Oh ça on en a eu, du temps. On en a eu. Beaucoup. Pas mal. Suffisamment en tous les cas pour réfléchir et faire des trucs qu’on avait envie de faire, comme apprendre à faire du houmous ou écrire un bouquin si on est du genre à vouloir écrire un bouquin. Oh ça, du temps, en a eu. Et même du temps de réflexion : est-ce QUE c’était une bonne idée de faire ce houmous ? Est-ce que c’était une bonne idée d’écrire ce bouquin ? Pourtant, dans le lot, il y a un paquet de gens qui ont fait des choses sans avoir l’air de réfléchir. Et ça fait mal.

1. Le fromage du confinement

Des producteurs de Munster ont laissé un de leur lot se débrouiller tout seul pendant le confinement et ont récupéré un fromage nouveau qu’ils ont appelé le confiné et qui est en gros un Munster qu’on n’aurait jamais lavé et qui a donc pourri. Et comme ça a plu à leurs clients, eh bien ils ont continué à en faire pour 12 euros le kilos. Bon, moi, le fromage il se trouve que ça me dégoûte alors forcément ce fromage dégueu abandonné un mois à sa moisissure, ça ne me ragoûte pas.

2. La chanson de Pierre Perret

Les jeux de mots avec confiné et con fini ont fait les beaux jours des dénonciateurs de tout poil sur les réseaux sociaux. Mais on ne s’attendait pas, un mois après la bataille, à ce que Pierre Perret, 85 ans, remette dix balles dans la machine avec cette chanson sans intérêt et qui se veut facétieuse. On appréciera surtout le playback.

3. Les journaux du confinement

Le confinement n’avait pas commencé depuis trois jours que l’intégralité des écrivains labellisés France Inter prenaient la plume pour raconter leur quotidien de confinés dans leur maison secondaire. « Sarah s’est foulé la cheville en coursant les canards, et moi je pensais à mon éditeur… » Un concentré de prétention bourgeoise contente d’elle qui a déchaîné la haine d’à peu près tout le monde – une haine sans doute excessive au regard de l’anecdotique, mais une haine quand même.

4. Les jeux de mots impliquant du canard

Toutes les conférences téléphoniques ayant reçu pour nom « les confinés de canard » ou autres jeux de mots du même genre ont été l’un des principaux ennemis du moral des Français en ces temps troublés. Il était temps que ça s’arrête. Non vraiment. Pierre Perret, pas de deuxième chanson por favor.

5. Les mails donnant des conseils de télétravail

Toute personne s’étant retrouvée en télétravail durant cette période et exerçant des fonctions dans une entreprise de plus de 100 salariés a eu le malheur de recevoir chaque semaine des conseils pour un télétravail serein émanant des ressources humaines, conseils généralement totalement à côté de la plaque. Un exemple, reçu la semaine dernière, soit trois mois entiers après le début du confinement, par une personne qui m’est proche : « n’hésitez pas à faire des pauses ».

Merci pour le conseil.

6. Les pubs orientées confinement sorties pendant le déconfinement

Elles ont fleuri à la télé et sur les murs. « Si loin mais toujours si proches avec (insérez ici le nom d’une marque) » ; « Comme eux (entendez les soignants, montrés à l’écran), nous sommes toujours à vos côté avec (insérez ici le nom d’un pourvoyeur d’énergie) ; « C’est quand nous sommes forcés de nous séparer que nous découvrons la puissance de ce qui nous lie. Chez (insérez ici le nom d’un assureur), nous nous battons pour faire vivre ce qu’il y a de plus cher en nous : le lien humain. »

Moi ça me donne envie de mourir.

7. Manuel Valls qui rôde

Comme un ballon d’essai, son nom est même sorti dans la presse lorsque le remaniement gouvernemental était évoqué : on le plaçait alors aux Affaires étrangères. Mais il faudrait être fou pour ne pas se rendre compte que Manuel Valls est l’homme politique le plus haï de France. La gauche le déteste pour ses millions de trahisons en tout genre et sa médiocrité ; la droite le déteste car il était le bras droit d’Hollande pendant le quinquennat ; les gens de goût le détestent à cause de ses costumes affreux et de son horrible bouc. Un type comme ça qui rôde dans le coin, ça fait beaucoup plus peur que le coronavirus.

8. Les chansons pour les soignants

Il n’y a pas un putain de chanteur sur le retour qui n’a pas fait sa propre chanson pour les soignants. Comme si les infirmiers avaient besoin de chansons (et d’une médaille) pour retrouver du baume au coeur alors qu’ils faisaient les 3/8. Calogero, Goldman, Patrick Sébastien, Pagny, au secours. Au secours franchement, arrêtez et même si vous reversez les gains à je ne sais quelle association c’est quand même insupportable. Arrêtez.

9. Les déclarations sur le monde d'après

Toutes ces promesses déçues d’avance sur l’imminence d’un monde d’après qui serait supposément différent du monde d’avant avaient de quoi flinguer le moral. L’intégralité des moyens étatiques du monde entier étaient tournés vers un seul et unique but : sauver le système actuel en débloquant des financements exceptionnels pour soutenir la consommation, l’emploi, et l’entreprise. Quel aurait été l’intérêt des pouvoirs publics d’investir à perte pareil argent pour sauver le système si le but ultime de la manoeuvre était de changer ledit système ?

10. "Prenez soin de vous"

Les mails se terminant par « prenez soin de vous » ne commençaient certainement pas par les mêmes préoccupations. « Veuillez rembourser l’échéance qui est due… Prenez soin de vous. » « Merci de rappeler d’urgence l’URSSAF… Prenez soin de vous. » « Veuillez avoir l’obligeance de bien vouloir me remplir ce tableur Excel dans les meilleurs délais sans quoi vous allez perdre votre poste… Prenez soin de vous. » Les formules bienveillantes prennent des allures particulièrement agressives dès lors qu’elles sont écrites automatique, « pour faire bien ».

« Prenez soin de vous. »