La justice est censé être l’institution la plus équitable de toutes les institutions : un roc d’une solidité à toute épreuve dont la marche immuable garantit le respect des règles communes de la société. Mais parfois les enjeux incarnés par les procès dépassent la seule question de l’innocence ou de la culpabilité et la justice devient alors symbole d’un système que l’histoire bouscule. Et là c’est la merde.

1. Le procès OJ. Simpson (1995)

Le « procès du siècle » pour la plupart des observateurs. Le 12 juin 1994, l’ex-femme d’OJ. Simpson, Nicole, est retrouvée morte à son domicile aux côtés d’un jeune homme, Ronald Goldman, mort lui aussi. Ils ont tous les deux été presque décapités avec un couteau. Les enquêteurs trouvent un gant sur place et un autre dans le jardin de la maison d’OJ. On trouve également des traces de sang dans ce même jardin et, plus tard, dans la voiture de l’ancienne star de football américain. Les preuves à son encontre sont accablantes.

Mais lors d’un jugement interminable, les avocats de la défense vont parvenir à semer le doute dans la tête des jurés en faisant le procès d’une police américaine raciste plutôt que celui du double meurtre. Le charisme et la côte de popularité d’OJ Simpson feront le reste. Acquitté, l’ancienne star sera ensuite condamné au civil à indemniser les familles des victimes. En 2006, il signera un livre en forme de confession déguisée.

2. Le procès Sacco et Vanzetti (1920)

Révoltes sociales aux Etats-Unis dans les années 1920 : les attentats anarchistes se multiplient. Rafles gigantesques chez les anarchistes, les socialistes, les communistes. On parlera de Peur rouge dans les médias. C’est dans ce contexte que surviennent deux braquages en 1919 et 1920 au cours desquels deux personnes sont tuées dans une tentative de voler la paie des ouvriers de fabriques industrielles. Deux anarchistes italiens sont soupçonnés d’avoir perpétré lesdits crimes, mais ils prennent la fuite avec trois autres de leurs amis : des cinq fuyards, deux seront rattrapés. Ils s’appellent Sacco et Vanzetti.

Malgré l’absence de preuves formelles, les deux anarchistes sont condamnés à la peine capitale. Les recours s’accumulent ainsi que les prises de position de personnalités en faveur des deux prisonniers. Mais rien n’y fait, pas même les aveux publics d’un autre condamné à mort qui revendique les deux cambriolages. L’affaire n’est pas rouverte : Sacco et Vanzetti sont tués le 22 août 1927.

Ils ont été réhabilités 50 ans plus tard par le gouverneur du Massachusetts.

3. L'acquittement de George Zimmerman (2013)

George Zimmerman était membre d’une sorte de milice privée de quartier et faisait sa ronde lorsqu’il a abattu Trayvon Martin le 26 février 2012 d’une balle dans le torse. Auparavant, Zimmerman a appelé le commissariat pour signaler l’activité supposément suspecte du jeune noir : pourtant, l’enquête montrera que Martin ne faisait absolument rien de louche au moment de son assassinat. Mais Zimmerman n’est pas inculpé : il invoque la légitime défense et assure que le jeune homme l’a attaqué. La foule proteste et exige son arrestation, qui intervient quelques semaines plus tard. Lors du procès, le jury, exclusivement composé de femmes, prononce l’acquittement. L’indignation est immense et le mouvement Black Lives Matter est lancé.

4. Le premier procès de Robert Durst (2003)

Robert Durst sera peut-être un jour condamné pour les 3 meurtres qu’il a commis (et reconnus sans le vouloir aux toilettes en oubliant son micro-HF lors d’une interview). Durst a tué sa femme, un voisin et son amie d’enfance. Mais, issu d’une famille puissante, il est toujours parvenu à éviter les condamnations. Le meurtre de son voisin est particulièrement intéressant.

Alors que l’enquête sur la mort de sa femme allait être rouverte, Durst a fait le choix de fuir New York pour aller se réfugier au Texas où il a loué une maison sous une fausse identité en se déguisant en femme. Son voisin, Morris Black, qui avait sans doute fini par le reconnaître, est un jour porté disparu. On retrouve les morceaux de son cadavre démembré dans la baie de Galveston. Les soupçons se portent rapidement sur Durst, d’autant qu’on retrouve l’arme du crime chez lui. Sa défense, assurée par une troupe d’avocats véreux, est édifiante : il reconnaît avoir démembré son voisin, mais explique l’avoir fait dans un accès de panique, terrifié à l’idée d’être accusé de son meurtre. Car si c’est bien Durst qui a tiré sur Black, le millionnaire explique qu’il s’agit d’un meurtre accidentel, Black s’étant introduit chez lui en son absence et l’ayant menacé de le voler.

Au Texas, la loi ne condamne pas la légitime défense : Durst est accusé d’un meurtre qu’il reconnaît et reçoit un simple rappel à la loi pour le démembrement.

5. L'affaire Calas (1761)

En 1761, Jean Calas, commerçant protestant basé à Toulouse, est accusé d’avoir assassiné son fils pour l’empêcher de se convertir au catholicisme : celui-ci a en effet été retrouvé pendu. Calas reconnaît après enquête avoir essayé de camoufler le suicide de son fils pour éviter que Marc-Antoine (c’est le nom du mort), ne subisse le sort réservé aux suicidés. Mais il est rapidement poursuivi pour meurtre dans un fort contexte de guerre religieuse. Calas est finalement condamné à mort dans d’atroces souffrances en 1762.

Par la suite, Voltaire participera à l’exposition médiatique de l’affaire en essayant de réhabiliter Calas. Il l’obtiendra en 1765.

6. Le procès Arnaud (1941)

Connu pour son livre-phare, Le salaire de la peur, Georges Arnaud ne s’est pas toujours appelé Georges Arnaud. Henri Girard, de son vrai nom, était un viveur, un coureur, versant dans l’anarchisme et, peut-être dans la résistance. Son père, lui, n’était pas collabo – mais, haut-fonctionnaire, il continuait d’exercer pour le gouvernement de Vichy tout en finançant, selon certains dires, des organisations de résistance. Le 24 octobre 1941, le père et le fils se retrouvent dans leur grande maison d’Escoire, où se trouvent déjà la tante d’Henri Girard et une domestique. Le lendemain matin, le père, la tante et la domestique sont retrouvés morts, tués à la serpe : seul Henri Girard est indemne. Il donne l’alerte.

Seul témoin du crime (même s’il assure n’avoir rien entendu), Girard est naturellement suspecté puis arrêté même s’il clame son innocence. Bénéficiant d’un bon avocat et au vu des incohérences de l’instruction, Girard obtient son acquittement. Mais aujourd’hui encore, on ignore qui a fait le coup si ce n’est Girard.

7. L'arrestation de Rodney King (1992)

Suite à une poursuite en voiture, quatre policiers du LAPD arrêtent en 1991 Rodney King, un noir américain. Ils le font sortir de son véhicule avant de le passer à tabac sans aucune raison : mais les policiers sont filmés par un passant et les images captées par ce dernier font le tour du monde. Jugés, les policiers sont acquittés par un jury composé aux 3/4 de blancs. Ce jugement marque le début des émeutes de Los Angeles qui vont durer plusieurs semaines et faire plus de 2000 blessés et 50 morts. Ces émeutes ont durablement marqué les esprits et hanteront le procès Simpson, deux ans plus tard.

8. Sam Sheppard (1954)

Homonyme à deux p du cowboy, acteur et scénariste, Sam Sheppard était un médecin en vue qui, un certain soir de 1954, a eu le malheur, selon ses dires, de s’endormir devant la télé. Quelques heures plus tard, on retrouvait le cadavre de sa femme, Marilyn, couvert de sang dans le lit conjugal. Des objets ont été volés dans la maison. Sheppard raconte avoir été réveillé en pleine nuit par les cris de sa femme avant d’être assommé. Leur fils de 7 ans n’a pas été réveillé par l’incident et le chien n’a pas aboyé. Bref, tout ça ne tient pas de bout et Sheppard est condamné pour meurtre sans préméditation en 1954. Mais Sheppard a obtenu une réouverture du dossier en 1966 et, jugé à nouveau, il a été acquitté.

9. Le procès Sauvage (2012)

En 2012, Jacqueline Sauvage est condamnée à 10 ans d’emprisonnement pour le meurtre de Norbert Marot, son compagnon, coupable d’avoir commis des abus sexuels et des actes de violence répétées sur Jacqueline Sauvage et ses filles depuis plusieurs années. Un jour, Jacqueline Sauvage a craqué : elle a pris un fusil et a abattu son agresseur.

Le verdict fait grand bruit et attire le regard sur la violence domestique en France et sa relative impunité. Après plusieurs remous judiciaires, Jacqueline Sauvage obtient une grâce présidentielle totale en 2016 de la part de François Hollande. Cette décision divise profondément l’opinion publique.

10. Le procès Dreyfus (1894)

Juif + Alsacien = enfer sur terre à la fin du XIX°. Accusé de haute trahison fin 1894 pour avoir supposément vendu des informations aux Allemands, Dreyfus fera les frais de faux en écriture absolument grossiers. Aux travaux forcés, le capitaine ! Jusqu’à ce qu’une mobilisation publique menée par Emile Zola ne parvienne à rétablir la vérité. Douze ans plus tard, Dreyfus est enfin blanchi. Idéal avant la Première guerre mondiale !

Justice partout justice nulle part.