Crédits photo (creative commons) : Espen Faugstad

L'homme moderne a perdu sa capacité d'adaptation : la société a fait de lui un individu sur-assisté, incapable de faire évoluer ses repères quand il est sorti de son milieu naturel. A ce rythme là, c'est notre espèce entière qui est menacée : comment réussirons nous à évoluer face aux changements climatiques qui s'annoncent si nous ne sommes même pas capables de préserver notre honneur et notre virilité en milieu étranger ? C'est pour cette raison qu'existent les sports d'hiver : de temps en temps, il est essentiel d'aller se confronter à une réalité hostile. Mais rester fort et digne au ski, ça ne s'improvise pas : ça se prépare...

  1. Roder son estomac
    Un bon montagnard (surtout s'il est fromager ou charcutier) vous convaincra toujours qu'après une bonne journée de ski, le corps humain a besoin de faire le plein d'énergie. Et que, pour ce faire, l'idéal est de s'envoyer une quantité industrielle de fromage fondu. Tout le monde fait semblant d'y croire, même s'il semble évident qu'il s'agit d'une vaste entourloupe : la vérité, c'est plutôt que la seule solution pour éliminer une fondue, une tartiflette ou une raclette est de se dépenser toute la journée qui suit. Toujours est-il que votre frêle estomac d'habitant des plaines ne peut pas se transformer en machine en une nuit, il est indispensable de le faire monter en puissance : la raclette est une guerre psychologique, le premier qui craque est un faible. Alors faites donc fondre chaque matin tout ce qui s'apparente à un produit laitier dans votre réfrigérateur et avalez le le plus rapidement possible en l'arrosant généreusement de sel. Et augmentez les doses jusqu'à la date du départ.
  2. Préparer ses déplacements
    Les sports d'hiver, c'est la glisse, le style, la vitesse, la frime. Mais c'est aussi les longues minutes passées à se cailler les miches sur un télésiège asthmatique. Pas question de se faire prendre par surprise : vous devez impérativement habituer votre corps à ce changement soudain de moyen de locomotion sous peine de voir votre image d'homme indestructible en prendre un sacré coup. Rien de plus simple : il vous suffit d'aligner 4 chaises dans votre salon, de mettre la clim à fond, de vous asseoir sur l'une d'elles et de demander à un ami de vous balancer de la glace pilée à la gueule pendant 10 minutes. Si tout se passe bien, vous devriez atteindre un bon niveau de résistance en quelques séances.
  3. Travailler sa démarche
    Soyons réalistes : personne n'a encore réussi à adopter une démarche qualifiable de "cool" avec des chaussures de ski aux pieds. Avec votre allure de cosmonaute boiteux, vous êtes loin de ce qu'on peut qualifier de "mâle séduisant". Mais il s'agit d'être ambitieux : après tout, l'impossible n'est jamais qu'un possible n'ayant pas encore été accompli. Vous avez l'occasion de marquer l'Histoire : saisissez la ! Comment ? Très facile : il vous suffit d'accrocher un filet rempli de boules de pétanques à un élastique situé juste en dessous de chacun de vos genoux et de coller des planches en bois sous vos semelles. Voilà, vous avez quelques semaines pour travailler votre démarche grâce à ce simulateur artisanal on ne peut plus réaliste.
  4. Anticiper les changements thermo-hydriques
    A la ville, on boit du chocolat chaud et du vin frais (ou tout du moins "à température"). Et soudain, votre corps devrait être capable d'absorber du Cacolac et du vin chaud ? Attention, malheureux, vous risquez le choc thermique ! Mais pas de panique : chaque problème a sa solution : il vous suffit de laisser chaque matin votre bol de Nesquik refroidir un peu plus et de passer chaque soir votre bouteille de vin un peu plus longtemps au micro-ondes afin d'opérer une transition en douceur qui vous permettra de rentrer de plein pied dans vos vacances d'hiver.
  5. Connaître ses classiques
    Rien de pire que de se trouver à court de répartie dans une situation au potentiel comique supérieur à la moyenne : comme chacun sait, votre sex appeal est proportionnel à votre capacité à faire rire votre voisine de télésiège. La solution est pourtant simple et se résume en un mot : an-ti-ci-pa-tion. Passez vous donc "Les Bronzés font du ski" chaque nuit pendant votre sommeil : votre cerveau se muera peu à peu en une véritable machine de guerre capable de rebondir sur le moindre évènement imprévu (arrêt du télésiège, égarement en haute montagne, chaussures de ski trop serrées, etc...) afin d'en faire un franc moment de rigolade.
  6. Reprendre l'entraînement au Scrabble
    Est-ce l'air frais de la montagne qui monte à la tête du citadin ? Toujours est-il que l'altitude nous incite souvent à abandonner nos modes de résolution de conflit habituels (baston, concours de cul sec, bras de fer, partie de FIFA) et à adopter des postures d'intellectuels en lançant de vibrants "qui est partant pour un Scrabble/verveine ?". Oui mais derrière, il faut assumer : autant la verveine, c'est dégueu, mais ça ne nécessite pas une once d'intellect, autant le Scrabble... Alors au boulot, on travaille ses fondamentaux et on s'envoie les chapitres K, Q, W, X, Y et Z du dictionnaire tous les soirs avant de s'endormir ! Si vous ne le faites pas, sachez que les autres, eux, arriveront prêts...
  7. S'habituer aux contraintes vestimentaires
    Quoi de plus difficile que d'aller soulager un besoin naturel après avoir englouti une Francfort-frites au resto d'altitude ? La descente des escaliers (souvent aussi glissants qu'une peau d'adolescent), les déambulations dans les couloirs, le déshabillage, le rhabillage, le lavage de main : c'est un véritable parcours du combattant que le skieur doit affronter. Mais rien que quelques semaines d'entraînement ne sauraient compenser : enfilez tous les vêtements de votre garde-robe, glissez vos tibias dans des troncs d'arbre évidés, arrosez votre carrelage d'eau savonneuse et chronométrez votre passage aux toilettes. Progrès rapides garantis.
  8. Repasser son cerveau en mode "orientation chromatologique"
    En bon mâle dominant, on attendra de vous que vous preniez en charge l'orientation du groupe. Hélas, vos codes vont se retrouver totalement chamboulés. En effet, toutes les municipalités du Monde ont, depuis bien longtemps, adopté le même système simplissime pour aider leurs administrés à se repérer dans la jungle urbaine : un numéro, une indication claire sur le type d'artère en présence (rue, avenue, boulevard) et un nom de personnage célèbre, de ville ou de bataille facile à retenir. Et puis viennent les petits malins des alpages qui, au dépend de toute convention internationale, ont décidé d'inventer leur propre système : des couleurs (vert, bleu, rouge, noir), des noms ridicules (marmotte, frite, chamois roux) et pour tout plan un vague dessin de fils emmêlés, probablement l'oeuvre d'un enfant de 4 ans sous acide. Alors on fait comment ? Du travail, encore du travail, toujours du travail : habituez vous à ne plus vous orienter grâce aux panneaux et aux rues mais par rapport à la nature, votre vision géospaciale s'en verra grandement enrichie. "La Poste ? Troisième pigeon à droite. De rien !"
  9. Chambouler ses repères éthyliques
    En plaine, les alcools de bonhomme adoptent des couleurs nobles. Blanc, ambré, doré, tourbé : nos gosiers et nos coudes savent appréhender ces teintes que chacun s'escrimera à décrire de façon plus précise et romancée que son voisin afin d'étaler sa science et son expérience. Mais à la montagne, les compteurs sont soudainement remis à zéro : toutes les gnôles sont vertes. Comment faire pour rester crédible quand vous vous retrouvez à devoir décrire la robe de ce Génépi alors que vous ne connaissez qu'une seule manière de dire "vert" en français ? Élémentaire : feignez le daltonisme. Attention, pour que votre jeu d'acteur soit parfait, il vous faudra plusieurs semaines d'entraînement au cours desquelles vous vous appliquerez à brûler un maximum de feux rouges : armé de cette pile d'amendes évidemment dues à votre incapacité à distinguer le rouge du vert, personne n'osera remettre votre bonne foi en question.
  10. Augmenter ses capacités de préhension
    Rien de plus mal foutu qu'une paire de ski quand il s'agit de la transporter du bas des pistes jusqu'au chalet après une journée épuisante. L'homme moyen changera ainsi de position environ 8 fois au cours de son trajet, ne se fixant sur aucune d'entre elle pour des raisons diverses (sciage d'épaule, désaccouplement des skis, perte d'équilibre, etc...). Malheureusement, le port des skis est un minimum pour le mâle dominant : la plupart du temps, il se retrouvera même à devoir porter ceux de sa compagne parce que celle-ci aura croisé un congénère zélé, chargé des planches de sa moitié, et lui aura sorti le couplet du "lui au moins, il est galant". Et l'affaire se complique le jour où notre cobaye décidé de s'offrir une progéniture. La seule solution : accrocher ses doigts à des cordelettes elles-mêmes fixées à un mur et se laisser tomber en arrière pendant 5 minutes tous les matins afin de gagner plusieurs centimètres au niveau des phalanges. Votre capacité de préhension s'en trouvera étendue, vous offrant la possibilité de porter jusqu'à 6 paires de ski à la fois. En voilà un homme, un vrai !

Et vous, hommes des cavernes, quel est votre programme d'entraînement ?