L’école libre et gratuite est quand même une invention formidable, au moins autant que le Nutella. Donc ne crachons pas dessus. Pointons seulement du doigt quelques légendes scolaires qui perdurent malgré leur absence totale de fondement.

1. La Fontaine a écrit des fables pour échapper à la censure

On raconte que s’il décrit des animaux, c’est pour faire genre « bah non, je critique pas le pouvoir, je parle de bêtes ». Sauf que les gens au XVIIe n’étaient pas stupides, on savait très bien de quoi il parlait, le monsieur. À une époque où le roi pouvait faire emprisonner quelqu’un par simple lettre de cachet, c’est plutôt léger comme défense. Quant à savoir pourquoi il écrivait des fables, on imagine que c’est parce que le petit Jean, il aimait ça.

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2. Au Moyen-Âge, les gens pensaient que la Terre était plate

ATTENTION RÉVÉLATION on est courant que la Terre est ronde depuis l’Antiquité. Alors que le monsieur ou la madame lambda l’aient ignoré, voire qu’ils ne se posent même pas la question, c’est une possibilité. Mais ceux qui savaient lire et avaient accès aux livres étaient tout à fait courant.

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3. Louis XIV, monarque absolu, pouvait faire un peu ce qu'il voulait

Non, toujours pas. Pour l’anecdote, lorsqu’il a voulu agrandir le Louvre, il n’a pas pu parce que des maisons se trouvaient sur les terrains qu’il voulait acheter. L’expropriation n’existait pas encore et même le roi de France ne pouvait décider de virer ceux qui l’empêchaient d’agrandir sa maison.

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4. On ne doit jamais écrire malgré que

Alors attention, ça reste une expression très caca, donc REPOSE CE « MALGRÉ QUE » TOUT DE SUITE. Il existe cependant UN SEUL cas où la tournure est admise. UN SEUL. Quand il est suivi du verbe avoir au subjonctif dans une phrase de type « malgré que j’en aie ». Dans ces circonstances, malgré n’est plus une préposition mais équivaut à « mal gré », comme dans l’expression « bon gré, mal gré », il n’est donc plus synonyme de « bien que ». Exemple : « j’écris un top, malgré que j’en aie » qui veut dire « j’écris un top, même si je n’en ai pas envie ». Mais la tournure reste tout de même très soutenue. Voili voilou.

5. Baudelaire adorait la drogue

Que Charlou ait tiré sur deux trois oinjs et un peu d’opium, c’est vrai. Mais il n’était pas consommateur régulier. Plus encore, il écrit dans Les Paradis artificiels que le vrai poète n’a pas besoin de drogue pour trouver l’inspiration. Son truc, c’était surtout la tise.

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6. Les Romains étaient décomplexés niveau sexe

C’est faux. Même s’il doit y avoir un fond de vérité dans les histoires d’orgies, de débauche, de douches romaines, non seulement la sexualité n’était pas du tout libérée, mais elle était soumise à un rapport de classes. Déjà, qu’un citoyen fasse trop zigzig était très mal vu. De plus, si l’homosexualité était fréquente, tu ne pouvais pas pratiquer avec n’importe qui. Si tu faisais parti de l’élite, tu avais le droit de faire sodo sur ton esclave (tant qu’il restait passif). En revanche, t’avais pas intérêt à entretenir une liaison avec un autre Romain de bonne famille. Et n’envisagez pas non plus de tailler une pipe ou de faire un cuni, c’était très déshonorant.

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7. Homo Sapiens vient après l'homme de Néandertal

C’est ce qu’on m’avait dit quand j’étais à l’école. Alors qu’en fait, ils ont cohabité un certain temps. D’ailleurs, l’homo sapiens ne descend pas de Néandertal contrairement à ce qu’un instituteur peu scrupuleux de la vérité scientifique m’avait raconté. Au passage, Néandertal n’aurait pas tout à fait disparu puisqu’on trouverait des traces d’hybridation entre lui et homo sapiens. Grosso modo, ils ont fait crac crac, ils ont fait des enfants, et aujourd’hui encore on porterait tous un petit peu de l’homme de Neandertal en nous. N’en déplaise à Zazie qui dit « je suis un homme de Cro-Magnon ».

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8. L'anglais est une langue simple

Rumeur répandue par les profs d’anglais pour appâter le chaland et nous faire culpabiliser à la moindre mauvaise note. En vérité, l’anglais n’est pas une langue simple. Vous me direz, « mais la conjugaison et les mots ne s’accordent pas ». Une langue ce n’est pas que de la conjugaison et des accords, c’est aussi une syntaxe, un système temporel, etc. Les Français ne sont donc pas si nuls que ça. Vous me direz encore « mais les Allemands bla bla bla ». L’allemand est une langue germanique, comme l’anglais. Alors que le français est une langue latine. L’anglais est plus difficile pour un Français que pour un Allemand. Ce qui explique notre niveau tout à fait convenable en espagnol. CQFD.

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9. L'Inquisition te foutait au bûcher pour tout et n'importe quoi

Bon, on est d’accord, l’Inquisition n’est pas ce que l’humanité a fait de mieux. Mais ce n’était pas non plus entièrement arbitraire. On faisait une enquête à base d’interrogations de témoins, de récoltes de preuves, de procès-verbaux, on avait le droit à une défense, à une protection de témoins… La torture n’était d’ailleurs pas systématique, mais utilisée le plus souvent en dernier recours. Bon il y a eu clairement beaucoup d’abus de type franchement abusifs. Mais, pour l’anecdote, l’Inquisition est à l’origine de l’investigation moderne.

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10. "Va je ne te hais point" est une litote

Quand vient le cours fatidique de français sur les figures de style, au mot « litote » l’exemple le plus souvent donné est ce vers de Corneille. « Va, je ne te hais point ». Une litote consiste à atténuer un propos, comme quand tu dis « il n’est pas très futé ». Tout le monde comprend alors que tu penses en vérité que même une huître a plus de Q.I. Mais dans le cas de Corneille, ce n’est pas aussi simple. Chimène pourrait en effet tout simplement dire « Je devrais te haïr mais je ne te hais pas » et non pas « je t’aime ». Le débat fait rage parmi les littéraires, il serait donc grand temps de changer d’exemple.

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Ce qui n’est pas un raison pour ne pas apprendre ses cours.

Source : mes cours post bac, qui m’ont appris que mes cours pré-bac étaient tout pourris.