Crédits photo : Florian.b

Après le top sur les facs de science et de Langues, voici donc pour vous dévoilées les voies tortueuses menant à cet obscur objet d'un désir tout à fait relatif: le monde mystérieux des Lettres. Cet univers complexe dont tout le monde se fout continue pourtant vaillamment d'exister parallèlement au monde normal des grandes personnes, dans lequel il est totalement incongru de pleurer d'émerveillement devant la perfection d'un pentamètre byronien. D'ailleurs, dans le monde normal, on a que très peu souvent l'occasion de se confronter à un pentamètre, et on peut très bien vivre sans savoir ce que c'est. Ces 10 symptômes signes vous feront prendre conscience de votre appartenance à une fac de Lettres.

  1. Les addictions multiples
    Le café (3 litres par jour) et les cigarettes, voire celles qui font rire, tout est bon pour tenter de percer le sens ontologique de cet univers étrange régi par La Bruyère et ses innombrables comparses. Il faut avoir vécu le supplice des jeunes apprentis lettrés pour comprendre que la caféine, la nicotine et d'une manière générale la plupart des substances se terminant en-ine sont plus que nécessaires pour ne plus se rouler par terre en bavant quand on entend à longueur de journée les termes "romantique", "dramatique" et "tragique" utilisés à mauvais escient.
  2. Le mépris du reste du monde
    Le reste du monde-celui qui ne vit pas dans l'éco-système primitif des littéraires ((anthologies diverses, Gaffiot/ Bailly, quelques oeuvres caractéristiques de la période étudiée... ) s'interroge toujours sur l'utilité des études de lettres. Le traditionnel "mais vous foutez jamais rien, vous!" fait partie du sacerdoce, et à force de vous répéter que sans l'agreg ou le CAPES, point de salut, vous songez sérieusement à emménager dans la caverne de Platon ou dans le tonneau de Diogène pour continuer à éplucher votre Gradus des Procédés Littéraires.
  3. Les relations étranges avec les livres
    Les bibliothécaires du coin vous tutoient et connaissent votre petit nom. Vous avez votre place attitrée à la BNF et votre chaise a pris la forme de votre fessier. Vous avez de la poussière dans les cheveux à force de s'agiter dans de vieux bouquins moisis, les doigts crochus pour mieux tourner les pages et l'oeil vitreux. Vous vous esbaudissez devant une première édition, et lorsque vous êtes en présence du Littré (le Saint Graal des études de littérature), vous demandez d'un air soupçonneux si l'exemplaire correspond bien à la mise à jour effectuée en 1874 et n'est pas une version simplifiée postérieure à 2004 (fi l'horreur!), avant de le papouiller fiévreusement. Passer autant de temps dans les livres vous rend passablement obscène.
  4. La sexualité trouble
    Vous n'avez plus vraiment le temps pour la bagatelle, à tel point que la lecture des Liaisons Dangereuses vous émoustille. Pour relancer ce qu'il reste de votre pitoyable vie sexuelle, vous rêvez d'étudier Sade. Il vous faudra patienter au moins jusqu'au Master. En attendant, vous consacrez votre abstinence à l'étude approfondie des allusions graveleuses dans Les Affinités Electives de Goethe. Si si, il y en a, suffit de les trouver. Vous auriez pas un peu les dents qui grincent, vous?
  5. Des amis décédés depuis plusieurs siècles
    Stendhal, Camus, Dickens et autres Hesse sont vos compagnons de misère. Vous ne manquez jamais de commémorer leur anniversaire, ce qui n'est qu'un juste retour des choses, puisqu'au vôtre,on vous offre leurs bouquins, chaque année, depuis que vous êtes inscrit-e en Lettres. Vous n'avez jamais osé le dire, mais votre rêve, ce serait d'avoir un poney. En attendant il faudra vous contenter de votre dictionnaire de poétique latine.
  6. Un Monde parallèle régi par l'opposition "moderne/classique"
    Seuls les étudiants de Lettres sont initiés aux subtilités des différences entre lettres modernes et lettres classiques. Quant à la littérature comparée et la linguistique, il ne s'agit ni plus ni moins que de raffinements de cruauté visant à vous pousser vers les tréfonds de la folie. Sachez tout de même qu'entre deux déclinaisons gréco-latines et les versions d'Ancien François, se livre une bataille d'Hernani quotidienne entre les Anciens et les Modernes, qui n'a pour l'instant pas trouvé d'issue. Sauf pour les masochistes qui s'adonnent à la littérature comparée et qui sont trop occupés à errer dans les bibliothèques de langues, le teint hâve et portant le soleil noir de la mélancolie.
  7. L'éloge de la folie
    À force de frayer avec Hamlet, vous commencez à vous poser des questions. Vous avez passé quatre jours sous une table en vous balançant d'avant en arrière après avoir lu Les Chants de Maldoror, et vous vous réveillez en pleine nuit, persuadé-e d'être un cafard géant quand vous étudiez Kafka. Chaque plan détaillé vous rapproche de la camisole.
  8. Le vortex temporel
    À force de vous contraindre au beau langage et de farfouiller dans les splendeurs des Belles Lettres, quand vous ne lisez pas Le Roman de la Rose dans le texte, vous commencez à vous exprimer bizarrement -pour le reste du monde, s'entend. Vous utilisez des vocables et expressions tombés en désuétude depuis 1784 tels que "gougnafier", "gourgandine", "fichtre", "ce qui se conçoit bien s'énonce clairement" etc. L'avantage, c'est qu'il est autrement plus élégant de s'enquérir des lieux d'aisance que de demander où sont les chiottes. Si vous vous ramassez aux partiels, vous pourrez toujours postuler à l'Académie Nadine de Rothschild.
  9. Les difficultés d'adaptation
    Quand il vous arrive de faire la fête-éventuellement de prendre une bonne grosse cuite bien réconfortante qui verra se fracasser votre ego avec autant de bruit et de fureur que le roman éponyme de Faulkner, vous ne pouvez vous empêcher de tancer vertement vos congénères s'ils ont le malheur de faire une faute de français. Vous causez volontiers allitérations et métrique classique, même avec 3,5 grammes. (Surtout avec 3,5 grammes.)Pourtant, vous êtes incapable de comprendre la Simple Vérité Universelle: le monde entier s'en carre l'oignon de la filiation entre Sophocle et Shakespeare dans le traitement cathartique.
  10. Les illusions perdues
    Vous, votre rêve, c'était de vous plonger à corps perdu dans l'oeuvre d'Allen Ginsberg, d'étudier La Machine Infernale, de lire enfin John Fante et traduire les passages rigolos des Métamorphoses, ceux avec du sang et des boyaux. Et un peu ceux avec du sexe aussi. (On n'est pas de bois.) Raté. Vous allez vous retaper Molière comme en 4ème, vous apercevoir avec effroi que vous ne savez toujours pas ce qu'est vraiment un COD, et en plus vous n'aurez même plus le temps de dormir, mourir, rien de plus. Le reste est silence. Pas de bol.

Top co-écrit par Comicstrip

Source: ficusphere.over-blog.com