Bonne haleine ou mauvaise haleine : dans tous les cas, on sentira leur haleine pendant 35 heures minimum confinés à deux dans la petite voiture. Ils diront « c’est bien », ils diront « c’est mal », ils diront « fais ton créneau », ils diront « c’est vert »… Mais ils n’en penseront pas moins. Parce que leur métier est quand même mal connu. Découvrons le un peu.

1. C'est usant

Donc vous êtes toute la journée dans une bagnole. Avec des cahots (dondaine ou non) : autant le dire tout de suite, la colonne vertébrale en prend un coup. De plus, le moniteur d’auto-école est en état d’alerte permanente et de stress. Il doit tout à la fois surveiller ce que fait son élève, ce que font les autres automobilistes, gérer les bouchons, intervenir vite en cas de risque tout en se montrant courtois et pédagogue. C’est un peu comme essayer de se frotter la tête en tapant sur son ventre, tout en imitant Jacques Chirac qui imite Claude François.

2. Les élèves se livrent souvent à eux

Les moniteurs sont nombreux à témoigner de la proximité provisoire qui s’établit entre leurs élèves et eux. Dans une voiture, un cadre familier, on se livre assez facilement. Ils doivent donc aussi faire parfois semblant de s’intéresser à la passionnante histoire d’amour avortée entre leur élève et machinette de la compta ou aux problèmes rencontrés par le petit Teddy à l’école. C’est un métier de l’humain.

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3. Le prix des cours de conduite varie du simple au double sur des critères qui leur échappe totalement

A Belfort, 35 heures de conduite reviennent à moins de 1500 euros ; à Paris, le prix atteint 2200 euros. Mais ce n’est pas du tout corrélé à la qualité du service ou au salaire des moniteurs. Les moniteurs d’auto-école commencent tous à 1300 euros net environ. Ensuite, les organismes étant privés, ils appliquent leur propre grille tarifaire, mais inutile de reprocher à votre moniteur payé au lance-pierre que les tarifs de son employeur sont trop chers.

4. Souvent, les auto-écoles communiquent de faux taux de réussite

Obtenir les taux de réussite d’une auto-école peut s’avérer difficile. La plupart du temps, l’administration des écoles fait de la résistance passive. Et une fois obtenus, il y a toutes les chances que ceux-ci soient faux. C’est l’UFC Que choisir qui le révélait en 2014 en mettant en vis-à-vis les chiffres officiels de la réussite au permis de conduire en fonction des territoires et les taux déclaratifs des auto-écoles pour montrer leur incompatibilité. Or, l’Etat a peu de chances de mentir…

5. C'est une vraie corporation

En plus d’écoles spécialisées, les moniteurs sont regroupés en syndicats assez actifs qui savent mobiliser les troupes lorsqu’ils veulent s’opposer aux réformes. Au total, le secteur de l’auto-école (il existe 11.000 auto-écoles en France) emploie 25.000 personnes en France.

6. Ils ne rêvent pas tous de devenir Inspecteur

Et d’ailleurs, pour devenir inspecteur du permis de conduire, il n’est pas obligatoire d’avoir été moniteur, même si en général ça aide. Pour passer le concours (public) d’inspecteur, il faut avoir son permis depuis plus de 2 ans et avoir passé l’examen de formation aux moniteurs. Les inspecteurs, fonctionnaires de catégorie B, commencent leur carrière avec 2150 euros par mois brut. Mais l’objectif des moniteurs n’est pas forcément de rejoindre la fonction publique où ils perdent le contact humain de leur boulot et se transforment souvent en objets de détestation.

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7. Ils ne respectent pas TOUJOURS le code de la route

Les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés. Ainsi, un moniteur d’auto-école s’est vu retirer son permis de conduire pour avoir dépassé la vitesse autorisée de 40 km/h en 2016. Par ailleurs, ce sont eux qui sont considérés comme responsable si vous provoquez un accident ou vous livrez à un excès de vitesse dans leur bagnole. Ils ont donc tout intérêt à bien vous apprendre à conduire.

8. Ils s'arrangent parfois un peu sur les trajets que vous empruntez

Plusieurs témoignages d’élèves et de moniteurs expliquent que, lors du choix du trajet de conduite, le moniteur, dont les horaires ne sont pas fixes, s’arrange parfois (sans le dire) pour faire coïncider son métier avec sa vie personnelle. On passera donc éventuellement devant l’école d’un enfant pour le récupérer (c’est rare), ou l’on pratiquera son créneau sur un parking de supermarchés histoire d’aller faire deux trois courses.

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9. Ils entendent des conneries pas possibles

Dans Les petites âneries du permis de conduire, sorti en 2016, trois moniteurs d’auto-école dressent la liste de sperles qu’ils ont entendu dans l’exercice de leur fonction. Parmi les plus incroyables, celle-ci :

« C’est vert » dit le moniteur. L’élève ne bronche pas. « C’est vert je te dis ! » Toujours rien. « Mais t’es sourd ? C’est vert ! » « Je sais pas… Une grenouille ? Un petit pois ? »

10. Il n'est pas au courant de votre résultat à l'examen

En tous les cas officiellement. Il peut être au courant dans plusieurs situations : s’il connait l’inspecteur qui le lui dit même s’il n’a pas le droit, si vous n’avez fait aucune erreur et qu’il n’a pas vu l’inspecteur noter la moindre chose grave ou si au contraire vous avez fait une grave erreur. Pour autant, il y a peu de chances qu’il vous donne la réponse. Le délai de trois jours vise à protéger moniteur et inspecteur contre les mouvements d’humeur.

La prochaine fois, on parlera des monos de ski.