétique. Tiens, tiens. Aujourd’hui, elle est chargée de garantir la liberté et la sécurité de ses membres.

En 2000, plusieurs pays de l’ancienne URSS y sont intégrés. En 2008, l’organisation se déclare ouverte à accueillir l’Ukraine. Pour Poutine, qui souhaite conserver une sphère d’influence sur le pays, c’est la ligne à ne pas franchir. Par peur d’une escalade de tension avec la Russie, la France et l’Allemagne retardent depuis des années le processus d’inclusion. Nous y reviendrons après, mais Poutine n’hésite pas à faire pression pour que cette inclusion n’ait jamais lieu.

4. Et de l'Union Européenne ?

L’OTAN n’est pas la seule cible de Vladimir Poutine. Le président russe pourrait également craindre la progression démocratique de l’Ukraine, qui modernise sa politique et envisage d’adhérer à l’UE. Quand on observe la proximité géographique et culturelle des deux pays, on peut comprendre que le gouvernement russe se sente menacé. Si ça se passe à Kiev, pourquoi est-ce que la même chose ne pourrait pas naître à Moscou ?

En 2013, l’Ukraine est sur le point de conclure un accord d’association avec l’Union européenne pour favoriser ses échanges commerciaux. Bien sûr, ce n’est pas au goût de Poutine. Il contre-attaque alors en menaçant Kiev de restreindre certains produits, propose 15 milliards de prêts et promet une baisse d’un tiers des prix du gaz. L’Ukraine se retire brusquement des négociations européennes et accepte la proposition russe. Ce revirement créé alors de grandes Révoltes dans le pays (on en parle au point 6), non sans conséquence sur les tensions actuelles.

5. Révolution orange

Petit bond en arrière, cap sur l’année 2004. En novembre, l’élection présidentielle ukrainienne marque un vrai tournant pour le pays, il est nécessaire de revenir dessus pour comprendre un peu mieux l’origine de la bascule ukrainienne vers l’Europe.

Bref, 2004, deux candidats, deux « Viktor » : Ianoukovitch : le pro-russe soutenu par Poutine, et Iouchtchenko : le libéral tourné vers l’Occident. C’est finalement le pro-russe qui l’emporte, ce qui conduit à un énorme soulèvement du côté des pro-démocraties : on parle de la révolution orange. Finalement, la Cour Suprême, qui soupçonne une fraude, annule le résultat et organise un nouveau scrutin. Cette fois, c’est Iouchtechenko qui l’emporte et entame dans la foulée son rapprochement avec l’UE. Coup dur pour la Russie qui voit, la même année, 7 pays de l’ancien bloc de l’Est rejoindre l’OTAN, et 9 pays rejoindre l’UE entre 2004 et 2007.

6. La révolution Maïdan

Nous sommes en 2014 : une année tristement violente pour l’Ukraine. (cf les 2 prochains points.) À ce moment-là, le pouvoir revient au pro russe Ianoukovytch. Pour ne pas vous perdre : son élection est annulé en 2004. Il se représente aux élections suivantes et est finalement élu président en 2010.

Dès fin 2013, on l’a dit point 4, Kiev est secouée par de grosses révoltes. Les pro-Europe se réunissent dans la capitale pour protester contre l’abandon des accords avec l’UE et dénoncent le rapprochement avec la Russie. Ces mouvements sont lourdement réprimés. En février 2014, les affronts entre contestataires et policiers dégénèrent. Une centaine de personnes y meurent. Face à cette situation, le président en place fuit le pays, s’exile… en Russie, puis est destitué dans la foulée. Ce point marque l’escalade des tensions.

7. La Crimée

Le mois suivant, en mars 2014, une grosse crise diplomatique s’ajoute aux tensions politiques. Des troupes Pro-russes prennent le contrôle de La Crimée et y organisent un référendum « d’autodétermination ». La question : « Êtes-vous favorable à l’intégration de la Crimée à la Fédération de Russie ? » Historiquement, la Crimée est un territoire soviétique, offert en 1954 par Khrouchtchev aux Ukrainiens pour célébrer les 300 ans d’un traité unissant Russie et Ukraine. Jusqu’en 1991, ça ne change pas grand-chose, puisque tous ces territoires sont dans l’URSS. En revanche, quand l’Ukraine devient indépendante, la Crimée se détache de la Russie. Une situation très difficilement acceptée par les habitants de la péninsule qui se sentent plus Russes qu’Ukrainiens (8 habitants sur 10 ont le russe pour langue maternelle.) Pour ces raisons, c’est le « OUI » qui l’emporte à 97% lors de ce référendum (non reconnu par l’Occident et l’Ukraine). Après ça, la Russie annexe le territoire. Forcément, ça ne fait pas vraiment plaisir à l’Ukraine qui accuse le gouvernement de Poutine d' »invasion » et « occupation armée. » Cet acte, à l’inverse de ce qu’espère Poutine, favorise l’émergence d’un sentiment national Ukrainien.

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8. Pourquoi la situation est tendue dans le Donbass ?

Le Donbass est la région est de l’Ukraine. Dans ce territoire, près de 60% de la population parle le russe : c’est pour ne pas voir leur langue marginalisée que les russophones souhaitent se séparer de l’Ukraine en 2014. Après la destitution du président pro-russe, le territoire fait sécession. En gros, une partie de la région se sépare de l’Ukraine et donne naissance à deux républiques autoproclamées : le Donets et le Lougansk. Les tensions s’intensifient encore et des affrontements armés prennent place entre forces ukrainiennes et pro-russes. C’est dans ce contexte de guerre civile qu’un avion malaisien est abattu en juillet 2014. L’Occident accuse le régime de Poutine d’armer ces deux nouvelles régions indépendantes.

Les tensions se cristallisent. Depuis 8 ans, les accrochages sont nombreux sur la « ligne de contact », faisant plusieurs milliers de morts et de blessés.

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9. Les techniques de pression russes

Aussi étonnant que ça puisse paraître (…) Vladimir Poutine use de plusieurs techniques pour faire pression sur l’Ukraine et conserver son influence.

En janvier 2022, une rencontre a lieu entre la Russie, les USA et les représentants de l’OTAN. Vladimir Poutine ne se présente pas les mains vides : il y apporte des projets d’accords entièrement rédigés, déjà prêts à être signés. Dedans, il demande le non-élargissement de l’OTAN, et donc, le rejet de l’Ukraine de l’organisation. Il réclame également l’interdiction pour le Pacte Atlantique d’engager des activités militaires sur le territoire Ukrainiens et les autres États Orientaux du Caucase du Sud et d’Asie Centrale. Le président autoritaire exige une réponse rapide et positionne 100 000 soldats aux frontières. (En 2021 déjà, le président avait déjà massé plus de 100 000 soldats aux frontières de l’Ukraine, faisant craindre une invasion imminente, et avait annoncé leur retrait en Avril.) En somme, c’est un bon gros ultimatum.

L’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) estimait que 169 à 190 mille soldats russes étaient présents aux frontières en janvier 2022.

Parmi les autres points de pression : le Gaz. La Russie fourni plus de la moitié de ce qui est consommé en Europe. La menace d’une flambée des prix ou d’une fermeture totale des robinets fait en ce moment trembler l’Europe…

10. Pourquoi les tensions explosent aujourd'hui ?

Et la question est légitime, maintenant qu’on sait que le conflit date de 2014 et que les enjeux n’ont pas évolué depuis.

Premièrement, l’Ukraine a demandé en 2021 à ce que le processus d’inclusion à l’OTAN soit accéléré. Ça n’a pas eu de grandes retombées, à part celle de froisser la Russie.

Ensuite, le contexte mondial actuel est favorable à une action de la Russie : les USA sont affaiblis par le retrait chaotique de leurs troupes d’Afghanistan à l’été 2021. En plus, leur attention se porte plus sur leur rivalité avec la Chine que vers la Russie. Même constat en Allemagne : le pays se concentre sur son nouveau gouvernement. Enfin, du côté de la France, l’attention est tournée vers les élections présidentielles. Un temps loin des projecteurs que la Russie semble avoir interprété comme l’occasion d’agir.

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Sources : Le Monde, Courrier International, Linternaute, TV5 Monde