Chaque année, à l'heure du bilan, on se souvient des débats qui ont agité les pauses cafés et les diners familiaux, mais on ne souligne pas suffisamment ce qui nous a réunis dans une belle communion de pensée unique. Ils sont pourtant nombreux ces événements qui interdisaient toute critique sous peine de passer pour un inculte, un réac, voire un fieffé connard. En voila une dizaine qu'on pourra remettre en question à partir de 2015, mais qu'il était proscrit de critiquer au cours des 12 derniers mois tant le consensus était établi, à tort ou à raison.

  1. Star Wars
    On attendra l'année prochaine pour choisir son camp entre les "c'était mieux avant" et les "enfin un vrai réalisateur pour Star Wars". Pour l'heure, tout le monde semble ravi de ce retour et il n'est plus vraiment permis de faire un procès d'intention à JJ Abrams sur la seule base de l'implication de Disney.

  2. Ice Bucket Challenge
    Objectivement, c'était insupportable : un truc qui commence entre "happy fews", riches et célèbres, avec un principe difficile à piger (on se verse le seau sur la tête et on donne des sous? Ou on donne si on se dégonfle? Sinon, à quoi ça sert le seau, pourquoi on ne donne pas seulement?) puis quelques-un de vos potes qui le font à leur tour, voire vous nominent, et enfin les "people" français jugent utiles de s'y mettre pour égayer les bêtisiers des chaines de la TNT. Entre temps, l'appel au don pour la lutte contre la maladie de Charcot est un peu tombé dans l'oubli, les gens veulent juste se balancer de l'eau sur la tête. Mais puisque ça a malgré tout rapporté du fric pour une bonne cause, impossible d'en dire du mal. On aura même réussi a trouver George W. Bush sympathique avec cette connerie.

  3. Didier Deschamps
    Depuis ce match contre l'Ukraine en barrage de la Coupe du Monde, on passe tout à Deschamps. Il peut sélectionner qui il veut, perdre contre n'importe qui, on s'en fout. le fait de nous avoir redonné un peu d'espoir, de nous avoir permis, l'espace d'une demi-Coupe du Monde, d'imaginer que sur un malentendu, on pouvait aller au bout, ça excuse tout. Comme quoi, passer après Domenech et Blanc et être automatiquement qualifié pour la prochaine compétition, c'est un vrai avantage.

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    Crédits photo (creative commons) : wikimedia
  4. Pharrell Williams
    Quelle Force protège Pharrel?... Son titre a tourné en boucle toute l'année, a servi des pubs, des lip-dubs foireux, on lui a collé sur la tête un chapeau que même Jamiroquai n'aurait pas assumé (bon... en fait, si, peut-être) et le type a toujours une cote d'enfer, il ne semble saouler personne. Vous avez déjà entendu quelqu'un dire qu'il détestait Pharell Williams? Non bien sûr. Normalement, après un duo avec Patrick Juvet, ça devrait être bon.

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  5. The Grand Budapest Hotel
    Wes Anderson a du talent, c'est établi, mais il a surtout la chance (ou le génie) d'avoir trouvé le parfait créneau : faire un film avec une ribambelle d'acteurs ultra-respectés tout en gardant une image "alternative" et signer une oeuvre abordable par le grand public avec une esthétique qui semble s'adresser au cinéphile, c'est la garantie du consensus. The Grand Budapest Hotel est un excellent film, mais si on avait eu l'audace de penser le contraire, on nous aurait répondu "Tu préfères Bienvenue Chez les Ch'tis, c'est ça?" comme si ça avait le moindre rapport.

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    Source photo : leblogdelamechante
  6. Robin Williams
    On le sais, le meilleur moyen d'embellir sa vie, c'est de mourir. Robin Williams est devenu le plus grand acteur de sa génération quelques heures après son dernier souffle, quand les "RIP" pleuvaient sur Twitter. On a revu ses films, on a découvert qu'il faisait du stand-up, on s'est rendu compte que sans lui, les années 90 n'auraient pas été tout à fait pareilles. Flubber était nul, mais on va attendre 2015 pour le dire.

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    Crédits photo (creative commons) : wikimedia
  7. Le plug anal de Noël
    Cette année, il n'était pas de bon ton de trouver qu'un type qui essaie de faire une bonne blague graveleuse en érigeant un sapin gonflable en forme de sex-toy sur la Place Vendôme nous prenait un peu pour des cons. Considérer que cet humour de collégien était indigne de l'idée qu'on se fait de l'art, c'était l'assurance d'être traité de fasciste, de réac, de catho traditionaliste et de "Manifestant pour Tous". Et pourtant, le fait que McCarthy a pris une mandale fait partie de la démarche artistique, sans ça, ça aurait été aussi marquant qu'un zizi dessiné sur un pare-brise poussiéreux.

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    Crédits photo (creative commons) : Vxschnock
  8. Interstellar
    Comme ils étaient discrets les gens qui sont sortis déçus du cinéma! Interstellar, c'est le nouveau Gravity : un film qui est presque un classique avant même sa sortie. De belles affiches, un réalisateur au sommet et un titre ronflant. Les spectateurs qui ont réussi à s'incruster à une avant-première ou à choper un ticket la première semaine sont si contents qu'ils se hâtent de crier leur enthousiasme et renforcer cette impression : Interstellar est un événement, pas un simple film.

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    Crédits photo (creative commons) : creativepromag
  9. Malala Yousafzai
    Cette jeune Pakistanaise, militante du droit des femmes et de l'accès des jeunes filles à l'éducation, victime d'une tentative d'assassinat en 2012 est aujourd'hui la plus jeune lauréate du Prix Nobel de la Paix de l'Histoire. Elle a donné son nom a une école, elle fait se lever toute la tribune de l'ONU au terme d'un discours vibrant au cours duquel elle dit « Les extrémistes ont peur des livres et des stylos. Le pouvoir de l'éducation les effraie. » Si vous parvenez à dire une saloperie sur Malala, vous êtes vraiment un sacré enfoiré.

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    Crédits photo (creative commons) : Claude TRUONG-NGOC
  10. La révolte des librairies qui n'avaient pas "Merci pour ce Moment"
    Un beau moment d'unité nationale : le bouquin de Valérie Trierweiler est un torchon, idéal pour emballer les légumes, on le sait on l'a tous acheté. Du coup, on a tous trouvé super l'initiative des libraires qui, en rupture de stock, ont mis des affichettes pour dire qu'ils n'en avaient plus tout en soulignant que c'était un peu de la merde ce bouquin, et qu'on pouvait aussi acheter du Balzac. Par contre, vendre des œuvres de Balzac mort en 1850 et donc dans le domaine public, à 8 euros, ça ne pose de problème à personne. En 2014, c'était bien vu de nous dire ce qu'on devait lire.

Et vous, vous avez été un rebelle cette année ?