Imaginez un peu, souvenez-vous plutôt : 8h – 17h tous les jours. 9 heures enfermés dans des salles à écouter des gens, à prendre des notes, à gratter de la copie. 9 heures. Un enfer. On ne pouvait pas être attentif de bout en bout, il fallait bien laisser l’esprit vagabonder. Et où pouvait-il mieux vagabonder, s’exprimer que sur la surface immuable d’une table en bois formica ? Nulle part, cela va de soi. Vestiges d’heures passées à attendre qu’elles passent.

1. Petinault = SS

Petinault, c’était le prof de maths. Il se levait tous les matins à 6 heures et se tapait 2 heures de transport pour retrouver une classe de gosses insupportables qui n’en pouvaient plus des maths. Son mariage battait de l’aile, il avait une odeur de café chaud et de clope froide, il était fatigué, Petinault. Il était entré dans la carrière par conviction, pas par opportunisme, parce qu’il pensait vraiment pouvoir aider les élèves. Résultat : Petinault = SS.

2. Sandra Comeggiari suce dans les fourrés

Ou comment se familiariser avec le concept de diffamation à l’âge où l’on ne peut pas encore être condamné pour s’y être adonné. Cette pauvre Sandra Comeggiari n’avait bien sûr sucé personne, elle était beaucoup trop timide pour ça.

3. T + L = <3

Que cela concerne un couple pré-pubère dont on faisait partie, un couple pré-pubère dont on aurait aimé faire partie ou deux personnes choisies au hasard à qui l’on voulait nuire, on écrivait invariablement des initiales au sein d’un cœur, manière comme une autre d’écrire des poèmes quand on n’a pas encore révisé le chapitre des rimes riches.

4. Nique le collège

La rébellion est un petit virus particulièrement virulent chez le mini-adulte dont le cerveau n’est pas encore formé. Les motifs de rébellion sont légions, les manières de l’exprimer plus limitées. Les plus courants consistant à écrire « nique » quelque chose, sans d’ailleurs pouvoir écrire derrière le nom d’un individu du sexe opposé, rapport au fait qu’on était des gros puceaux.

5. Rêve général

Écrit par le petit Nino dont les parents, ex et actuels soixante-huitards, fumaient des bédos dans le salon le soir en rentrant de leur harassante journée de travail dans la pub. Expression si mignonne d’une révolte si mignonne de la part si mignonne d’un ado si mignon vivant dans une chambre si mignonne située à l’étage d’un duplex trop mignon. Mim’s.

6. Timothée = Gogolito

Ce pauvre Timothée, avec ses petites lunettes rondes, ses bonnes notes, ses pantalons trop larges, son cartable quand tout le monde commençait à porter des sacs-à-dos, son absence totale de capacité à créer du lien social, ses manières bizarres, son zozottement et ses bagues, prenait cher. L’auteur de cette phrase devrait avoir honte.

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7. Le numéro de téléphone de ton pote

« Si tu veux un plan chaleur ce soir, tel-moi au 068465065 – Samantha ». Samantha s’appelait en réalité Jean-Kevin et était couverte de boutons, mais tu pouffais gravos à l’idée que des crevards appellent le numéro de ton boulet de copain dans la nuit.

8. Le S de l'enfer

Bravo le graphiste. T’avais trouvé ta voie, toi.

9. Du coloriage le long des fissures de la table

Une manière comme une autre de protester contre l’obsolescence évidente du matériel mis à disposition des élèves par l’Éducation nationale. Surtout quand c’était fait par Nino, vous savez, le gauchiste.

10. "Fais une croix si tu t'emmerdes"

Ensuite, un à un, les élèves dessinaient des croix jusqu’à ce que l’un d’entre eux se fasse choper par le prof et prenne pour toutes les croix dessinées. Dès lors, pour lui, c’en était fini des jours de fête ; il est venu le temps des heures de colle.

Perso je faisais pas ça, je m’appelais Timothée à l’époque.