Depuis sa naissance en 1955, la Coupe d'Europe a apporté aux clubs français son lot de tôles (et il y en a...) mais aussi quelques fantastiques qualifications. Entendons-nous bien : on ne prend en compte que les matches où l'accession au tour suivant est en jeu et l'équipe sur la pelouse est maîtresse de son destin. Le récent 7-1 de Lyon à Zagreb, qui ne compte que grâce à la défaite de l'Ajax, est donc hors catégorie. Voici donc les 10 qualifs tricolores les plus fameuses de l'histoire :

  1. PSG – Real, quarts de finale de C3 1992-93 (1-3, 4-1) : La plus belle. C'est l'époque Canal-Denisot, la génération Lama-Ricardo-Ginola-Weah qui fait peur à n'importe qui en Europe, même au Real. À l'aller à Bernabeu, Paris n'a pas enlevé le frein à main (3-1) mais le but à l'extérieur permet d'espérer. Le Parc est chaud comme jamais au retour. Une tête de Weah, un tir de Ginola à dix minutes de la fin, ils y sont. Un troisième de Valdo (89ème), ils y sont vraiment. Quoique... 90ème + 2, Zamorano glisse un pointu dans le but de Lama ! Prolongations ? Non ! 90ème + 6, Kombouaré s'élève sur un dernier coup franc et plante une tête de légende. Comment dit-on "touche pas au symbole" en qatari ?
  2. Metz – Barcelone, premier tour de C2 1984-85 (2-4, 4-1) : La plus invraisemblable. Le Barça de Schuster, Migueli, Caldere, Carrasco, du lourd de chez lourd, face aux petits grenats de... euh... Sonor, Bernad, Hinschberger et autres bons pros de D1. À Saint-Symphorien, la classe parle, 4-2 pour les Blaugrana. C'est plié d'avance, pensez-vous : la télé ne se déplace même pas pour le retour, le Barça aligne une grosse équipe B et le Camp Nou est aux trois quarts vide. 33ème, Carrasco marque pour le Barça, on s'en va ? Oui, mais non : un csc et deux buts de Kurbos en vingt minutes, 1-3, la Catalogne entière tremble dans ses braies. Vont-ils le faire ? Eh oui, avec le coup du chapeau pour Kurbos à cinq minutes de la fin. 90 minutes d'état de grâce pour une équipe d'anonymes, c'est comme ça qu'on écrit la légende.
  3. Saint-Étienne – Hajduk Split, deuxième tour de C1 1974-75 (1-4, 5-1 a.p.) : La plus prometteuse. Aucune phase finale pour les Bleus depuis 1966, aucun quart de finale européen depuis 1968, le foot français est au fond du trou. Dans ce contexte, voir Sainté prendre 4-1 à l'aller à Split ne surprend personne. 1-1 au retour après 50 minutes, qui c'est qui y croit ? Évidemment, les Verts ! Une tête de Bathenay, un penalty de Bereta, une mine de Triantafilos : prolongation. Un nouveau missile de Triantafilos, 5-1 et la face entière du football français est changée. La suite, c'est une place en demie puis les fameux poteaux carrés en finale l'année suivante... La route de tous les titres français à venir a commencé ce soir-là.
  4. Hambourg – Saint-Étienne, 3ème tour de C3 1980-81 (0-5, 0-1) : La plus Star Wars. Tu vois le Real ? Tu vois le Milan ? Et ben Hambourg, en 1980, c'est pareil : une C2 en 77, finaliste sortant de la C1, la moitié de la RFA championne d'Europe dans l'effectif et une arme fatale, le duo Kaltz-Hrubesch. À l'aller à Hambourg, la Force est avec les Verts, Robert Herbin balance la bombe défensive Johnny Rep (si, si) dans le couloir de Kaltz et l'Étoile Noire implose : cinq contres, 5-0, plus un en pourboire au retour. Du jamais vu chez les Teutons, ni avant, ni après. L'empire contre-attaquera à Séville deux ans plus tard, mais ceci est un autre épisode...
  5. Bordeaux – Milan AC, quarts de finale de C3 1995-96 (0-2, 3-0) : La plus Stallone. À ma gauche, "Apollo" Milan, Baresi, Costacurta, Maldini, Desailly, Baggio, Weah et trois finales de C1 d'affilée. À ma droite, "Rocky" Bordeaux avec tout de même Liza, Duga, et un Zidane qui n'est pas encore Zizou. 0-2 après le premier round, les Girondins se fâchent et rentrent dans le tas. Un droit de Tholot, un gauche de Duga, un gros pain du même et le champion descend au tapis. Zizou, c'est toi qui as balancé « Yo ! Fabioooooooooooooooo ! » à Capello au coup de sifflet final ?
  6. Saint-Étienne – Dynamo Kiev, quarts de finale de C1 1975-76 (0-2, 3-0 a.p.) : La plus dure. Dynamo cette année-là, c'est le tenant de la C2 avec sa star Blokhine, Ballon d'Or en titre et 11 secondes au 100 mètres. À l'aller, Sainté ne voit pas le jour et seul un Curkovic d'anthologie limite la casse à 2-0. Le retour, quiconque l'a vu ne l'oubliera jamais : 0-0 à l'heure de jeu, la percée diabolique de Blokhine, Lopez qui sauve la baraque et lance les Revelli en contre pour marquer, Jean-Mimi qui met un coup franc-missile quatre minutes plus tard, Rocheteau enfin, l'Ange Vert à peine éclos, qui arrache la qualif au bout d'une prolongation de morts-vivants. Sur la route de la finale, ils ont vengé la Bérézina... enfin, presque.
  7. PSG – Steaua Bucarest, tour préliminaire de C1 1997-98 (0-3, 5-0) : La plus superflue. Jouer le Steaua en tout début de saison, ça n'est jamais facile. Perdre l'aller 3-2 sur le terrain, c'est pas bon. Se le voir alourdir à 3-0 sur tapis vert parce qu'on a aligné un joueur suspendu, c'est franchement le caca. 4% de chances de qualification d'après les stats, Canal fait les gros yeux, la recette de la phase de poules est en jeu. Alors on sort l'artillerie : un péno et une tête de Raï, un coup de patte de Simone, un plat du pied-sécurité de Maurice et voilà le travail, 4-0 à la mi-temps. Une dernière tête de Raï pour la route et c'est plié. Évidemment, si on avait vérifié les papiers à l'aller, ç'aurait été moins beau...
  8. Bordeaux – Hajduk Split, deuxième tour de C3 1982-83 (1-4, 4-0) : La plus remake. Claude Bez rêvait d'Europe pour ses Girondins version Jacquet-Giresse, il est servi. En face, mouahahaha, 8 ans qu'on préparait la revanche contre les Français. À Split, Bracci ouvre la marque puis c'est le déluge : 4-1 comme les Verts. Mais au retour, Giresse a mis l'habit de lumière. Un pointu de Rohr, un caramel du maître, 2-0 après 30 minutes, vont-ils le faire eux aussi ? 58ème, tir mou de Thouvenel, le gardien laisse filer entre ses bras ! 76ème, Giresse plante le 4-0, même pas besoin de prolongation. Aucune occasion yougoslave de tout le match. Regarde, papy Jean-Mimi, sans les mains !
  9. Saint-Étienne – PSV Eindhoven, deuxième tour de C3 1979-80 (0-2, 6-0) : La plus explosive. 0-2 à l'aller avec un arbitrage à sens unique, les Verts ont la haine. Dites bien aux Bataves que le S de FAMAS, c'est pour Saint-Étienne... La rafale tonne dans le Chaudron : 2ème minute, but de Larios, 4ème, but de Platini, 5ème, but de Santini. Le coup franc syndical pour Platoche à l'heure de jeu, deux buts de Roussey et Rep en fin de match et le PSV repart avec des trous partout. Pas de TV en cette lointaine époque mais Jacques Vendroux, grand pape du foot sur France Inter et qui en a pourtant vu d'autres, nous fait une extinction de voix sur ce coup-là.
  10. Lens – Lazio de Rome, troisième tour de C3 1977-78 (0-2, 6-0 a.p.) : La plus savoureuse. Remonter deux buts à des Italiens, même des seconds couteaux comme la Lazio, pas glop. Oui, mais les petits Lensois ont un coeur gros comme ça, leur public de légende, et l'infernal Didier Six. Un but de renard des surfaces, une mine de 30 mètres, prolongation. Un troisième à la Roberto Carlos, deux autres pour Djebaili, un pour Bousdira, jeu, set et match. Je ne dis pas que c'est pas injuste, je dis que ça soulage...
  11. Bonus: Bastia – Torino, troisième tour de C3 1977-78 (2-1, 3-2) : La plus froide. Partir pour Turin avec un seul but d'avance quand on ne s'appelle pas Barcelone ou Manchester United, c'est en général une sentence de mort. Seulement là, dans un Stadio Comunale aux allures de Sibérie, ce sont les Corses qui la jouent à l'italienne : une fusée de Lacuesta sur leur premier contre du match, deux raids solitaires de Krimau et ses immortels gants rouges, Weller qui sort le match de sa vie dans la cage bastiaise, et voilà. La première victoire d'un club français en Italie, rien que ça.

On en n'a pas oublié ?

Top écrit par ggg

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