On idéalise souvent le sport de haut niveau, que l’on considère comme le parfait moyen de gagner beaucoup d’argent tout en exerçant sa passion. Et c’est vrai, c’est le cas de la plupart des grands sportifs professionnels qui gagnent des milliers, parfois même des millions tout en pratiquant leur sport, pas mal comme situation a priori. Cependant, on a tendance à oublier l’intensité, la pression et la rigueur qu’impose le sport de haut niveau. L’exposition médiatique du sport professionnel n’aide pas non plus, elle crée une plus grande peur de l’échec par peur d’être jugé(e) et critiqué(e).

Bref, avec tout cela, certains sportifs développent des troubles de l’anxiété, de l’angoisse, voire de dépression, et pourtant personne n’en parle. La santé mentale chez les sportifs de haut niveau est extrêmement tabou, même au sein des vestiaires. Voici 8 exemples de sportifs qui ont osé prendre la parole sur ces sujets, afin d’ouvrir les yeux sur les troubles mentaux que peut provoquer le sport professionnel.

1. Naomi Osaka

La tenniswoman Naomi Osaka a ouvertement exprimé ses troubles de l’anxiété et notamment sa difficile gestion des matchs et de la pression.

Le 12 mars dernier, la jeune joueuse s’est effondrée en larmes après qu’un supporter ait crié « Naomi tu es nulle ! » lors du tournoi WTA 1 000 d’Indian Wells. Après cela, elle n’a pas réussi à se reprendre et a rapidement perdu son match face à Veronika Kudermetova et a été éliminée du tournoi.

La jeune joueuse a pourtant déjà été numéro 1 mondial, mais a toujours expliqué qu’elle souffrait de la pression du sport de haut niveau. On se demande parfois ce qu’il se passe dans la tête des supporters, qui pour la plupart n’ont jamais fait de sport de haut niveau, de se permettre d’insulter les athlètes…

Naomi Osaka se qualifie elle-même d’introvertie, et dans un sens, elle souffre de son succès. Participant rarement aux conférences de presse, elle s’exprime néanmoins via les réseaux sociaux et notamment sur son compte Instragram, pour expliquer à ceux qui la suivent pourquoi il lui est arrivé de quitter des grands tournois (comme Roland Garros en 2021) et ce qu’elle ressent lors de ces rencontres. Passionnée par son sport, elle ne compte pas se retirer et essaye de gérer son anxiété dans les grands matchs en portant par exemple un casque qui lui permet de couper les bruits extérieurs et donc de mieux se concentrer.

Serena Williams a réagi aux propos de Naomi Osaka en expliquant, que malgré son assurance apparente, elle aussi était passée par là et avait eu la chance de pouvoir parler de ces troubles aux bonnes personnes afin de continuer à progresser dans son sport. Bref, Osaka n’est pas un cas isolé, vous le verrez dans ce top, et libérer la parole autour des troubles de l’anxiété dans le sport de haut niveau est le combat « de l’ombre » de plusieurs professionnels.

2. Simone Biles

Simone Biles, considérée par beaucoup comme la plus grande gymnaste de tous les temps, s’était retirée des JO de Tokyo en 2021. Elle était très attendue par l’ensemble de la délégation américaine comme étant l’une des athlètes qui allaient ramener le plus de médailles d’or, mais à la surprise générale, elle se retire du concours par équipes.

Elle s’explique par la suite en disant qu’elle subissait une pression trop lourde : »je n’ai plus autant confiance en moi, j’ai l’impression que je ne prends plus autant de plaisir (…) je dois faire ce qui est bon pour moi et me concentrer sur ma santé mentale. », avait-elle déclarée lors d’une interview après sa sortie des Jeux.

Biles s’était aussi retirée du concours général individuel, même si elle était la grande favorite. Il faut dire qu’elle a beaucoup souffert dans son parcours athlétique : elle fait partie des nombreuses victimes de Larry Nassar l’ancien médecin de l’équipe des Etats-Unis, condamné à 60 ans de prison pour agressions sexuelles.

Entre pression et mauvais entourage, Biles a osé mettre le doigt sur plusieurs énormes problèmes du sport à haut niveau en s’exprimant publiquement sur les traitement qu’elle suivait pour supporter la pression des compétitions suite à son parcours plus que tumultueux au sein de l’équipe Américaine.

3. Marie-José Perec

L’une des plus grandes athlètes françaises, figure emblématique de l’athlétisme, a quitté Sydney alors qu’elle était censée participer aux JO de 2000.

4 ans auparavant lors des JO d’Atlanta, Marie-José Pérec avait chamboulé le monde de l’athlétisme en remportant le 200m et le 400m, battant les américaines chez elles, longtemps reines du sprint long.

Mais en 2000 quelques jours avant sa course, Marie Jo subit une agression verbale à l’entrée de sa chambre d’hôtel. Cet évènement va énormément la déstabiliser (ce qui est normal) et elle ne se présentera donc pas aux épreuves du 200m et du 400m, où elle aurait pu décrocher l’or.

Autre forfait de la championne : celui des championnats d’Europe en 1994 à Bercy. En tension avec son entraîneur Piasenta, l’athlète décide de ne pas se présenter aux épreuves, en effet elle ne se sentait pas prête et avait trop peur de l’échec et a préféré ne pas courir. Cet « incident » va briser toute entente par la suite avec son entraîneur, et c’est pour ça que Marie-Jo part s’entraîner aux Etats-Unis.

Marie-Jo Perec n’a jamais vraiment parlé de ses angoisses ouvertement face aux médias, ou en conférence de presse comme l’a fait par exemple Naomi Osaka, et pourtant elle souffrait comme beaucoup d’athlètes, d’une grande peur de l’échec qui l’empêchait parfois de participer à des compétitions d’une grande importance.

4. Neymar

Netflix a sorti récemment un documentaire sur Neymar et son ascension, dans lequel on peut apercevoir les « faiblesses » psychologiques du joueur brésilien. Neymar est à la fois un joueur adulé et détesté, il fait partie de ses personnalités qui divisent énormément.

On le voit d’autant plus depuis qu’il est à Paris, il supporte de moins en moins la pression et développe parfois des troubles de l’anxiété. Si la santé mentale est un sujet tabou dans le sport, il l’est peut-être encore plus dans le foot, qui est le sport le plus médiatisé. On reproche aux stars du foot d’être capricieuses, pas reconnaissantes, ou de se plaindre pour rien quand elles évoquent subir trop de pression, et de se sentir débordées pendant un match. Les supporters sifflent, insultent et critiquent allègrement les joueurs lorsque leurs résultats sont mauvais ou en baisse, comme le font aussi les médias.

Pour les joueurs, ces critiques ont forcement des conséquences plus ou moins importantes en fonction du niveau du joueur, mais aussi de son niveau d’exposition. Dans le magazine l’Equipe, Thierry Henry revient sur la santé mentale de Neymar et sur sa baisse de performance, il explique bien à quel point les joueurs professionnels s’interdisent d’exprimer leur mal-être, tant cela est tabou.

Neymar s’est donc dernièrement ouvert à l’occasion de la sortie de son documentaire sur Netflix d’ailleurs nommé « Le chaos parfait ». Dans ce dernier le joueur explique qu’il a évidemment eu des très grands moments de joie dans la pratique de son sport, mais aussi des épisodes de « quasi » dépression, après de sévères blessures, des défaites importantes et répétées et surtout de nombreuses critiques, comme c’est souvent le cas au PSG, en bref le Brésilien ose montrer sa sensibilité, ce qui explique bien des choses et notamment son parcours en montagnes russes à Paris.

5. Gregory van der Wiel

Ancien joueur du PSG, le défenseur néerlandais a eu une longue période de vide, sans club, avant de retrouver un nouveau club. Après un départ forcé de Toronto, club dans lequel il se sentait très bien, Gregory van der Wiel a commencé à ressentir des crises d’angoisses et des troubles de l’anxiété. Il explique cela dans une longue lettre adressée aussi bien aux supporters qu’aux médias, qu’il publie notamment sur ses réseaux sociaux. Gregory van der Wiel déclare ainsi « As a professional football player I always had the pressure to show the best side of myself, no matter how I was actually feeling » .

Après cela, il trouve finalement son bonheur dans le club néerlandais du RKC Waalwijk. Le footballeur a osé alerter sur le sujet de la santé mentale dans le foot, et c’est aussi pour cela que le club du RKC Waalwikj a voulu le recruter, ce petit club néerlandais avait la volonté de reconstruire le joueur en fin de carrière, lui permettant d’avoir plus de temps pour songer à une reconversion.

6. DeMar DeRozan

Le weekend du NBA All-Star Week-end, événement sportif ultra-médiatisé organisé par la NBA, le joueur de basket DeMar DeRozan avait publié un tweet « la dépression prend le dessus », ouvrant la parole sur son état moral.

DeMar DeRozan est revenu un peu plus tard sur cette déclaration, et a eu le courage de dire qu’il n’avait pas honte de parler ouvertement de sa santé mentale. Entre problèmes personnels et pression dûe au sport, le basketteur avait du mal a être performant sur les terrains, et il a préféré expliquer pourquoi, en levant le voile sur sa situation.

7. Sebastian Deisler

Evoluant dans le meilleur club allemand, et l’un des meilleurs clubs européens, le Bayern de Munich, Sebastian Deisler a pourtant pris sa retraite de manière précoce à cause de sa santé mentale.

Entre novembre 2003 et juin 2004 le joueur s’est tenu loin des terrains du fait de sa dépression. En 2006, alors qu’il était attendu pour le mondial, il est hospitalisé à la clinique psychiatrique de Munich. Son histoire est largement médiatisée et c’est la première fois qu’un tel problème chez un footballeur est révélé au grand jour. Evidemment son absence sur les terrains divisent, beaucoup de gens tolèrent qu’un footballeur soit absent s’il a une jambe cassée mais beaucoup moins s’il souffre psychologiquement. Le club du Bayern va prendre cela très au sérieux et proposer les soins d’un psychologue (en plus du préparateur mental) a chacun des joueurs.

Finalement Sebastian Deisler prendra sa retraite prématurément, mais son parcours aura ouvert les yeux à beaucoup de supporters, de journalistes mais aussi de professionnels du sport sur les problèmes de santé mentale chez les footballeurs.

8. Pascal Papé

Enfin, ces troubles existent évidemment aussi dans le rugby, et sont eux aussi très tabous. Ancien joueur du XV de France, de Castres et du Stade Français, Pascal Papé est revenu sur ses longs états de dépression, qui avaient fait beaucoup parler de lui.

Après une grave blessure au dos apparue lors d’un match contre l’Italie Papé est forcé de cesser toute pratique du sport, et il se retrouve seul et face à lui-même, avec la peur de ne jamais retrouver son niveau d’avant. Après de longs mois de dépression durant lesquels il ne dort plus, il fait une tentative de suicide et est sauvé par son père adoptif. Pendant son séjour à l’hôpital il écrit un livre racontant son histoire, nommé Double jeu. Ce livre revient sur sa difficulté de toujours garder cette face de rugbyman dure et insensible, d’autant plus après une blessure aussi grave. Pascal Papé ouvre le dialogue sur les sentiments et la pression que ressentent la plupart des rugbymans, qu’ils s’interdisent évidemment d’exprimer publiquement.

Aujourd’hui, Pascal Papé est en charge de la formation des jeunes du Stade Français, et il n’hésite pas à demander à ses jeunes joueurs de s’exprimer sur ce qu’ils ressentent afin de mieux gérer la pression qu’ils subissent.

OK ce top était pas du tout drôle, mais c’était pas forcément le but ! Les sportifs de haut niveau, même s’ils s’expriment rarement, exercent un métier qui demande beaucoup d’énergie physiquement et émotionnellement, et comme n’importe qui, certains craquent face à la pression. L’important c’est juste de s’en rendre compte et d’en parler.