Un couple, c’est un contrat. Et un contrat, ça peut être rompu par l’une des parties. Ce qui peut aussi conduire au tribunal et à un paquet d’emmerdes. Mais un contrat, normalement, c’est solide ; à condition bien sûr de bien solidifier les acquis. Et pour bien solidifier les acquis d’un contrat, le mieux est encore de le mettre à l’épreuve. Si on prend une métaphore BTP, savoir qu’un chantier continue malgré une inondation, c’est toujours rassurant. Et si vous remplacez l’inondation par une journée chez Ikea, vous comprenez l’analogie.

1. Un dimanche chez Ikea

Le dimanche, à Bamako, c’est le jour des mariages, et ça on le sait ; en revanche, le dimanche à Ikea, c’est le jour des divorces. C’est en général lorsque l’on prend conscience qu’il reste encore 12 salles à parcourir depuis l’espace luminaires pour enfin pouvoir décider du canapé que l’on va choisir en s’engueulant sur le coloris (« non, vraiment taupe moi j’aime pas ») que la tension monte d’un cran. Et l’on ne sait plus, dans les noms d’oiseau échangés, ce qui relève du modèle (d’étagères) suédois ou de l’insulte. Si on survit à ça, on peut survivre à tout. Y compris à une indigestion de daims.

2. Des vacances sous la pluie à Niort

Les vacances de la dernière chance : dernièrement, tout battait de l’aile. Mais là, ce sera grand jeu : le meilleur hôtel, le meilleur resto. Alors pourquoi ce choix d’aller à Niort. Tout du long, l’autoroute trempée et les aquaplanings. Satisfaction de l’arrivée, hôtel ringard. Pluie battante et les rues de Niort. « On fait le tour des sièges mutualistes ? » Comme une odeur de pas envie d’être là. Si malgré tout le couple tient, c’est que ce couple est en titane.

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3. Un mois sans une thune

Au début, on se dit que ce n’est pas grave, que l’on est pas matérialiste. On mangera des pâtes au beurre, et puis voilà. Mais les factures tombent, impayées, et le ménage n’est plus fait car on n’a plus envie de rien. « Et si on allait au resto, ce soir ? » Non, on ne peut pas. Non, on n’empruntera pas à untel, je déteste l’endettement. On est là, on traîne. Non pas qu’on ait envie de faire quoi que ce soit, mais l’idée d’être contraint à ne rien faire de son week-end donne l’impression d’être enfermé. On se regarde en chien de faïence. Plus que 29 jours à tenir.

4. Le visionnage de l'intégrale Haneke

Un voyage aux tréfonds du malaise, du mal-être, de l’envie de mourir et du pessimisme. Une désillusion garantie sur le genre humain, un truc à vous couper toute envie d’avoir des gosses, toute envie de fonder une famille, toute envie de vivre. Ne plus jamais voir personne. Si malgré ça vous pouvez encore vous voir, c’est qu’avec Carla, c’est du sérieux.

5. Dix heures de bagnole dans les bouchons

Il y a eu diverses possibilités pour emprunter des nationales, mais tantôt l’un et tantôt l’autre ne l’ont, je cite, « pas senti ». Alors on est dans les bouchons. Le CD de Patricia Kaas passe en boucle pour la millième fois et Radio Classique joue un Requiem. On éteint la radio, on ne se parle pas. Celui qui conduit, c’est celui qui ne bronche pas ; l’autre examine la carte à la recherche de raccourcis. Il n’y a pas de raccourci. Il examine la carte pour faire quelque chose de ses mains. On aurait envie de fumer, mais peur que l’autre se sente mal : « Ca te dérange si je… » « Oui. » Ennemis rapprochés.

6. Une campagne électorale

Pour peu que les parties ne soient pas en accord sur tout, c’est l’occasion de découvrir un pan de la personnalité autre qui jusqu’alors était caché. C’est aussi l’occasion de se découvrir relativement intolérant. « Comment peut-on être aussi con pour dire des trucs aussi débiles ? » Viscéral, l’affrontement. Heureusement que ça ne dure QUE 6 mois.

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7. Le sida (ou une MST de type mortel)

Deux cas de figure :

– le sida a été refilé de l’un à l’autre et on aimerait bien, dans ce cadre, avoir une petite explication pour savoir comment ça a pu se produire cette affaire et qui est à blâmer et je te hais tu viens de gâcher ma vie. Si le couple tient, c’est inexplicable.

– seul une des parties a le sida. Hmm. Dans le cerveau de l’autre se joue l’équation suivante : si je me casse, je suis un salaud, j’abandonne une personne malade ; si je reste, je risque de le choper et je pourrai à coups sûrs pas faire de gosses. Hmm. L’humanité a bien des fois démontré son tempérament égoïste.

8. La mort de ton chien

Consécration de l’amour passé, objet de toutes les attentions, voilà le chien mort et il y a forcément un responsable. Il y a toujours un responsable. En tous les cas, on le désignera. Et une fois désigné, le responsable n’aura plus du tout du tout les atouts du passé. On se l’imaginera avec petite frange et moustache en brossette, parce que le responsable aura tué notre chien. Le salaud.

9. La conversion à une alimentation bio

Ou vegan. Ou reloue. En fait toute forme de changement de braquet alimentaire n’engageant qu’une seule des parties sur le papier mais qui vient s’immiscer dans le plaisir de l’autre. On ne mangera plus de viande à la maison. Il y aura des remarques distillées au supermarché. C’était pas dans le contrat, merde ! On s’est rencontré au Buffalo Grill, comment je pouvais savoir que tu m’obligerais 1 an plus tard à aller chercher des légumes sous la pluie à l’Amap ? Ressentiment secret. Ca finira par exploser.

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10. L'installation d'un bac à compost

Le foyer, cet espace chaleureux où l’on aime à se retrouver en toute confiance, ce lieu de partage, cet espace d’amour, n’est plus du tout une zone saine. Tout à l’heure, j’ai croisé un ver dans la douche. J’ai pleuré.

Si personne ne fuit, c’est probablement par flemme de descendre les escaliers.

Le niveau jouer à La bonne paie à côté du bac à compost n’a jamais été passé par personne.