A priori, pour être canonisé – ce qui veut dire « devenir un saint », et non pas être propulsé au loin par un canon – il faut avoir eu une vie pieuse et exemplaire. Avoir fait le bien autour de soi, avoir respecté la morale tel un bon petit soldat de Dieu. Ça, c’est ce qu’on croit, parce qu’en réalité, il y a des saints qui ont eu une vie bien moins irréprochable. Certains ont eu des idées pas très chic pendant que d’autres étaient totalement dévergondés. Des saints pas très saints, quoi.

1. Olaf II de Norvège

Saint Olaf était roi de Norvège entre 1015 et 1028, et ce qu’on peut dire à propos de lui, c’est qu’il a eu un peu de sang sur les mains. Non, allez : beaucoup de sang sur les mains. Convaincu à 100% que le christianisme c’était ce qu’il y avait de mieux, il a défoncé les païens, interdit leur culte et volé tous leurs biens. Dès qu’ils avaient un bâtiment pour prier, il le rasait pour en faire une église. Vous voyez un peu le genre de bonhomme avec qui on ne peut pas trop discuter. Il a perdu sa couronne dans une guerre avec le roi du Danemark (qui s’appelait Knut, comme s’il avait été fabriqué chez Ikéa) et est allé s’exiler en Suède. C’est en revenant pour tenter de reprendre son titre qu’il a été tué. L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais des petits gars ont décidé de déterrer son cadavre un an après sa mort, et quand ils se sont rendus compte qu’il ne s’était pas décomposé, ils ont décidé d’en faire un saint. On peut donc avoir persécuté et tué des milliers de gens et être canonisé. Belle morale, hein ?

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2. Louis IX

Saint Louis est l’un des rois de France les plus célèbres et les plus appréciés, mais son statut de saint, il est franchement discutable. Pourquoi ? Simplement parce que ce bon vieux Louis IX était ouvertement opposé au judaïsme. Il a d’ailleurs obligé les juifs de son royaume à porter des signes distinctifs : pour les hommes, une rouelle sur la poitrine (un cercle jaune bien visible), et pour les femmes, un bonnet. Avec ça, il les a aussi empêchés de se marier avec des chrétiens et même de vivre dans les mêmes quartiers. Ça vous rappelle quelqu’un ? Nous aussi. Heureusement, personne n’a eu la mauvaise idée de canoniser Hitler.

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3. Marie l'Egyptienne

Au Vème siècle, Marie a vécu une bonne partie de sa vie à Alexandrie où elle pratiquait le sexe jour et nuit. Elle le disait elle-même, elle avait un appétit insatiable pour le cul. Du coup, elle se prostituait, mais offrait aussi son corps gratuitement. Jusqu’au jour où elle a fait un voyage pour Jérusalem (qu’elle a payé en nature) et s’est mise à prier. Là, Marie (la Vierge, cette fois-ci), lui a dit d’aller dans le désert pour expier ses pêchés, et c’est ce que Marie (la pas vierge du tout) a fait. Et hop, une sainte de plus.

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4. Saint Caedwalla de Galles

Caedwalla, qui a vécu seulement entre 659 et 689, a passé sa vie à zigouiller des Saxons pour monter sur le trône du Wessex. C’était un guerrier, soit le genre de personne qu’aucun d’entre nous n’aimerait croiser sur son chemin aujourd’hui. Mais comme il était pote avec l’Evêque Wilfrid, qu’il donnait de l’argent à l’Eglise et qu’il est allé se faire baptiser par le Pape quelques jours avant de mourir, on en a fait un saint dans la foulée. Ça fait toujours bien de canoniser des rois qui se sont baptisés, même s’ils ont tué des tas de gens.

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5. Siméon le Stylite

Attention, hein, le « Stylite », et pas le styliste. Siméon, qui a vécu au Vème siècle en Syrie, il dessinait pas des robes pour ses copains mannequins. Non, Siméon, son truc, c’est qu’il s’est installé en haut d’un pilier pour vivre, parce qu’il en avait un peu marre que ses fidèles lui demandent plein de conseils pour la prière. Le mec, c’était un peu une star parce qu’il avait fait tout un carême dans une cabane sans manger ni boire (mouais…), et du coup il avait une foule d’adeptes qui l’admiraient. Mais comme il voulait continuer à prier tranquille sans qu’on l’emmerde, il s’est hissé en haut d’un pilier où il avait même pas la place pour s’allonger, et il y est resté pendant des années jusqu’à sa mort. Apparemment, laisser tout le monde en plan pour vivre sur un pilier, c’était une bonne raison pour devenir un saint.

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6. Ambroise de Milan

Saint Ambroise, évêque de Milan de 374 à 397, ne portait pas les juifs dans son cœur. Pas du tout, même. Il leur reprochait d’avoir tué le christ, et donc d’être un peuple sans valeurs qui ne méritait pas le pardon, alors que le pardon, c’est quand même censé être la spécialité des chrétiens. Il a même qualifié le judaïsme de « maladie » et ne s’opposait pas aux destructions des synagogues du pays. Nous on veut bien que les saints fassent des petites erreurs dans leur vie, mais là, quand même, le mec est allé trop loin.

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7. Cyrille d'Alexandrie

Au club des saints antisémites, on peut ajouter Cyrille, évêque d’Alexandrie au début du Vème siècle. Il détestait les juifs dont il a fait fermer les synagogues, mais aussi les païens et des nouvelles communautés chrétiennes qu’il considérait comme hérétiques. Des foules le suivaient en commettant des crimes contre ceux qu’ils considéraient comme impies, et ses moines ont notamment lynché une philosophe néo-platonicienne parce qu’ils n’étaient pas d’accord avec ses idées. Crime que Cyrille a totalement cautionné, bien sûr. Et on en a fait un saint, bien entendu.

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8. Mère Teresa

On a longtemps voulu nous faire apprécier Mère Teresa : elle avait offert sa vie à Dieu et a aidé beaucoup de pauvres pendant 40 ans en Inde et dans d’autres pays. Si on s’en tient à ça, c’est sûr que c’est plutôt glorieux, mais Mère Teresa n’a pas toujours été si sainte. Le principal problème de celle qui a reçu le Prix Nobel de la Paix en 1979, c’est qu’elle était ultra-réactionnaire. Elle s’est par exemple opposée au divorce et à l’avortement, même en cas de viol. On peut ajouter à ça le fait qu’elle semblait se satisfaire de la souffrance des pauvres. Difficile à croire, hein ? Pourtant, elle a bien dit : « Il y a quelque chose de très beau à voir les pauvres accepter leur sort, à le subir comme la passion du Christ. Le monde gagne beaucoup à leur souffrance ». Elle a quand même été canonisée, notamment parce qu’elle aurait « miraculeusement » guéri une tuberculeuse, alors que la malade prenait un traitement contre la tuberculose. Alors on vous laisse décider qui a guéri la malade : son traitement ou la toute puissance divine ? Nous on a notre petit avis.

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