Publié de septembre 1986 à octobre 1987 par l'écrivain Alan Moore et le dessinateur Dave Gibbons, Watchmen a bouleversé l'ordre établi d'un art jusqu'alors plutôt réservé aux plus jeunes et surtout mal considéré par les élites. Avec ses partis-pris, sa propension à imaginer un monde de façon à mieux croquer le notre, Watchmen fait partie de ses comic books qui de par leur tonalité et leur intelligence, ont su entrer dans la légende. De ceux qui sont considérés comme des chefs-d’œuvre intemporels...

  1. C'est Alan Moore qui l'a écrit
    C'est le premier auteur de BD a avoir remporté le Prix Hugo. Génie aussi réputé pour son V pour Vendetta, il a, avec Watchmen, imposé une nouvelle dynamique, jurant franchement avec les plus gros hits du comics. Son travail a véritablement contribué à redéfinir les contours de toute une industrie. Révolutionnaire, comme en témoigne les textes à la fin des numéros de Watchmen, sans concession, il est l'un des maîtres de la littérature américaine. Littérature oui, car n'en déplaise aux détracteurs, ses BD ont finalement plus de points communs avec les grandes œuvres de la littérature qu'avec la majorité de ce qui se faisait avant qu'il ne vienne mettre un gigantesque coup de pied dans la fourmilière.

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  2. Un des personnages principaux est nu en permanence, bleu et géant
    Le Docteur Manhattan, c'est son nom, est un surhomme qui a notamment permis la victoire des États-Unis au Vietnam. C'est le seul à posséder des super-pouvoirs. Notamment celui de ne pas être ridicule alors qu'il se balade à poil, ou parfois vêtu d'un simple slip noir. C'est lui qui modifie l'Histoire et, in fine, permet à Richard Nixon de rester au pouvoir. « Nous sommes tous des marionnettes Laurie. Je suis juste une marionnette qui peut voir les ficelles. »

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  3. On y trouve de vrais anti-héros
    Dans quel autre comic l'un des personnages (Rorschach) est d'une laideur innommable et pue comme un bouc ? On est plutôt loin du sourire ultra brite de Captain America non ? Qui peut rivaliser avec Le Comédien, ce justicier à la solde du gouvernement, responsable de la mort de Kennedy et de celles des deux journalistes enquêtant sur le scandale du Watergate ? Et ce ne sont que deux exemples parmi d'autres.

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  4. Les intermèdes sont tout aussi fascinants que le comic book lui-même
    Articles de presse, extraits de livres, essais... Tous ces écrits, si ils ne sont pas indispensables à la compréhension de l'arc narratif central, permettent de saisir la profondeur du récit et influent grandement sur l'immersion. Une autre façon de prendre la mesure du génie d'Alan Moore.
  5. C'est d'ailleurs aussi le cas du comic dans le comic
    Dans le monde de Watchmen, où les super-héros existent (mais n'ont pas de super-pouvoirs si on fait exception du Dr. Manhattan), les comics les plus populaires sont ceux qui portent sur la piraterie. Régulièrement, le roman graphique propose donc des passages de l'une de ces bandes-dessinées. Et si encore une fois, cette histoire dans l'histoire n'a aucun rapport avec la principale, elle contribue à la construction d'un univers ultra dense.

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  6. Le dessin de Dave Gibbons est sublime
    Alan Moore ne pouvait pas rêver mieux que Dave Gibbons pour illustrer sa prose et donner vie aux aventures des Watchmen. Non seulement d'une beauté assez renversante, son trait brille également par un sens du détail inouïe qui prouve bien le désir de l'artiste de ne rien laisser au hasard. La construction des pages, avec un agencement redoutable des cases, conférant de plus au récit une rythmique parfaite.
  7. Un réalisme percutant
    Si on fait exception du Dr. Manhattan qui peut faire à peu près tout ce qu'il veut, Watchmen est très réaliste. Les personnages sont sombres et désenchantés. Leur monde n'a rien de clinquant. L'apocalypse est proche et les psychoses dominent sans partage. Les justiciers pour leur part, font régner leur propre loi, en faisant couler le sang, encore une fois à des milliers de bornes de leurs petits copains de chez Marvel.
  8. Un discours pertinent
    Les super-héros de Watchmen sont rincés, vieux, fatigués, ou alors complètement psychotiques pour certains. Une façon pour Alan Moore d'interroger la fonction même du héros et son impact sur la société, tout en jetant un regard sans concession sur le monde, via une uchronie touchée par une mélancolie prégnante. Ozymandias, l'antagoniste principal, qui est décrit comme l'homme le plus intelligent du monde, étant quant à lui le réceptacle d'une réflexion encore aujourd'hui très pertinente, dans notre société dominée par Facebook, Apple, Microsoft et sous la coupe de sombres individus comme Trump.

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  9. Une violence sourde
    Violent, Watchmen l'est sur tous les plans. La prose de Moore étant brillamment illustrée, par Gibbons, dans un élan sauvage, qui ne détourne jamais les yeux. C'est gore, mais jamais grand-guignol, à la croisée de la science-fiction, du thriller, du drame profond et de l'horreur.
  10. Et un peu de cul aussi
    Watchmen n'est pas le genre de BD qu'on donne à ses enfants pour qu'ils fassent de beaux rêves. Pour l'aspect sauvage donc, mais aussi pour le caractère très crû de certaines vignettes, qui, c'est important, ne tombent pour autant jamais dans le vulgaire.

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Allez, on se refait l'intégrale ?

Source : Watchmen, ed. Urban Comics