FELA, pour les intimes, change de crèmerie. Diffusé sur France 2 depuis 2000, le magazine judiciaire sera désormais visible sur RMC Story avec un budget moindre. Bon, on aura peut-être d’autres bonnes surprises avec la réouverture de cold cases, mais on peut s’en émouvoir : seul magazine judiciaire unanimement respecté par les acteurs de la profession, FELA était un modèle de rigueur journalistique et de qualité narrative. On se contente désormais des restes en regardant, sur France 2, les sept épisodes inédits que la chaîne veut bien diffuser le lundi soir en deuxième partie de soirée. Comme un baroud d’honneur. Comme la fin d’une époque. Comme un vent déchirant qui percerait le coeur. Ouais, comme ça.

1. Le générique de Michel Legrand

Les premières notes du Messager, le thème principal du film éponyme de Jospeh Losey, palme d’or à Cannes en 1971. FELA s’est passé de l’envolée en majeur pour ne garder que le moment où ça sonne bien triste et bien glauque.

2. Le regard concerné de Frédérique Lantieri

Elle part ‘tite pomme. Elle ne présentera plus l’émission quand celle-ci sera délocalisée sur RMC. Même pas on l’a rappelée pour le lui proposer. C’est terrible : à peine s’était-on habitué à elle (remplacer Hondelatte n’était pas fastoche fastoche), à peine avait-on décidé de reconnaître ses qualités de présentation et de narration qu’elle nous quitte. C’est chien, la vie.

3. Les mises en scène avec des lampes torches

Comment reconstituer une ambiance de scène de crime sans crime ? Rien de plus simple : filmer des couloirs sombres seulement éclairés de lampes torches avec des angles bizarres et mélanger les plans pour créer de la confusion. Rien. De. Plus. Simple.

4. L'arrivée de Dominique Rizet, mieux qu'une tartine de Nutella

Au départ, Christophe retrouvait Dominique au bar à putes. Maintenant, Dom’ se déplace jusqu’aux locaux de la PJ pour retrouver Fred’ ; qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse des détails macabres et scabreux du rapport d’autopsie. Avec ou sans cheveux, Dominique Rizet sait comme personne comment se raconte un document administratif, comment se confrontent l’alibi d’un suspect et la réalité, comment rendre vivante une carte Michelin seulement garnie de punaises pour indiquer les scènes de crime. Master Dom’. Heureusement, il sera là sur RMC.

Crédits photo (Domaine Public) : Razier

5. Les portraits robots accrochés à un tableau sur le mur

Portraits robots que l’on recouvrira, le moment venu, d’une photo du vrai tueur comme pour mieux souligner comment l’esprit nous ment, comment il joue des tours, comment le traumatisme d’une agression empêche les témoins de livrer une description précise et réaliste. Et ce simple geste, celui de remplacer un portrait robot par une photo, c’est une métaphore de l’enquête toute entière qui a avancé d’un bond.

6. La guerre des polices

Rien n’est mieux qu’un épisode de FELA, à part peut être un épisode de FELA dans lequel la police et la gendarmerie se font la guerre plutôt que de collaborer. Aujourd’hui c’est plus rare, la faute à l’épuisement : presque toutes les affaires des années 70/80/90 ont été traitées et, de nos jours, la réforme de 2008 a amélioré la coopération entre OPJ. On ne va pas s’en plaindre. Ou alors pas trop fort.

7. Les témoignages des (proches des) victimes, le visage recouvert d'ombre

Parce qu’ils acceptent de témoigner malgré la douleur, parce qu’ils pensent que leur parole pourra servir à d’autres en même temps qu’elle les soulagera mais qu’ils ne veulent pas non plus qu’on reconnaisse leur visage. Alors ils sont assis en parfait contre-jour, il y a des rideau derrière, on voit le dessin d’une mèche de cheveux et le reste est noir. Des super héros.

8. La précision chirurgicale du commentaire décrivant toutes les atrocités

Quand on raconte une histoire, deux choses sont importantes : le rythme et le choix des ellipses. FELA maîtrise les deux. La découverte d’une scène de crime donnera quelque chose d’approchant :

« Le 6 juillet 2010, 7 heures du matin. La famille Monnier se réveille doucement. Jean, le père, se rend dans la chambre de ses filles pour les réveiller. Elles semblent parfaitement endormies. Il décide de ne pas forcer leur réveil. Pourtant, en arrivant dans la cuisine, il remarque que quelque chose ne va pas… La fenêtre du séjour est grande ouverte or Jean a pour habitude de la fermer à double tour tous les soirs. Par acquis de conscience, il retourne dans la chambre de ses filles et tire les draps pour les réveiller. Là, l’horreur : sur le lit, un bain de sang. Jean hurle de douleur. La gendarmerie est aussitôt prévenue. »

9. Les avocats bien ennuyés de devoir défendre leurs clients multirécidivistes

Le désespoir manifeste de l’avocat de Fourniret au moment de livrer sa vision du tueur en série est un immense moment de télévision.

10. Hondelatte enfilant sa veste en cuir

Oui, ça fait un moment qu’on n’avait plus droit à cette scène culte, mais elle nous manquera toujours.

Ce que c’était bien… La preuve, voici les meilleurs épisodes de Faites entrer l’accusé.