La mode, pour les prochains mois, sera au masque. Rien à voir avec Jim Carrey ni d’ailleurs avec Dark Vador, mais plutôt à un certain enjeu de santé publique qui me donne envie de me flinguer rien qu’à d’écrire son nom du coup je m’en abstiens. On verra donc fleurir dans la rue les masques sur tous les visages et chacun, comme il en est de coutume, aura à coeur de se différencier des autres en portant son masque d’une manière unique – malade peut-être, hipster toujours. Et voilà comment décrypter tout ça.

1. Normalement

Sur injonction des autorités sanitaires, tu t’es procuré un masque. Ce masque est tout ce qu’il y a de plus classique : c’est un masque, un truc avec du tissu au milieu et deux élastiques pour qu’il tienne bien sur le visage en étant harnaché aux oreilles. Le motif, tu t’en fous un peu, tu as pris ce qu’il y avait. De toute façon, ce masque, moins tu le portes mieux tu te portes. Alors comme on t’a dit de faire comme ça tu le mets devant ta bouche et devant ton nez. Mais bon, ça saoule, quand même.

Résultat : tu es un totalement normal. Tellement d’ailleurs, que je me demande si t’as pas le Covid.

2. Entièrement sur le visage

Malgré une taille de visage XXS, tu t’es procuré un masque XXL dans une fabrique de la NASA afin de disposer d’une protection intégrale qui en d’autres temps auraient été assimilables à une burka. En attendant, te voilà bien protégé. Tu ne risques pas de choper des microparticules de postillons ou d’en distiller puisque tu es entièrement couvert, à tel point d’ailleurs que tu ne vois absolument rien et que tu te prends tous les poteaux de la rue ce qui n’est pas pratique et un peu ridicule mais qui tue tout de même moins que le COVID selon les dernières stats.

Résultat : tu es un parano de première, le genre de mec qu’on envoie dans les lignes ennemies pour faire flipper l’adversaire en tant de guerre. Ah oui, c’est vrai, nous SOMMES en guerre.

3. En bandoulière sous le menton

Tu me vois, tu me vois plus. Le masque, tu l’as pour quand tu croises des flics ou des gens qui ont l’air de flics en civil. Pour le reste, tout ça, cette pandémie, cette merde, c’est de la gnognotte, du complot, un grand projet du gouvernement pour nous insérer des puces dans les fesses afin de contrôler nos moindres faits et gestes. Toi, tu ne t’y laisses pas prendre. Bien malin celui qui pourra te forcer à porter un masque quand personne ne regarde. Tu es un libre penseur, mon pote.

Résultat : tu es chiant comme la mort. Tes histoires de complot n’intéressent personne et ta pseudo-rébellion fait doucement rire tout le monde. Mais comme tu as 17 ans, ça va, on te pardonne.

4. A la maison

Tu portes ton masque en permanence à la maison, y compris quand tu manges, ce qui rend l’ingestion difficile et la moquette tachée. Que te dire à part que tu n’as pas très bien compris les consignes du gouvernement ? De toute façon, c’est pas comme si tu comprenais quand on te parlait puisque tu es totalement débilou.

Résultat : tu es gentil, mais vraiment très très con.

5. En flanelle

Pour toi, la qualité, c’est important. Tu ne voulais pas d’un masque fabriqué avec des chutes des usines qui habituellement bossent pour Kiabi. Non, toi, tu voulais un truc qui irait bien avec ton manteau Kenzo et ton écharpe Burbuerry. Un truc qui te permette d’affirmer ta domination sociale jusque dans l’épidémie. Eh bah c’est réussi, désormais tout le monde voit que tu es un gros bourge. Mais comme de toute façon tu ne te déplaces qu’en Uber, il n’y a pas grand monde qui s’en rend compte.

Résultat : tu es un bourge de première et j’espère que ton masque n’est pas homologué.

6. Avec un scratch derrière la tête

Toi, tes oreilles, c’est un peu comme son précieux pour Smeagol : un truc auquel on touche pas. Non qu’elles soient magnifiques, tes oreilles, loin de là, mais enfin ce sont tes oreilles, les tiennes, pas celles des autres, et tu ne comptes pas les déformer de sitôt. Alors le masque, d’accord, mais si c’est pour se retrouver avec les esgourdes décollées merci mais non merci.

Résultat : tu es fétichiste des oreilles et ça te perdra à cause de ton historique Internet.

7. Avec un signe Apple dessus

Alors là, toi, tu es du genre à déconner. Même à l’école de commerce on te le disait. Parce que pour avoir la bonne idée de faire comme si le masque était sponsorisé par Apple, il faut quand même avoir une sacré suite dans les idées. Ah non, vraiment, chapeau, quelle trouvaille ! Quel sens de la déconne et de l’ironie ! Mais bon quand même, au fond de toi, tu trouves ça classe parce que comme ça ça va bien avec tes AirPods. Ironie mordante vraiment.

Résultat : tu es un triste sire, laisse moi te le dire (et pas super rigolo, soit dit en passant)

8. Avec une phrase de Ben dessus

« La peur de l’autre, c’est la peur de soi ». Ou autre connerie du genre que tu trouves inspirante parce que t’as entendu un truc approchant dans la dernière chanson de Calogero écrite pour les soignants. Sur ta table de chevet du confinement, tu avais ton Guillaume Musso préféré, une histoire sensas’ et pleine de poésie d’un type qui tombe amoureux d’une fille. Bref, toi, ton truc c’est un peu de voir plus loin. Voir plus loin que le seul réel pour essayer d’en penser la spiritualité. Le problème, c’est que tu es con comme un boulon, non ?

Résultat : tu es au choix une midinette de 14 ans ou une personne qui doit changer de club de lecture très très vite.

9. Dessiné en maquillage sur ton visage

Dans le genre « je veux attirer l’attention sur moi », on ne fait pas mieux. En hommage à l’agit-prop et autres mouvements contestataires qui permettaient aux gens ayant fait deux ans de théâtre de se sentir une âme d’artiste, te voilà qui pavane tel un clown avec ton faux masque dessiné sur ta peau. Manque de moyens pour acheter un vrai ? Envie de faire le clown ou de réhabiliter les mimes ? On ne le saura jamais puisque personne ne te parle plus.

Résultat : tu es aussi intéressant qu’un documentaire sur le mime Marceau en fin de vie.

10. Avec un costume noir, des bottes noires et un truc qui change la voix pour la rendre plus grave

En plus tu arrêtes pas de vouloir tuer des jedi et les flics osent pas te contrôler. Ou alors ils t’appellent « Seigneur ». Et s’ils t’emmerdent, tu les étrangles à distance. Mais à la fin, pour la fin du déconfinement, tu enlèveras ton masque, tu verras.

Résultat : tu es Dark Vador et j’adore ce que tu fais.

Au bal, au bal masqué ohé ohé.