L’histoire est une affaire de héros. Napoléon, de Gaulle, Churchill, on ne parle que de gens conquérants, brillants, regard fier et voix qui porte. Mais à bien y regarder, c’est quand même vachement plus intéressant et diversifié d’étudier le parcours d’authentiques malchanceux, pris pour des cons toute leur vie, que de s’entendre une nouvelle fois chanter la geste héroïque d’un connard sur son cheval. Enfin, moi, je trouve.

1. Le capitaine Dreyfus

Le type était là et en plus il était juif et en plus il était Alsacien. Voilà en gros les chefs d’accusation contre Dreyfus, accusé de haute trahison en 1894 pour avoir livré des documents aux Allemands. Hop : travaux forcés à vie. On se rendra compte plus tard que les preuves avancées pour convaincre de la criminalité de Dreyfus étaient des faux grossiers, mais Dreyfus attendra tout de même 12 ans pour être officiellement blanchi. 12 ans : pile à temps pour participer à la Première Guerre mondiale. La chance.

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2. Michel Rocard

En 1988, Mitterrand a besoin d’un nouveau jouet. Alors il nomme Michel Rocard Premier ministre, histoire de le détruire petit à petit. Rocard, lui, n’avait rien demandé, à part gouverner. Après l’avoir bien usé, Mitterrand lui demande de démissionner en 1991, l’humiliant en nommant Edith Cresson, relativement inexpérimentée, à sa place. Ensuite, il soutient Tapie aux élections européennes de 1994 pour s’assurer que la liste conduite au niveau national par Rocard se plante. En 1996, Mitterrand peut mourir tranquille, Rocard ne sera jamais Président de la République. Et maintenant, Cahuzac l’accuse à titre posthume d’avoir financé ses campagnes illégalement.

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3. Un astrologue anonyme

L’histoire est racontée par Jean de Vitry en 1240. Un roi consulta un astrologue. Celui-ci lui prédit une mort dans l’année. Forcément, le roi était chafouin. Il en parla à son pote le chevalier, qui voulut lui prouver que l’astrologue pouvait se planter. Le chevalier convoqua l’astrologue devant le roi et lui demanda combien de temps il comptait encore vivre. L’astrologue consulta ses astres et répondit qu’il pensait encore vivre 20 ans. Le chevalier le tua. Fin de l’histoire de l’astrologue et preuve que l’astrologie c’est pas fiable fiable.

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4. Luis de Torres

Comme il pensait partir pour les Indes, Christophe Colomb s’attacha les services de Luis de Torres, un interprète connu pour sa maîtrise des langues orientales. Torres, déjà assez miraculé après avoir dû se convertir au catholicisme en toute hâte à l’heure où les Juifs d’Espagne étaient expulsés, se tapa la traversée de l’Atlantique et accosta à Cuba. On peut mettre en doute l’utilité de sa connaissance des langues orientales avec les Amérindiens, mais passons. Toujours est-il que quand Christophe Colomb repartit, il laissa Torres sur place. Et Torres se fit massacrer la gueule par les Indiens en représailles au rapt de femmes indiennes. Pas de bol, pas de bol.

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5. Jacques Coeur

Jacques Cœur est un genre de self-made man du XV° siècle. Petit bourgeois, il se bâtit une fortune immense grâce au commerce avec l’Asie et devient Grand Argentier du royaume de France. Grâce à cet argent, il aide Charles VII à reconquérir les parties du territoire français occupées par l’armée anglaise. Le mec est blindax et tout le monde lui doit de l’argent. Plutôt que de payer, les débiteurs préfèrent l’accuser de tous les maux du monde. Parmi eux, le roi. En 1451, il est emprisonné. En 1456, il est banni. Ensuite, il meurt.

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6. Le duc d'Enghien

En 1803, Napoléon a besoin de consolider son pouvoir. Il n’est pas encore empereur. Ce qui serait pas mal, ce serait de bien bien calmer les royalistes. Dans le même temps, Talleyrand, conseiller du pouvoir maître ès-retournage de veste, veut renforcer sa position auprès de Bonaparte qui lui fait pas trop trop confiance rapport au fait qu’il a été royaliste, républicain, royaliste, républicain, roya… à se demander comment il s’en est tiré. Du coup, Talleyrand profite d’une tentative d’attentat contre Bonaparte pour décider de l’arrestation du duc d’Enghien, un pauvre mec qui a rien demandé à personne, accusé de préparer un coup d’Etat royaliste. On le flingue après un simulacre de jugement. La manœuvre avait pour but de convaincre les Républicains durs de faire confiance à Bonaparte, qui préparait son sacre impérial.

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7. Al Gore

T’as gagné mais t’as perdu. Ouioui, il y a eu des irrégularités, mais t’as gagné mais t’as perdu. Ouioui, tu avais plus de voix que George Bush aux élections américaines en 2000, donc t’as gagné, mais elles étaient moins bien réparties, donc t’as perdu. En même temps, t’aurais pas aimé le gérer, hein, le 11 septembre ? T’étais bien content que ce soit Simplet qui s’en occupe ? T’as gagné, va. Mais t’as perdu.

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8. Jacques Cartier

Jacques Cartier, c’est Michel Pas de bol. Il découvre le Canada en 1534, puis devient poteau avec un chef iroquien appelé Donnacona, qui espère faire du commerce avec l’Europe puisque apparemment l’Europe existe. Pour crâner, Cartier ramène Donnacona en France afin qu’il rencontre François Premier. Là, Donnaconna sort le grand jeu : il parle de montagnes d’or et de rivières de diamants, près de Québec. François Premier n’hésite pas longtemps et finance une troisième expédition. Cartier découvre l’or et les diamants. Il est l’homme le plus riche du monde. C’est la fiesta sur le bateau du retour. Puis Cartier fait analyser ses diamants et son or et il s’agit de quartz et de cuivre. En fait, Jacques Cartier est maxi pauvre. Il s’est fait berner parce que ça brillait. On se fout de sa gueule. On invente l’expression « faux comme des diamants du Canada », équivalent de l’époque du « faux comme les seins de Kim Kardashian ».

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9. Jean Calas

Jean Calas est un marchand toulousain. Un soir que tout le monde dîne à table, son fils se suicide. Dans la France catholique du XVIII° siècle, le suicide est pas très bien vu. La famille détache le corps avant de prévenir les autorités et spécule auprès d’elles sur un crime de rôdeur. La famille a l’air maxi suspecte : en plus, Calas est protestant. Alors ça cancane : et que le fils voulait se convertir au catholicisme, et que c’est pour ça que Jean l’a tué. Calas est arrêté. En l’absence de preuves, on prend en compte les ouï-dire et les ragots au tribunal. En 1762, Calas est tout simplement condamné « à être rompu vif, à être exposé deux heures sur une roue, après quoi il sera étranglé et jeté sur un bûcher pour y être brûlé ». SYMPATOCHE. Voltaire prend fait et cause pour la mémoire du mort et, finalement, Calas est réhabilité en 1765. C’est cool, mais il est mort .

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10. Sacco et Vanzetti

En 1920 aux Etats-Unis, dans un contexte général de défiance envers le communisme, la police accuse deux anarchistes italiens sans casier judiciaire, Sacco et Vanzetti, d’avoir commis des braquages. Au terme de deux procès, Sacco et Vanzetti sont condamnés à mort, parce que des témoins l’affirment : les braqueurs avaient des moustaches, comme eux. Ils grillent sur la chaise électrique en 1927. Ils devront attendre 50 ans pour être réhabilités par le gouverneur du Massachusetts. Il aurait mieux valu pas avoir de moustache.

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La poisse, c’est avant tout une question de non-volonté. En se concentrant très fort et en prenant exprès un sale air, on peut réussir à se faire marcher dessus par tout le monde jusqu’à en décéder violemment. La chance, c’est autre chose, c’est inné.

Source : Les malchanceux de l’histoire de France

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