Moyen de promotion, alternative viable à un marché du disque en chute libre, le concert est un passage obligé pour tout musicien crédible. Alors on peut choisir de faire le boulot, de donner aux fans le minimum justifiant le prix du ticket d'entrée, ou profiter de cette aubaine pour donner la pleine mesure d'un morceau. Certains s'y sont essayés, et une poignée ont réussi. Et c'est souvent ces instants de communion presque mystique que l'on choisit de retenir de ces artistes qui ont fait de l'audience présente des privilégiés, des élus qui pourront vivre sereinement le reste de leur vie en disant "j'y étais".

  1. Joe Cocker - With a Little Help from my Friend (Woodstock, 1969)
    Un concert en plein jour, face à un public aux trois quarts défoncé, avec une reprise des Beatles qui est loin d'être un tube des Fab Four. Voilà les armes dont dispose le jeune Joe, tout en rouflaquettes et en Tshirt dégueulasse, quand il se présente à Woodstock en 1969. On ne saura jamais quelle autre chanson il a chanté tant son interprétation aura transcendé bien plus que le rock. Une performance de possédé qui aurait sans doute été refusée au casting de la Nouvelle Star, "Bon, Joe... je ne suis pas sûr de rentrer dans ton univers, pour moi c'est non..."

  2. Jimi Hendrix - Wild Thing (Monterey, 1968)
    Il ne faut pas grand chose pour différencier un virtuose de la guitare d'un véritable sorcier. Après une reprise assez douteuse de ce morceau des Troggs, Jimi sort la recharge d'essence pour son Zippo, asperge sa strato et y met le feu, comme pour entrer en communication avec des divinités exigeant de saborder une guitare pour consentir à discuter. Après ce premier concert aux États-Unis, la carrière d'Hendrix est lancée.

  3. MC5 - Kick Out the Jams (Détroit, 1968)
    Premier album, un live. Je veux pas le savoir. Les gars de Detroit n'étaient pas du genre à se laisser emmerder et c'est un brûlot sans concession qui sort en cette année 1968 avec ce titre, Kick Out The Jams, qui sera repris par Rage Against The Machine, Henry Rollins, jeff Buckley ou Les Presidents of the United States of America. Oui, on peut parler de "classique".

  4. Bérurier Noir - Porcherie (Olympia, 1989)
    Plus le temps passe, plus "Viva Bertaga" prend de sens, concert suicidaire pour clore les années 80, une décennie marquée par l'agonie du punk, par SOS racisme et par l'entrée dans une ère dans laquelle les mouvements "alternatifs" avaient un peu moins de sens, les grunges s'apprêtant à devenir millionnaires et le hip-hop reprenant le flambeau de la contestation sociale. Aujourd'hui, des masques sur scène, c'est une démarche marketing. Pas en 1989, pas lorsqu'on s'approprie le temple de la chanson française, pas quand on est les Bérus.

  5. Queen - We are the Champions (Wembley, 1986)
    Queen atteint le sommet d'un truc : un hymne de stade, dans un stade mythique, avec toute la panoplie, moustache et torse nu... Ça pourrait être ridicule, c'est en fait le paroxysme d'une certaine idée du rock. Queen, c’était aussi, et surtout, cet excès en cet an de grâce 1986. Après Wembley, le rock est mort, et il a du renaître avec un peu plus de retenue.

  6. -M- - Mama Sam
    Il y a deux façons d'appréhender M, soit on l'aime, soit on ne l’aime pas, mais on reconnait qu'il est monstrueux en live. Cette extended version de "Mama Sam" ne surpasse pas l'originale, elle l'éclipse totalement.

  7. Nirvana - The Man Who Sold the World (New York, 1993)
    Pourquoi plus cette reprise de Bowie qu'un autre extrait de ce concert, sorti en catastrophe à l'annonce du décès de Kurt Cobain ? Parce que beaucoup de gens ont découvert l'existence de cette chanson par la voix de Cobain, parce que c'est cette intro lancinante qu'on entend lorsqu'on revoie le gilet en grosse laine du chanteur et qu'elle nous permet d'apprécier le jeu, tout en retenue, de Dave Grohl.

  8. Deep Purple - Child in Time (Londres, 1970)
    Avant que Made in Japan ne rentre dans la catégorie des lives monstrueux de l'Histoire du Rock, "Child in Time" est déjà un classique, grâce à une promo télé efficace. En témoigne cette prestation dans les locaux de la BBC, où le public semble piger qu'il se passe un truc assez dingue.

  9. The Rolling Stones - Sympathy for the Devil (Altamont, 1969)
    Concert tragique dans ce festival américain qui marquera, symboliquement, la fin du mouvement hippie. Si le drame de l'assassinat d'un adolescent, Meredith Hunter, apparemment revenu se faire justice avec une arme à feu, survient plus tard dans le concert, c'est bien au cours de cette interprétation de Sympathy for the Devil qu'éclate les premières bagarres entre un public défoncé et le service d'ordre assuré par des Hell's Angels particulièrement cons. Bande-son d'un sacrifice dévoilant le côté obscur du Love Power, ce titre met en transe la foule et ajoute à l'électricité ambiante. Bilan du festival, 4 morts, rideau sur les 60's.

  10. Jimi Hendrix - Villanova Junction (Woodstock, 1969)
    C'est un autre concert d'Hendrix, c'est une autre performance marquante de Woodstock. Au cours du même concert, Jimi entonne un Star Spangled Banner, une version hallucinante de Fire et ce morceau, un petit blues mineur sans prétention, qui offre au rock l'une de ses plus belle pièce de guitare, si ce n'est la plus belle, au terme d'un truc qui sera baptisé "Woodstock Improvisation" et qui n'aura été qu'une intro pour ce moment de grâce absolue.

  11. Téléphone - Cendrillon
    On ne sait pas où jouait Téléphone ce soir-là, mais ça n'avait pas l'air d'être la MJC de Rungis vu comment le public était au taquet...

  12. Bob Marley - No woman no cry
    En fait la version la plus connue de cette chanson c'est celle de votre voisin de tente au camping, celui qu'essaie d'emballer votre cousine avec sa gratte pourrie et son herbe de mauvaise qualité. Mais juste en dessous il y a la version live de Bob.

  13. ()bonus Jacque Brel - Amsterdam (Olympia, 1964)
    Bon, là, on triche un peu puisque Amsterdam est l'une des trois chansons de Brel qui n'aura existé qu'en live. La version la plus connue est celle enregistrée à l'Olympia en 1964 mais c'est bien cette interprétation, plus rapide, moins théâtrale, nous montrant un Brel habité et solennel, avec une poursuite pour seul éclairage, qui nous reste en mémoire.

Et vous, quelles performances vous ont marqué ?

Crédit photo : larskflem