C’est vrai que par rapport à ses prédécesseurs, le pape François passe pour un mec moderne, un souverain pontife ouvert, proche du peuple, drôle à l’occasion, loin des dorures, du protocole et des prises de position de Benoit XVII ou Jean-Paul II. Engagé contre les scandales financiers, ouvert sur la question du célibat des prêtres mais aussi sur des questions plus sensibles telles que l’accompagnement de l’Église vis-à-vis des personnes divorcées, des personnes homosexuelles ou des femmes ayant avorté. Tout cela est indéniable, mais ces signes d’ouverture ne doivent pas masquer d’autres sorties du Pape, d’autres discours pour le moins conservateurs et parfois à la limite du borderline.

1. Pour lui le préservatif est un moyen pour les pays riches d'influencer le style de vie et la morale des pays les plus pauvres.

Il appelle même ça « une colonisation intellectuelle ». Quand on sait la portée des propos du Pape en Afrique Noire, on peut se demander si le gentil François, chantre de l’ouverture et de la tolérance, n’est pas lui coupable de négligence vis-à-vis de ses ouailles qui meurent du SIDA.

2. Il a ajouté que l'Église était "perplexe" quant à l'usage du préservatif contre le SIDA

Selon lui le problème est « plus grand » et il y a « la malnutrition, l’esclavage dans le travail, le manque d’eau potable, le trafic d’armes… ». Alors oui François, c’est vrai qu’avoir une capote dans la poche ne vous aidera pas à trouver de l’eau potable, en revanche ça peut vous permettre d’éviter la contamination (et de contrôler les naissances, c’est vrai, et c’est ça qui doit sûrement vous grattouiller.)

3. Il considère que l'enseignement de la théorie du genre est une "colonisation idéologique"

C’est la dernière polémique en date qui a été le théâtre d’exagérations tant chez ses adversaires que ses alliés, il faut bien le reconnaître. Ici le problème n’est même pas de valider ou non la théorie du genre, mais plutôt de vérifier que le souverain pontife ne dit pas n’importe quoi. Malheureusement, François semble s’être légèrement emporté en parlant de « colonisation idéologique » par l’Éducation nationale française pour la simple et bonne raison qu’elle n’est pas présente dans les manuels. Du côté de la ministre de l’éducation et du SNUIpp, principal syndicat enseignant du primaire, on juge ses propos « rapides » et « infondés » en précisant ; « On explique aussi que si un garçon veut faire de la danse et une fille de la boxe, ce n’est pas un problème, et on rappelle à l’ordre en cas de propos homophobes ». Rien de bien choquant si ? La prochaine fois, un peu de fact checking ne ferait pas de mal François.

4. Il appelle au respect des homosexuels tout en estimant que le mariage gay est " le dessein du Démon"

Pas assez clair ? Alors on vous explique : Le mariage gay s’attaque selon lui à « l’identité et la survie de la famille : père, mère et enfants », il est « le dessein du Démon, responsable du péché en ce monde, qui cherche sournoisement à détruire l’image de Dieu : un homme, une femme, qui reçoivent le mandat de croître, de se multiplier, et de dominer la terre. » On part sur une belle ouverture d’esprit et un champ lexical pas du tout médiéval. LE DESSEIN. DU. DÉMON.

5. Son rôle sous la dictature argentine est assez flou

Nombreux sont ceux à avoir relevé l’appartenance de Benoit XVI aux jeunesses hitlériennes même si ce dernier, fils de parents anti-nazis, y avait été enrôlé de force et avait refusé de rejoindre la Waffen SS. Moins nombreux en revanche sont ceux qui évoquent le passé trouble du pape actuel qui, sous la dictature argentine des années 70 aurait collaboré avec le régime. Plusieurs témoins affirment qu’il n’a « non seulement pas lutté contre la dictature, mais qu’il aurait même contribué à l’enlèvement, la torture ou la disparition de nombreux prêtres et laïcs ». S’il a démenti plusieurs fois ces allégations, François n’a pas réussi à convaincre des enfants de victimes de la dictature et des militants des droits de l’homme qui manifestaient Place de mai le soir de son élection au cri de « Le pape complice ».

6. Il a jugé que la démission du Cardinal Barbarin "serait un contresens"

Une sortie légèrement maladroite quand on sait que le cardinal a été accusé de non dénonciation de pédophilie et d’agressions sexuelles sur mineurs dans son diocèse lyonnais et d’avoir ainsi sciemment couverts plusieurs prêtres criminels. Les associations de victimes ont logiquement été surprises que le souverain pontife, interrogé sur le sujet, parle du cardinal comme d’un homme « prudent, courageux, missionnaire » sans évoquer une seule fois l’aspect moral de l’affaire.

Parce que c’est toujours important d’équilibrer la balance, vous ne pensez pas ?