Contrairement à nos ancêtres pas si lointains, on a la chance aujourd’hui d’avoir une médecine de pointe capable de réaliser des opérations chirurgicales de dingue. Et parmi toutes ces opérations, les plus impressionnantes restent probablement les greffes. Le fait qu’on soit capable de remplacer nos organes par d’autres comme si on était des bagnoles chez le garagiste nous laisse plutôt éberlués (oui, on n’a pas peur de le dire). Mais comme les greffes on n’y connaît pas grand chose vu qu’on n’a pas fait 10 années de médecine, on a décidé de se renseigner un peu sur le sujet pour savoir comment ça marchait. Voici donc les réponses aux questions qu’on se pose (et que vous vous posez sûrement aussi) sur les greffes.

1. Qu'est-ce qu'on peut greffer chez un humain ?

Eh ben pas mal d’organes en fait. Le plus courant, c’est le rein, mais on greffe aussi le foie, le cœur, les poumons, le pancréas des parties de l’intestin. En plus de ces organes, on peut aussi greffer des tissus comme des os, des artères, des veines, des valves cardiaques, des tendons, des ligaments et des cornées. Il existe aussi des « greffes » de moelle osseuse et même des « greffes fécales » (ne faites pas cette tête-là…), mais on va plutôt parler des greffes d’organes aujourd’hui parce que c’est quand même le premier truc auquel on pense quand on parle de greffes.

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2. On les trouve où les organes à greffer ?

Généralement, on les prélève sur des personnes qui viennent de mourir et qui sont éligibles au don d’organe (on reviendra sur ce sujet), mais parfois les donneurs sont vivants, notamment dans le cas des reins. Vu qu’on a tous 2 reins à la naissance et qu’on peut vivre avec un seul rein, il est possible d’en donner un de son vivant. Ça se passe souvent entre proches de la même famille (la compatibilité est importante pour éviter les rejets, ça aussi on en reparlera) et le protocole est relativement lourd. Il faut remplir des papiers, passer des bilans de santé, et le tout doit être validé par un comité qui s’assure que le donneur vivant comprend bien dans quoi il s’engage. Parce que refiler son rein, c’est quand même un plus gros engagement que de prêter sa PS4 à un pote.

3. Pour les donneurs décédés, comment ça se passe ?

On vient de le voir, les donneurs vivants remplissent des papiers pour bien prouver qu’ils sont consentants, mais c’est un peu plus compliqué pour les morts. Bah ouais, à moins d’être medium, on ne peut plus trop leur demander leur avis. Dans ce cas, on vérifie que la personne n’était pas inscrite au registre des refus de dons d’organe, et on demande à ses proches si elle les avait déjà informés de sa volonté de filer ses organes après sa mort. Si la famille est ok et qu’aucun refus n’est à signaler, on analyse les organes pour voir s’ils sont de bonne qualité et on prélève soigneusement ceux qui sont transplantables. Tout ça se passe à l’hosto parce qu’il faut évidemment le matos à disposition ; on ne prélève pas d’organes à l’arrache dans la rue ou à domicile, même si ça serait vachement pratique.

4. On les transporte comment les organes ?

Une fois prélevés, les organes doivent être transportés jusqu’à leur receveur, et, forcément, on doit faire gaffe à ce qu’ils restent dans un parfait état de conservation. Du coup, on les met dans une glacière maintenue à une température de 4°C, et après, selon la distance à parcourir, la personne qui les transporte peut prendre une ambulance, une moto, un train, un avion ou même un hélico. C’est un peu la course contre la montre et tous les moyens sont bons pour arriver à destination avant que l’organe ne se détériore.

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5. Ça se conserve combien de temps un organe prélevé ?

En moyenne, entre le prélèvement de l’organe sur le donneur et la greffe sur le receveur, on dispose de 3 à 4 heures pour un cœur, 6 heures pour un foie, 6 à 8 heures pour un poumon, et 24 à 36 heures pour un rein. On comprend mieux pourquoi c’est la course contre la montre quand il faut faire traverser la moitié du pays à un cœur.

6. Comment on fait pour recevoir un organe ?

Evidemment, on ne reçoit un organe que si on en a besoin pour survivre. On va pas demander un nouveau foie juste parce qu’on n’est pas hyper satisfait du nôtre. Du coup, c’est des médecins spécialistes qui déterminent qui a besoin et qui a droit à une transplantation. Il y a par exemple des patients qui auraient bien besoin d’un nouveau foie mais qui ne survivraient probablement pas à une transplantation (c’est une opération lourde et fatigante), et dans ce cas les médecins doivent refuser. Quand le médecin donne son feu vert, le patient est inscrit à une liste d’attente qui tient compte à la fois de l’ancienneté, de la compatibilité donneur/receveur et de l’urgence vitale de la greffe. Par exemple, quelqu’un qui fait une hépatite fulminante (une maladie du foie très rapide) passera directement en haut de la liste, devant des patients qui ont un peu plus de temps devant eux. Normal.

7. Pourquoi il y a des rejets de greffe ?

On entend souvent parler de « rejets » de greffe sans trop savoir ce que ça signifie. Genre pourquoi le corps, ce gros ingrat, refuse un nouvel organe tout beau tout neuf ? Eh ben parce que le système immunitaire, qui est parfois un peu trop à cran, considère l’organe comme un élément étranger au corps qu’il faut détruire. Pour éviter ce genre de réponse immunitaire reloue, on s’assure de prendre des donneurs et receveurs compatibles avec le même groupe sanguin etc., et on administre des immunosuppresseurs qui baissent les défenses immunitaires du patient. Mais c’est pas toujours suffisant. Et dans ce cas il faut trouver un nouvel organe à greffer. C’est relou, mais c’est comme ça que le corps humain fonctionne et il faut faire avec.

8. C'est quoi les greffes les plus courantes ?

De loin, c’est la greffe de rein qui est la plus courante, entre autres parce qu’il est plus simple de trouver des donneurs. En 2017, sur 6105 greffes en France, 3 782 étaient des greffes du rein. Ensuite, on a le foie (1374 greffes en 2017) le cœur (467 greffes en 2017) et les poumons (378 greffes en 2017). Les greffes de pancréas et d’intestins sont beaucoup plus rares, notamment parce qu’elles sont employées en dernier recours et très lourdes. C’est pas de la petite opération.

9. Au fait, c'est remboursé par la sécu ?

Si vous vous faites greffer des cheveux, on va vous demander de filer la thune (et c’est normal en même temps), par contre, pour tout ce qui est organes vitaux, c’est évidemment remboursé par la sécurité sociale. On a quand même bien de la chance d’être en France.

10. Ça marche bien les organes artificiels ?

On parle de plus en plus des organes artificiels, notamment des cœurs, mais aussi de plein d’autres organes artificiels qu’on pourra bientôt greffer. Pour le moment, c’est pas encore parfait, mais on fait de grandes avancées chaque année. Par exemple, les cœurs artificiels actuellement greffés sont juste des solutions temporaires en attente de greffe, on ne peut pas vivre très longtemps avec, mais on a récemment implanté un cœur artificiel autonome beaucoup plus efficace, et ça représente un gros espoir pour pallier la pénurie de (vrais) organes. Bref, y’a encore du chemin à faire et ça demande beaucoup de pognon, mais ça avance.

Crédits photo (CC BY-SA 4.0) : Arthur Crbz

11. (Bonus) Est-ce que les greffiers pratiquent la greffe ?

Non.

Et si vous voulez voir des greffes impressionnantes, ça se passe dans le top.

Sources : Don d’organes, Figaro Santé, Don d’organes (2), Futura-sciences, Inserm, L’Express, Le Monde.