La misophonie est un trouble neuropsychique dont beaucoup de gens souffrent. Bien que cela soit assez méconnu, peu se confient sur ce handicap invisible de peur de ne pas être pris au sérieux. Voyons de quoi retourne réellement ce cauchemar que vivent quotidiennement les misophones.

1. Le terme "Misophonie" est très récent

Autrefois appelé « Selective Sound Sensitivity Syndrome » (ou 4S / SSSS), ce sont des chercheurs de l’université d’Atlanta qui ont baptisé ce trouble de « misophonie ». Étymologiquement le mot vient du latin « miso » (rien à voir avec la soupe, ça veut dire haine, rejet, sentiment d’hostilité) et « phone » (la voix, les bruits et dans ce cas plus largement les sons) et peut donc se traduire par « la haine du son ».

2. C'est un trouble très sérieux

Considérée comme un trouble neuropsychique comme certains troubles du langage et de la mémoire, la misophonie est de plus plus étudiée par les chercheurs. Longtemps méconnue et non reconnue, elle est aujourd’hui plus facilement diagnostiquée et sort du silence (pardon) depuis une quinzaine d’années.

3. Elle se manifeste généralement dès l'enfance

Les cas diagnostiqués prouvent qu’elle apparaît généralement chez les enfants à partir de l’âge de cinq ans. Elle peut cependant commencer à se manifester un peu plus tard à l’adolescence et chez certains cas arriver à l’âge adulte sous forme de syndrome post-traumatique.

4. Les bruits qui "énervent" ne sont pas les même pour tout le monde

Mastication, bruits de bouches divers, croustillements de nourriture, respiration forte, sons de doigts qui tapent sur un clavier, claquements de dents, bruits de salive… Les bruits qui vont exaspérer les misophones sont divers et diffèrent selon les personnes. Dans la plupart des cas, le niveau sonore importe peu car c’est précisément la fixation de l’attention du misophone sur le bruit en question qui va le pousser à bout, que celui ci soit fort ou bas, grave ou aigu. Donc mangez votre soupe et buvez votre tisane sans faire cet horrible « sluuuurp » s’il vous plaît.

5. Cela provoque des symptômes très forts chez les personnes concernées

La plupart des misophones ne sont pas agacés par les bruits qu’ils produisent, mais ceux des autres peuvent provoquer chez eux des symptômes importants. Angoisse, rejet, dégoût, haine, colère… Certains misophones évoquent même un sentiment de perte de contrôle pouvant aboutir à des violences verbales et dans certains cas extrêmes physiques. On dénote aussi une volonté d’isolement chez certaines personnes qui préfèrent rester seules pour éviter les bruits des autres.

6. On estime à 15% le nombre de français atteints de misophonie

Comme nous en parlions plus haut, chaque cas diffère dans ses symptômes, les bruits qui le touchent et sa résistance à ceux là, mais il n’en demeure pas moins vrai que le grand nombre de personnes touchées par ce trouble représente un pourcentage conséquent de notre population. Donc on RESPECTE les autres et on se mouche au lieu de renifler, on mange sans donner un concert avec sa bouche et on se débarrasse définitivement de toutes les horloges à aiguille s’il vous plaît.

7. Les chercheurs ne savent toujours pas exactement d'où provient physiquement ce trouble

Plusieurs hypothèses ont été avancées par différents chercheurs sur les origines « locales » de la misophonie. Selon certains cela proviendrait du cortex insulaire et du cortex cingulaire antérieur (impliqués dans le syndrome de Gilles de la Tourette et qui influencent la colère, la douleur et l’information sensorielle), pour d’autres cela partirait du système nerveux central. Du coup c’est un peu le bordel vu que déjà les gens ne sont pas d’accord pour dire d’où ça provient.

8. On ne sait pas non plus réellement ce qui le provoque

Là aussi plusieurs hypothèses sont émises et cela corrobore un peu le fait qu’on ne sache pas de quelle partie du corps émane le trouble. Chez certaines personnes les raisons seraient physiques et pour d’autres psychologiques. Les recherches sont plus importantes depuis une dizaine d’années et on espère finalement comprendre ce qui provoque la misophonie afin de mieux la soigner.

9. Il n'y a pas de réel traitement contre la misophonie

En tout cas pas dans le sens médicamenteux du terme. Certaines thérapies peuvent aider les patients afin de diminuer les symptômes et les faire travailler sur des stratégies d’adaptation au trouble, mais la misophonie ne disparaît pas pour autant. Plusieurs études ont été menées mais aujourd’hui aucun traitement n’a malheureusement prouvé son efficacité sur la totalité des patients. Plusieurs alternatives comme l’utilisation de protections auditives et de casques à réduction de bruit arrivent à soulager certaines personnes, mais ne sont pas pour autant des moyens pratiques au quotidien.

10. Plusieurs personnalités importantes étaient / sont atteintes par ce trouble

Quel est le point commun entre Montaigne, Goethe, Schopenhauer, Darwin, Tchekhov, Proust, Kafka et Zweig? A part le fait qu’on puisse visiblement écrire leurs noms de famille sans leurs prénoms et quand même les reconnaitre, ces personnes étaient semble t-il toutes misophones (ou du moins en présentaient certains symptômes). Bruno Salomone a également écrit un roman intitulé « Les misophones », trouble dont il est lui même atteint.

Maintenant vous en savez plus sur ce sujet qui concerne forcément quelqu’un de votre entourage. Si vous voulez en apprendre d’avantage, un documentaire intitulé « Quiet Please » et réalisé par Jeffrey S. Gould et sorti en 2016 traite du sujet.