Tout le jeu politique s’en revendique sans cesse. Autrefois figure tutélaire de la droite républicaine, De Gaulle est devenu la référence de tous les politiques qui puisent dans son parcours pour s’affirmer comme des remparts contre la déliquescence de la démocratie. Ouais, bon, on a compris que c’était un grand homme d’Etat. Ça commence à devenir fatigant.

1. C'est bon là, ça fait 50 ans les mecs

69. Depuis 69, il n’est plus là. Bon on peut peut-être se trouver d’autres personnes dont se revendiquer, non ? Les Argentins font pareil avec Peron et on se fout ouvertement de leur gueule. Pourquoi ne pas citer continuellement Colbert, tant qu’on y est ? Si l’on se revendiquait un peu moins de De Gaulle, peut-être aurait-on pu favoriser l’émergence d’autres hommes d’Etat dont il serait sain de valoriser l’héritage.

2. On parle du type le plus narcissique de l'Histoire

Le mec était tellement narcissique que, lorsqu’on l’a écarté du pouvoir en 46, il a préféré se morfondre jusqu’à ce qu’on le rappelle plutôt que d’essayer de peser sur le jeu politique. De Gaulle, c’est un enfant qui boude parce qu’on n’admire pas suffisamment son spectacle. En 69, il se casse du pouvoir parce qu’il perd un référendum. « Si c’est comme ça, je me casse ». On a vu plus adulte.

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3. C'est un génie politique, mais pas un exemple de courage

Pendant la guerre, il organise la résistance depuis Londres. En 1968, il s’envole vers Baden-Baden sans prévenir personne au risque de créer une vacance du pouvoir. De Gaulle est un stratège absolu mais il reste en retrait du combat. Or, aujourd’hui, il serait pertinent de pouvoir se placer sous la tutelle de figures combattantes à l’heure où l’on nous parle de guerres intérieures et des dangers qui pèsent sur le régime.

4. Il incarne une figure monarchique du pouvoir

Mitterrand dénonçait le coup d’Etat permanent avant de le pratiquer lui-même ; n’empêche que la constitution de la V° république et que la pratique du pouvoir gaulliste sont le reflet d’une conception monarchique, verticale et descendante du pouvoir, avec un chef intouchable et des vassaux qui font des pieds et des mains pour qu’il les regarde un peu. Or, la moralisation de la vie publique passe par une approche plus collégiale de la gouvernance.

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5. STOP AVEC LES HOMMES PROVIDENTIELS

La France n’a pas besoin d’une figure providentielle pour la sauver. La France a besoin de réfléchir à son modèle de société sereinement, par le consensus et la discussion. Se revendiquer de De Gaulle aujourd’hui, c’est aussi et surtout assumer un héritage de droit divin, comme si une vision pouvait encore servir de cap politique dans un monde devenu beaucoup trop complexe pour être pensé seul.

6. On lui fait dire tout et son contraire

Ce qui est soit le signe de sa versatilité, soit celui d’une mauvaise lecture de ses engagements. De Gaulle incarne à la fois l’ordre et la résistance, la décolonisation et le passé colonial de la France, le centralisme et la décentralisation, l’intégration européenne et la préservation des intérêts de la France. En réalité, on se revendique de De Gaulle comme on se revendique de la France ; mais De Gaulle n’est pas la France, ni le plus petit dénominateur commun de la France qui, rappelons-le, est quand même le vin rouge.

7. Quand De Gaulle a quitté le pouvoir, plus personne ne pouvait le supporter

Je sais bien que la France est championne du monde de relation amour-haine, mais là ça va trop loin. Les gens étaient tellement saucés de De Gaulle qu’ils ont voté non à un référendum sur l’organisation régionale alors qu’ils s’en foutaient éperdument. Ensuite, Charles a fait la gueule et est parti. Et maintenant, tout le monde le regrette. Est-ce qu’on ne pourrait pas plutôt se mettre d’accord sur une figure tutélaire qui n’a jamais lassé personne, comme Aimé Jacquet, par exemple ?

8. Après son arrivée au pouvoir, il a laissé courir la situation algérienne 4 ans

4 ans de guerre. On ne peut pas non plus dire que c’était géré de main de maître. De Gaulle a mis du temps à comprendre le nouveau monde dans lequel il entrait, car il était bien trop attaché à l’idée de l’empire français pour s’en détacher complètement. Cette vocation de grandeur que la France se prête à elle-même est le principal mal qui ronge, aujourd’hui encore, le pays.

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Ce serait sympatoche de trouver de nouveaux saints-patrons. Allez, un petit effort.

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