Il y a des métiers qui intriguent, comme médecin légiste, contrôleur aérien, psychologue, nettoyeur de scènes de crime ou vendeur de glaces, et celui dont on va vous parler aujourd’hui vient rallonger cette liste. Parce que oui, aujourd’hui, on parle des assistants sexuels, ces gens qui viennent donner du plaisir sexuel aux personnes en situation de handicap. On n’en entend pas souvent parler, donc on n’y connaît rien, donc on a décidé d’aller chercher les réponses aux questions qu’on se posait sur ce beau métier. Tout simplement.

1. Tout le monde peut faire appel aux services d'un.e assistant.e sexuel.le ?

Non, sinon on parlerait de pure et simple prostitution. Les assistants sexuels n’interviennent que pour des personnes en situation de handicap qui souffrent, à cause de leur handicap, d’isolement, de misère affective et sexuelle. C’est un service qui a un but social et pas simplement sexuel. C’est sûr qu’à première vue ça peut gêner ou prêter à sourire, mais c’est hyper important quand on sait que certaines personnes handicapées n’ont quasiment aucun autre moyen d’expérimenter la sexualité. Et il ne faut pas se voiler la face : on a (presque) tous besoin d’avoir une sexualité, les personnes en situation de handicap n’échappent pas à la règle.

Cela n’empêche pas certaines personnes du milieu de l’accompagnement sexuel de considérer que leur métier est une « prostitution spécialisée », et certains assistants sexuels n’accompagnent pas que des publics handicapés mais aussi des valides qui ont besoin d’accompagnement, comme des personnes qui ont subi des violences ou un traumatisme. Bref, comme partout, il y a des nuances.

2. Est-ce que les assistants sexuels font "tout" ce que leur demandent les patients ?

Non, comme dans la prostitution « classique », les assistants sexuels peuvent refuser de faire tel ou tel acte sexuel. Les assistants sexuels prodiguent généralement des caresses ou apportent une écoute et de la tendresse à leurs patients qui en manquent au quotidien, mais il peut aussi y avoir des pénétrations. La différence majeure entre ce qu’on entend par « prostitution classique » et accompagnement sexuel, c’est que, dans ce deuxième cas, les professionnels sont plus pédagogues et aident le client à devenir plus autonome dans sa sexualité.

3. Du coup, les assistants sexuels ne sont pas considérés comme des travailleurs du sexe ?

Si, et c’est là que ça se complique. Même si on vient de vous expliquer que le métier était différent de la prostitution, aux yeux de la loi française tout est mis dans le même panier. Et comme la loi française interdit le recours aux services d’une personne qui se prostitue, le métier d’assistant sexuel n’est, en théorie, pas autorisé. Depuis pas mal d’années, des associations comme CH(s)OSE et l’APPAS militent pour un statut à part des accompagnants sexuels, mais la loi n’a toujours pas évolué sur le sujet. C’est con puisque, au risque de se répéter, il s’agit de métiers différents. Heureusement, certains pays comme la Belgique, les Pays-Bas ou l’Allemagne ont, eux, choisi d’autoriser cette pratique, ce qui pourrait finir par inspirer notre pays à faire la même chose.

4. C'est remboursé par la sécu ?

Forcément, non, puisque le métier n’est pas officiellement autorisé dans nos frontières. Après, même s’il venait à être légalisé dans les années à venir, ce n’est pas pour autant qu’il deviendrait remboursé par la sécurité sociale. Aux Pays-Bas, par exemple, il y aurait des municipalités qui rembourseraient les séances avec des assistants sexuels, mais aucune loi ne les y contraint. Bref, c’est sûrement pas demain la veille que notre carte vitale prendra tout ça en charge.

5. Est-ce qu'il y a une formation pour devenir assistant sexuel ?

Avant, il n’y avait aucune formation spécifique pour ce métier, mais, depuis 2015, il en existe une proposée par l’APPAS, l’Association pour la promotion de l’accompagnement sexuel. Il s’agit d’une formation de quelques jours pour apprendre la pratique, le rapport au corps et le handicap (moteur et mental), mais aussi pour connaître le cadre juridique de cette activité. A ce jour, c’est la seule formation connue en France, et, bien entendu, elle ne délivre aucun diplôme reconnu par l’Etat.

6. C'est un travail à temps plein ?

En Suisse, il est demandé aux assistants sexuels d’avoir un travail au moins à temps partiel en parallèle. Pas en France. Mais les assistants sexuels travaillent généralement déjà dans le secteur médicosocial et sont donc déjà sensibilisés au handicap. Il y a aussi de plus en plus de travailleurs du sexe qui se spécialisent dans l’accompagnement sexuel et qui ont donc déjà une certaine expérience du sujet.

7. C'est bien payé, assistant sexuel ?

L’APPAS recommande de fixer le tarif à 150 euros pour 1h30 aux côtés de la personne handicapée, mais comme il n’y a aucune législation à ce sujet, chacun est libre de fixer ses propres tarifs. Après, il faut savoir que ceux qui choisissent d’exercer ce métier ne le font pas pour s’en mettre plein les poches, donc la question du salaire n’est pas du tout au premier plan de leur démarche.

8. Il y en a beaucoup en France ?

Non. En 2020, un article du Parisien donnait le chiffre de 20 personnes formées en France qui exerçaient le métier d’assistant sexuel en France. On peut y ajouter d’autres personnes formées en Suisse et des travailleurs du sexe qui font aussi de l’accompagnement sexuel. On est donc sur un métier assez rare, ce qui s’explique en partie par l’absence de cadre juridique autour de la profession. Il s’agit aussi d’une activité relativement récente et pas toujours bien comprise par le grand public, donc on peut comprendre qu’il n’y ait pas forcément beaucoup de professionnels.

Voilà, on espère que maintenant vous en savez un peu plus. Et si vous vous posez en parallèle des questions sur la prostitution, on a un top qui en parle.

Sources : Wikipedia, APPAS, Le Figaro, L’Express, Pourquoidocteur, Le Parisien. Merci à Cybèle Lespérance pour ses corrections et précisions.