« Grève générale ! » crient les profs ou les syndicats du privé. « Grève générale ! » répondent les étudiants. « Trop cool on fait la grève ! » s’empressent d’ajouter les lycéens trop heureux de pouvoir échapper à l’enfer des cours de 8 à 17 tous les jours alors qu’ils entrevoient enfin le bout de l’ennui. Alors on faisait la grève, sans se souvenir vraiment des raisons pour laquelle on la faisait, sans pour autant les renier aujourd’hui, ces raisons.

1. Le moment où t'avais vachement envie d'être engagé le jour du contrôle de SVT

Tu sais pas pourquoi, mais ce jour-là, t’avais vraiment vraiment envie d’être dehors à faire grève et pas du tout du tout du tout envie d’être en contrôle de SVT parce que bordel tes droits c’était quand même autrement plus important que la composition de l’ADN, non ? NON ? Et puis surtout t’avais pas révisé.

2. Les profs qui t'encourageaient à la grève

Après, tu les croisais à la manif et t’avais trop l’impression d’être adulte. Genre t’étais plus leur élève, vous étiez deux manifestants qui se croisaient et se faisaient des clins d’oeil, enfin toi tu osais pas pour les clins d’oeil et le prof il était avec sa famille et t’évitait très clairement, mais vous vous compreniez sans un regard.

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3. Ce moment où tu bloquais ton lycée avec des poubelles

Le truc le plus nul pour bloquer un lycée. Des poubelles vertes. Tu les récupérais dans la vie et les concierges te gueulaient dessus. Je peux te dire que si en 1848 il y avait eu des poubelles pour faire des barricades, ça aurait tourné court, pareil pour la Commune et 68 n’en parlons pas. Mais sur le moment ça semblait une bonne idée.

4. Le moment où tu te rendais compte que t'avais pas même lu la loi contre laquelle tu faisais grève

Mais si ! Mais le problème avec la réforme Fillon c’est que… Enfin le problème avec la constitution européenne c’est que… Enfin tu vois, quoi, en fait, tu vois, le problème c’est que je suis pas d’accord pour ça, parce que y’a contrôle de SVT en plus aujourd’hui.

5. Quand tu apprenais par cœur les slogans

« Fillon, si tu savais, ta réforme, ta réforme, Fillon, si tu savais, ta réforme où on se la met… Aucu… Aucu… Aucune hésitation : non non non à la réforme Fillon, oui oui oui, à notre éducation ! »

15 ans plus tard tu te rends compte que c’était quand même vraiment vraiment vraiment nul.

6. Quand des profs te disaient que t'aurais pas le bac parce que tu faisais grève

Parce que les profs, enfin ceux qui faisaient pas grève, ça les saoulait que tu fasses grève, parce qu’il y avait personne à leur cours et qu’après ils prenaient du retard sur le programme et qu’ils brandissaient l’argument super terrifiant oulala j’ai peur du bac pour essayer de te dissuader de tirer au flanc comme tu entendais le faire. Le bon temps.

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7. Quand un prof était pas là à cause de la grève et que tu pouvais rentrer chez toi plus tôt

Une sorte de bonne surprise ; tu n’avais pas à te peler au dehors pour éviter d’avoir cours. Quand cette configuration tombait un jour de contrôle, on était dans la prise maximale de puntos : plus qu’à aller boire un chocolat chaud chez toi, parce que t’étais encore petit, quand même.

8. Quand il y avait une AG nulle dans le préau

Et qu’on applaudissait pas, et qu’il fallait s’écouter et que personne n’avait de truc intéressant à dire, et que la FIDL essayait de recruter à tour de bras, et que c’était super triste mais que tu y allais quand même parce que c’était les gens cool qui y allaient et que tu avais envie d’être cool. D’ailleurs…

9. Quand tu allais faire la grève uniquement pour draguer la fille dont les parents étaient trotskistes

D’ailleurs y’avait Christina qui était trop belle et qu’en plus ses parents avaient fait 68 et qu’elle était de tous les mouvements et du coup elle était tout le temps fourrée en AG de toute façon plus tard elle serait comédienne et toi tu voulais absolument lui faire des bisous et du coup tu la suivais partout parce que t’osais pas quand même lui demander, pour les bisous, alors t’as eu une période trotskiste essentiellement motivée par l’envie qu’on t’aime.

10. Quand de manière générale rien n'avait d'importance

Aller en cours ou ne pas y aller ? Pas d’importance. Rien qui change sur la grille de salaire, rien. Au pire un petit savon des parents, rien de plus. La vie devant soi et de l’espoir encore. Les premiers jours de juin ou l’hiver qui annonçait déjà les premiers jours de juin, Christina qui marchait, la possibilité qu’il se passe quelque chose, la fin d’un cycle trop normé, celui de l’école, l’inconnu au devant, mais l’espoir surtout. On en est loin.

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Dans la vie on vit et à la fin on grève.