Personne ne pourra contredire le fait qu’il y a des métiers plus originaux que d’autres ou encore des métiers insolites. C’est pas pour dire mais on a tous un pote prof, ou qui fait médecine, un pote qui bosse dans le commerce ou la vente (des trucs super chiants quoi), par contre c’est quand même super rare d’avoir un pote négociateur de prise d’otage. Du coup, on se pose pas mal de questions sur ce métier et on vous propose d’y voir un peu plus clair là-dessus en répondant à certaines de ces questions.

1. C'est vraiment "négociateur de prise d'otage" le nom du métier ?

Alors non, parce que par définition ces personnes ne font pas que des prises d’otages comme mission, vu que c’est pas tous les quatre matins qu’il y a une prise d’otage, et heureusement. On appelle généralement le métier « négociateur de crises », ce qui déjà ouvre beaucoup plus de portes au niveau des différentes situations au cours desquelles on peut faire appel à eux.

2. Est-ce qu'un négociateur fait partie de la police ?

Négociateur de crise ou de prise d’otage est effectivement un métier faisant partie du corps de la police nationale (RAID) ou de la gendarmerie nationale (GIGN). Ce n’est pas un métier qu’on peut faire comme ça en décidant du jour au lendemain que ce serait cool de travailler comme négociateur, il faut d’abord être policier ou avoir une certaine expérience dans le domaine. Cependant des agences privées de négociations existent.

3. Quelles études il faut faire ?

Pour travailler en tant que négociateur dans la police il faut d’abord être policier ou gendarme (donc comptez déjà les années avant la titularisation) puis trois années de travail avant de pouvoir candidater et de passer un concours. Dans le privé cela est différent, il n’est pas forcément nécessaire d’avoir été policier puisque certaines techniques de négociations se retrouvent dans d’autres corps de métier. Cependant, assez logiquement dans le privé on ne traite pas les mêmes affaires que dans la police (plus généralement des cas d’extorsion).

4. Il y en a beaucoup des négociateurs ?

Sans parler du privé parce que c’est quand même autre chose, au sein de la police le poste est extrêmement rare. Il y a beaucoup de candidatures mais peu d’élus. Que ce soit dans la gendarmerie ou la police, le métier reste limité en places et il faut rester à l’affut de recrutement pour candidater. En deux mots ne rentrez pas dans la gendarmerie ou la police uniquement pour faire ce métier, les places sont rares.

Crédits photo : Inconnu

5. Est-ce que les techniques de négociations évoluent ?

Si la négociation a toujours existé, vous imaginez bien qu’avec le temps des techniques se sont dessinées et établies pour devenir le fondement du métier. Ceci étant dit, le métier continue d’évoluer et il n’est pas rare que les services de sécurité des différents pays travaillent conjointement pour se donner de nouvelles techniques (FBI, Scotland Yard, RAID…). De fait la nature et les techniques de négociations continuent de s’affiner et de s’adapter aux différentes crises à gérer.

6. Quelles sont les compétences qu'il faut avoir ?

Pour être négociateur il faut valider un certain nombre de compétences qu’on peut trouver dans la fiche de poste :

– Planifier la gestion d’une situation de crise, communiquer avec les autorités pour leur rendre compte de l’avancement des négociations.

– Analyser psychologiquement les personnes à l’origine de la crise afin d’adopter les bonnes méthodes de dialogue et mettre fin à la situation rapidement et efficacement.

– Faire un bilan de la situation, observer, évaluer, définir les objectifs et les contraintes de la situation.

– Établir le dialogue en choisissant le meilleur moyen possible, qu’il soit à l’écrit ou à l’oral, au téléphone ou en dialogue direct…

– Dialoguer en gagnant la confiance des personnes à l’origine de la crise et tenter d’apaiser les échanges pour arriver à un règlement de la situation sans gravité.

Crédits photo : Futurhit12

7. Est-ce qu'ils vont directement sur le terrain ?

Dans les faits cela dépend de la nature de la situation et des personnes à l’origine de la crise, si un dialogue est possible sans trop de dangers directement sur le terrain on peut utiliser cette approche, sinon les négociations peuvent se faire à distance. Ceci étant dit, être sur le terrain ne veut pas dire entrer directement dans l’endroit où se trouvent les personnes à gérer, ce qui peut constituer un risque dangereux et déstabiliser les personnes avec qui on tente de négocier, l’idée étant au contraire de gagner leur confiance et d’apaiser la situation.

8. C'est quoi les principaux types de crises ?

On compte plusieurs situations au cours desquelles on peut faire appel à un négociateur : prises d’otages, barrages de police après une fuite / une évasion, tentative de suicide, kidnapping, extorsion, retranchement d’un forcené… Chaque situation est singulière aussi bien en terme de risque, que de possibilité de dialogue et d’alternatives finales. C’est pour cela qu’on attend d’un négociateur une capacité d’adaptation à toute épreuve.

Crédits photo (Domaine Public) : FBI

9. Comment désamorcer une prise d'otage ?

Gary Noesner a été négociateur au FBI pendant 23 ans, passant notamment plusieurs années à la tête de cette division. Lors d’une interview il a dévoilé les techniques qu’il utilisait pour dialoguer avec une personne à l’origine d’une prise d’otage. La première chose qui ressort de cette interview est que pour lui, la majeure partie des gens dans cette situation en sont arrivés là à cause d’une « explosion émotionnelle » et qu’ils n’arrivent pas à se sortir et désamorcer la situation. La clé est alors dans le dialogue avec la personne : établir une relation de confiance, montrer à la personne qu’on comprend pourquoi et comment elle en est arrivée là et ensuite la raisonner en lui prouvant qu’une sortie pacifiste est possible.

Pour Noesner, certaines des situations les plus délicates sont celles d’une « prise d’otage domestique », où l’homme (c’est quasi toujours l’homme) a pris en otage femme et enfants. Pour lui, dans la situation où la femme allait partir avec les enfants, il y a un immense risque que ce dernier soit difficilement raisonnable, car il estime qu’il a déjà tout perdu.

10. Est-ce qu'ils négocient toujours tout dans leur vie ?

Bien évidemment, ça sert à quoi d’être négociateur si on ne peut pas faire baisser le prix de la baguette à la boulangerie ou gagner 10 centimes sur une vente Vinted ? Savoir négocier est un talent qui peut être utile en permanence donc autant l’utiliser, c’est pas comme savoir piloter un avion qui concrètement ne sert à rien dans la vie de tous les jours.