Depuis quelques années, le tatouage bénéficie d’une couverture médiatique importante en France, avec la prise de conscience soudaine par les journalistes qui s’en branlaient royalement qu’en fait, ça intéresse des gens. On se tape les mêmes reportages et les mêmes statistiques en boucle, mais le milieu des tatoueurs demeure encore mystérieux pour la plupart des gens qui s’imaginent encore les salons peuplés par des avatars de Hell’s Angels bloqués par des bracelets électroniques.

1. Ils ne sont pas considérés par des artistes par l'Etat français

C’est un des principaux combats des tatoueurs en France : obtenir le statut d’artistes et non d’artisans commerçants afin de bénéficier d’une TVA avantageuse. Il s’agit d’un vrai débat, y compris au sein de la profession : si certains tatoueurs peuvent être réellement considérés comme des artistes, composant leurs propres motifs et bénéficiant d’une maîtrise technique hors-pair, ce n’est pas le cas des abonnés aux écritures gothiques avec des fautes dedans sur le bord de la RN 72.

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2. La plupart des tatoueurs se forment sur le tas, dans des salons de tatouages

Entrer dans le monde du tatouage est une tannée. Il n’existe pas d’école à proprement parler, et la plupart des futurs tatoueurs approchent des artistes qu’ils admirent en espérant obtenir un apprentissage chez eux. Aujourd’hui, de nombreux tatoueurs sortent des Beaux-Arts ou d’écoles assimilées, mais la trajectoire autodidacte est encore dominante. Une fois entrés dans un salon, les apprentis se forment à tout et mettent du temps à développer leur propre style.

3. 10% de la population française serait tatouée

La stat’ est sortie un peu partout à l’occasion du premier salon du tatouage parisien, il y a deux ans. Ce chiffre est colossal, quand on constate l’image généralement négative dont jouit le tatouage dans la plupart des franges de la société. Aux Etats-Unis, la proportion de personnes tatouées monte à 23%.

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4. Les conventions de tatouage, encore rares en France, sont des événements énormes dans d'autres pays

Les conventions de tatouage sont des salons de l’auto avec des mecs qui font des tatouages. On peut y rencontrer des tatoueurs qu’on admire, se faire tatouer par eux, ou se retrouver au milieu d’un spectacle de rodéo. De par ses origines et l’univers dans lequel la plupart des tatoueurs évoluent, on y retrouve souvent des spectacles burlesques ou des groupes de rock.

5. Tous les tatoueurs ne font pas les mêmes choses

En gros, il est inutile d’aller chez un type spécialisé en tatouage maori pour lui demander un dessin de pin-up façon années 50. Chaque tatoueur a sa ou ses spécialités et sera extrêmement saoulé si vous vous pointez chez lui en en ayant rien à foutre de sa spécialité. Toutes proportions gardées, on demandait assez rarement à Dali de peindre des natures mortes pointillistes.

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6. Il faut réellement choisir son tatoueur

De ce fait, le choix du tatoueur n’est pas neutre. Aller au tatoueur en bas de chez soi, c’est s’exposer à se faire tatouer à vie un truc maxi moche et qu’on n’aime pas du tout. Le mieux est de se renseigner sur les prédilections de chacun en regardant sur Internet et en discutant tranquillement de son projet avec le type ou la nana. Puis c’est quand même quelqu’un avec qui on va passer plusieurs séances, donc il vaut mieux éviter qu’il pue de la gueule.

7. Un vrai artiste peut refuser votre demande

Un tatoueur peut en conséquence refuser de faire ce que vous lui demandez, soit parce qu’il trouve ça nul à chier, soit parce qu’il n’en a pas les compétences, soit parce que ce que vous lui demandez est complètement débile. Si vous voulez vous faire tatouer un motif en couleur sur la bite alors que vous n’avez jamais eu de tatouage, il y a moyen que vous essuyiez un refus.

8. Les motifs maori et les inscriptions chinoises font chier tout le monde

C’est un jugement à gros traits, mais la plupart des tatoueurs en ont ras le bol qu’on leur demande cet énième motif soi-disant maori parce qu’on aime le surf à 18 ans. Même si la tendance a ralenti depuis les années 2000, un client qui souhaiterait se faire tatouer un signe chinois sur la nuque chez un tatoueur dont la liste d’attente excède un an risque de se faire mal recevoir.

9. Les zones douloureuses ne sont pas nécessairement celles que l'on croit

On aurait tendance à penser que le ventre est la zone la plus douloureuse pour se faire tatouer. En réalité, la douleur est très variable en fonction de chacun, de sa morphologie, de son habitude et de sa tolérance. La plupart des tatouages ne sont pas douloureux ; l’expérience est plus justement celle d’un picotement répété pendant assez longtemps. Un peu comme quand on plonge sa main dans de l’acide sulfurique, me direz-vous, sauf qu’on garde sa main.

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10. Arriver avec un motif tout fait, c'est comme aller à une expo pour critiquer sans regarder

Il faut vraiment s’intéresser aux portfolios des tatoueurs et à leur manière de travailler. Quand un type s’emmerde à fabriquer un portfolio, ce n’est pas pour que tout le monde s’en branle. Si vous allez voir l’expo d’un pote à vous, vous jetez un coup d’œil à ses toiles au lieu de lui demander, puisqu’il sait dessiner, s’il peut repeindre votre garage. C’est du même ordre.

11. Les bons tatoueurs invitent tout le temps des artistes du monde entier et les créneaux sont pris d'assaut

Il existe un mercato chez les tatoueurs, et des apprentis qui se font un nom finissent souvent par ouvrir leur propre salon ou par rejoindre d’autres écuries. En plus de cela, il arrive régulièrement que des tatoueurs étrangers soient invités dans des salons français pour une durée déterminée. C’est alors l’occasion, pour les personnes qui admirent leur travail mais n’auraient pas les moyens de faire l’aller-retour pour Auckland en vue de se faire tatouer par un mec en particulier, de se faire tatouer par ledit mec près de chez eux.