Crédits photo (creative commons) : Cyril Plapied

On connaîtra dès ce lundi le nom de l'athlète qui sera désigné "porte-drapeau" de la délégation française pour les Jeux Olympiques de Londres. Cette désignation semble anecdotique, mais entre deux scrutins électoraux majeurs pour notre pays, la "campagne" des prétendants se voit gratifié d'un petit suspens qui constituera put-être l'un des moments les plus excitants des Jeux 2012. Car il ne suffit pas d'avoir deux bras pour porter un drapeau, certaines qualités semblent exigées pour ce CDD non reconductible.

  1. Être français
    Il y a eu en France depuis les derniers JO un curieux débat sur l'identité nationale. Les tisons semblent désormais éteints, mais il paraît prématuré de mettre en tête de file un athlète fraichement naturalisé, sans trop de complications administratives. Que notre pays accueille les gens de bonne volonté du monde entier, d'accord, qu'elle se serve dans les effectifs étrangers pour gagner des médailles en heptathlon ou en badminton, c'est déjà moins glorieux. Eunice Barber n'a jamais eu cet honneur, Hongyan Pi ne devrait pas non plus être dans la short-list.
  2. Avoir une "identité olympique"
    Deux manières de comprendre ce pré-requis : 1) avoir fait dans le passé une moisson de médailles, ce qui réduit drastiquement la liste des prétendants, ou 2) pratiquer une discipline dont on parle une fois tous les 4 ans tant le grand public s'en fout. Dans ce dernier cas, on peut considérer que Franck Dumoulin (tir), Julien Absalon (VTT) et Laura Flessel (Escrime) sont bien positionnés.
  3. Pratiquer un sport insuffisamment mis à l'honneur
    Désigné en 2004, Jackson Richardson pourrait, bien malgré lui, empêcher Nicola Karabatic de représenter notre délégation cette année. En revanche, ça fait un moment qu'on a pas confié le drapeau à un cycliste (1976) ou à un basketteur (jamais, carrément).
  4. Nourrir des ambitions politiques
    "Porte-Drapeau", c'est encore plus prestigieux que "Délégué de classe". Pour faire un bon capitaine de délégation, il faut un certain sens des responsabilités et de l'intérêt commun. Jean-François Lamour et David Douillet ont connu le parcours "Porte-Drapeau - Ministre". Le marcheur de gauche Yohann Diniz étant en petite forme, l'engagement associatif de Flessel pourrait peser.
  5. Avoir une vraie chance de médaille
    Sans vouloir être tatillon, quitte à compter sur un leader qui montre la voie à tout un pays, autant choisir quelqu'un qui n'attend pas un miracle pour faire un podium. Les porte-drapeaux qui expliquent que "l'important, c'est de participer" c'est bien joli, mais ça ne suffit plus. Christophe Lemaître, ce ne sera pas pour ce coup-ci.
  6. Véhiculer les valeurs de l'olympisme
    L'amateurisme par exemple. On ne peut pas en vouloir à Tony Parker de très bien gagner sa vie, mais dans le contexte un peu vieille école des JO, un sportif pro dans l'un des sports US les plus bling-bling de la planète, c'est délicat. Si Tony était postier ou agent de mairie à Villeurbanne à côté, on dirait pourquoi pas. Mais ce n'est pas le cas.
  7. Participer aux Jeux
    C'est tout con, mais ça compte. Alain Bernard compte peut-être faire un peu d'exercice en portant le drapeau en attendant de participer au seul relais 4x100 mètres, mais il y a des chances qu'on choisisse quelqu'un qui passera un peu moins de temps en claquettes au cours de ces olympiades.
  8. Être polyvalent
    Pérec brillante sur 100, 200 et 400 mètres, Estanguet qui se spécialise dans le « Sport, Management et Stratégies d'entreprise », c'est toujours appréciable d'avoir des représentants qui voient un peu plus loin que la répétition d'un seul geste. Mais le prochain porte-drapeau n'arrivera de toute façon pas à la cheville du premier de la dynastie, Raoul Paoli, lanceur de poids, de disque, joueur de rugby, champion d'aviron et boxeur entre autres spécialités.
  9. Avoir un casier vierge
    Et là, ça se corse. Laura Flessel a écopé il y a dix ans de trois mois de suspension à la suite d'un test positif à la Nicéthamide, Alain Bernard s'est fait retiré un record du monde à cause d'une combinaison non-homologuée et Tony Parker a sorti un album de rap et incarne Parkertonix dans l'affligeant Astérix aux Jeux Olympiques. L'exemplarité est une denrée rare dans le sport de haut niveau.
  10. Des bras costauds
    C'est que c'est lourd ces drapeaux... On n'a rien contre les champions de tir au pistolet à 10m ou les légendes du 50km marche, mais on préférerait un lanceur de javelot ou un haltérophile. C'est long un tour de piste, et un accident est si vite arrivé.

Et vous, d'autres raisons de ne pas être porte-drapeaux ?