Qu’elles concernent l’immensité de l’univers ou des choses beaucoup plus prosaïques, il existe une foultitude de questions qui demeurent sans réponse malgré tous les efforts des chercheurs. On est peut-être capables d’aller sur la Lune ou de voyager à 5000 km/h, on est peut-être capable d’échanger via des ondes à des milliers de kilomètres et d’explorer Io à distance, mais on ne sait pas comment marche un vélo, exactement. C’est tout le paradoxe de notre espèce obnubilée par l’explication mais qui vit dans le grand mystère.

1. D'où vient l'ordre alphabétique ?

C’est à la fin de l’âge de bronze qu’est établi le tout premier ordre alphabétique. Cet alphabet est déjà proche du nôtre et donnera plus tard naissance à l’alphabet phénicien, lequel engendrera les alphabets grec, gothique, cyrillique, latin, etc. Appelé ordre levantin, ce premier alphabet a été utilisé pour établir l’exégèse numérique de la Bible, puis a été modifié dans le temps à mesure qu’il se transmettait à des langues toujours différentes. Mais en gros, c’est resté tel quel. Le premier ouvrage faisant intervenir réellement l’ordre alphabétique est la Souda, rédigée à Byzance autour du X° siècle. L’ordre n’est pas rigoureux, mais rappelle le nôtre. Mais c’est à partir du XV° que l’on enseigne à l’élite le classement alphabétique, alors même que l’Académie française, quand elle publie son premier dictionnaire en 1694, privilégie un classement thématique. C’est finalement l’Encyclopédie de Diderot qui entérinera cet usage, qui remonte donc à la nuit des temps sans que personne ne sache vraiment pourquoi il en a été décidé ainsi.

2. Pourquoi dort-on, exactement ?

En fait, on sait très bien ce qu’il se passe quand un être vivant ne dort pas. Il déconne à pleins tubes. Et de nombreuses études en attestent. Mais on a beau avoir observé au scanner ce qu’il se passe dans l’esprit humain quand il dort, on ne parvient pas à établir avec certitude ce que le sommeil fait réellement au cerveau. D’un point de vue biologique, le sommeil est un genre de perte de temps dangereuse car elle nous rend vulnérable auprès des autres prédateurs, et toute théorie darwinienne aurait dû aboutir à sa disparition. Mais nous continuons pourtant à dormir, comme les dinosaures avant nous. On connaît les étapes du sommeil, mais on ne comprend pas ce que le sommeil fait sur le cerveau. La meilleure théorie voudrait que nous reproduisions ce que font les neurones qui passent pas des phases d’inactivité et que le sommeil permette à ces neurones d’accorder leurs violons en tombant tous en même temps en inactivité, et pas seulement certains. Mais c’est une théorie.

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3. Comment se fait-il que les placebos fonctionnent ?

Un médicament contient une molécule qui agit sur un mal. Ca, c’est logique. En revanche, comment se fait-il qu’on convainquant un patient qu’il prend une molécule qui va lutter contre son mal alors même qu’il ne prend aucune molécule, celui-ci puisse guérir ? Et on ne parle pas d’un rhume. Cela signifie en sous-texte que l’esprit humain serait capable par sa seule force de conviction d’éliminer des maladies. Je veux bien, mais allez dire ça à quelqu’un en phase terminale. Et ça marche : chaque nouveau médicament doit prouver qu’il est plus efficace qu’un placebo pour être commercialisé.

Ce qui est marrant, c’est que les études empiriques prouvent que les placebos rouges fonctionnent mieux que les placebos blancs, preuve qu’en réalité le fonctionnement d’un placebo est simplement lié à la perception que s’en fait l’esprit humain. Mais on n’en comprend pas la raison réelle. On la constate, c’est tout.

4. Pourquoi marche-t-on en rond quand on est perdu ?

Si vous vous aveuglez et que vous marchez dans un parc, il y a toutes les chances pour que vous n’arriviez pas à marcher droit. Et il y a même toutes les chances pour que vous reveniez à votre point de départ après quelques minutes de randonnée, parce que l’humain tend à marcher en rond quand il est désorienté. Cet effet, largement utilisé par le cinéma quand il s’agit de présenter le calvaire de personnes perdues dans la forêt, n’a aucune explication scientifique, et ce n’est pas faute, pour la communauté scientifique, d’avoir cherché à l’expliquer. De nombreuses études ont été menées pour essayer de comprendre les mécanismes neurobiologiques qui nous poussaient à tourner en rond. Tout ce qu’on en a conclu, c’est que plus il fait noir et plus on est désorienté, plus on tourne en rond. Merci. Si quelqu’un a une explication, qu’il n’hésite pas.

5. Pourquoi y'a-t-il aussi peu de gauchers ?

Désormais, on comprend un peu mieux pourquoi l’on est droitier ou gaucher. On s’est même rendu compte, après des siècles d’erreur, que les animaux aussi pouvaient avoir une prédominance latérale. En gros, c’est une question génétique : il existe un lien fort et mis en avant par des chercheurs d’Oxford entre certains gènes dont l’action intervient à l’état embryonnaire et la latéralité qui sera plus tard la nôtre.

Cool. Mais pourquoi n’existe-t-il, dans ce cas, que 15% de gauchers ? Et pourquoi ce chiffre reste-t-il plus ou moins stable à travers l’espace et à travers le temps ? Aucune putain d’idée.

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6. Comment un vélo peut-il rouler sans conducteur ?

Le vélo, c’est un truc bizarre : à l’arrêt, ça tombe, mais quand ça prend de la vitesse, ça tient tout droit. Et plus la vitesse est grande, plus la stabilité l’est aussi. Une foule de mécanismes physiques entrent en ligne de compte, dont l’effet gyroscopique, qui entre en ligne de compte aussitôt que le vélo n’a plus de conducteur. C’est le même effet qui assure la stabilité d’une toupie en rotation, dont on sait qu’elle ne s’arrête qu’en raison des frottements de l’air. Sauf qu’en plus de cet effet, deux autres forces entrent en ligne de compte dont l’explication n’est jamais entièrement satisfaisante, soit parce qu’elles ne fonctionnent que lorsque le conducteur est absent, soit parce qu’elles ne fonctionnent, à l’inverse, qu’en présence d’un conducteur. En bref, on peut isoler des mécanismes qui expliquent pourquoi un vélo marche, mais on ne peut pas penser l’ensemble de ces mécanismes pour essayer de décrire un effet bicyclette.

7. Pourquoi baille-t-on ?

Ok, tous les animaux baillent. Et le baillement a même une fonction sociale, puisque nous baillons aussitôt que nous voyons quelqu’un bailler, à condition que nous ne soyons pas des psychopathes fous. Des milliers de théories se sont bousculées pour expliquer la fonction physiologique du bâillement, depuis Hippocrate, qui pensait qu’il s’agissait pour l’être vivant d’évacuer un air malsain, jusqu’à aujourd’hui, où la théorie dominante est qu’il s’agit d’évacuer du CO2 pour le remplacer par du dioxygène bien frais et ainsi donner un coup de fouet à nos organes.

Sauf que, d’un point de vue empirique, le niveau de dioxygène ne change pas dans le cerveau quand nous baillons. Dès lors, pourquoi baille-t-on quand on est fatigué ? On sait pas. On ne sait vraiment, vraiment pas.

8. Qu'est-ce que la matière noire ?

Qui n’est pas la même chose que l’énergie noire. La matière noire, c’est une matière dont on ne sait pas vraiment, pour commencer, si elle existe. Il s’agit d’une constante inventée par les physiciens des années 1930 pour essayer de combler les trous dans l’inexplicable fonctionnement de l’univers. Parfois, on observe des planètes en orbite autour de rien. Ce n’est pas logique, donc on pense qu’en fait de ce rien, il existe quelque chose, et on appelle ce quelque chose la matière noire. Mais on ne sait pas ce que c’est. Ce qui est probable, c’est que cette matière est constituée de molécules dont on ne sait rien. Merci pour l’information.

9. Existe-t-il d'autres dimensions ?

Faisons simple : en maths ou en physique, une dimension correspond à une direction indépendante dans laquelle on peut aller. Sur un plan en 2D, on peut aller vers la verticale et vers l’horizontale. En 3D, on ajoute la profondeur. Sauf que la théorie des cordes estime que nous ne vivons pas dans un monde en 3 dimensions, mais en plusieurs dizaines de dimensions. Où sont-elles et pourquoi ne les percevons-nous pas ? Pire, certains scientifiques pensent que l’univers est la projection en 3D d’une réalité en 2D. Et que nous vivons conséquemment dans une illusion. Compliqué.

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10. Comment définir le temps ?

Le temps est à la fois une réalité physique et une convention. Une constante physique dont on essaie de comprendre le mécanisme et dont on pense qu’il est étroitement lié à celui de l’espace, mais sans comprendre tout à fait les liens. Et une convention qui permet de ne pas rater sa séance de ciné. Une convention qui semble aller dans un seul sens, vers l’avant, de manière inéluctable puisque le passé est passé et le futur pas encore tangible. Sauf que d’un point de vue mathématique, si l’on subdivise à l’infini une seconde, celle-ci est bien infinie et donc éternelle, et pourtant elle passe et est donc finie. On se comprend sur le paradoxe ? Si on ajoute à ça la relativité, on fait un AVC tellement on ne comprend rien.

Ce que je sais, c’est que je ne sais rien.

Source : Listverse, Sur les épaules de Darwin