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Vous vous reconnaissez davantage dans le personnage de la cigale que dans celui de la fourmi ? Vous vous êtes rappelé, il y a quelques heures à peine, qu'il y avait un examen qui s'appelle "le bac de français" dans quelques jours, et que cet examen nécessite un semblant de culture de votre part ? Vous devriez trouver ici des raisons d'espérer et de limiter les dégâts, en vous présentant le jour J avec le crâne empli de références littéraires indispensables à quiconque se retrouve dans votre situation.

  1. Les Fleurs du mal, de Charles Baudelaire
    Des vampires malicieux, des putains vénales et enrobées, des romances platoniques avec des chats, des alcooliques défoncés à l’absinthe ou au vin aux terrasses des cafés qui reluquent les minettes défilant sous leurs yeux...L'univers baudelairien est peuplé de créatures aussi véritables que fictives, aussi immorales que subversives, aussi salvatrices que destructrices, véracité fabuleuse qui fera de lui le moderne inspirateur des Rimbaud, des Verlaine et autres Mallarmé. Mais le bon peuple n'aime pas qu'on lui balance à la figure une vérité qu'il n'est pas habitué à contempler. Alors Charly est condamné pour outrage à la morale publique, et doit raquer 300 balles et supprimer de son recueil six de ses poèmes. Et pourtant, le procureur du procès répondait à la douce dénomination de Pinard, ce qui aurait pu le sensibiliser aux poésies évoquant la vinasse...Mais non.
  2. Madame Bovary, de Gustave Flaubert
    Emma Bovary, elle se fait chier dans la vie. Elle a épousé une sorte de médecin plein aux as, croyant qu’elle en était amoureuse, avant qu’elle ne s’aperçoive, au cours d'une sauterie mondaine, que son mari n’était qu’un gros beauf pantouflard qui ne sait même pas s'y prendre avec les nénettes et qui ne pourra jamais combler ses grandiloquentes envies romantiques. Mauvaise pioche. Assouvissant d'abord ses désirs exaltés refoulés par le biais de la littérature (on parlera dès lors de bovarysme), son échappatoire va bientôt prendre les contours de l'adultère, et pas forcément avec des héros romantiques en puissance. Elle contracte même des dettes hardcores pour aller se taper, à Rouen, un type aussi médiocre que son mec. Du coup, devant la tristesse abyssale de son existence de beauf provinciale, elle décide de bouffer de l'arsenic et de se foutre en l'air. Immoral et choquant, pour la société bien-pensante du XIXe siècle français.
  3. Alcools, de Guillaume Apollinaire
    Une cuite poétique et imaginative de quinze années : c'est le temps qu'il aura fallu à Apollinaire pour venir à bout des "Alcools", oeuvre pré-surréaliste et incroyablement moderne qui explore aussi bien le quotidien que la détresse amoureuse du poète, la mort comme la fuite du temps, aussi bien le vers libre que l'élégie classique cloisonnée. Le poète transforme les règles du lyrisme en les vivifiant en donnant à sa poésie une vocation chantante, malgré sa crudité qui en choqua beaucoup. Sans doute ceux-ci n'avaient-ils jamais eu en leurs possessions son roman érotique phare, "Les onze-milles verges", histoire d'un roumain qui explore avec aisance sadisme, masochisme, vampirisme et autre scatophile...
  4. Paroles, de Jacques Prévert
    Quand on n'aime pas l'Église qui condamne plus qu'elle ne sauve, l'école qui enferme plus qu'elle ne libère, la guerre qui détruit plus qu'elle ne construit, les bourgeois qui spolient plus qu'ils ne partagent, on peut beugler cette haine du système à la manière des Sex Pistols. On peut aussi le susurrer délicatement comme Prévert, au sein d'une poésie accessible au profane comme à l'érudit, au simple comme au brillant, à l'homme d'hier comme à celui d'aujourd'hui, au lycéen qui a passé son année à se la jouer studieux, comme à celui qui n'a rien branlé...
  5. Candide, de Voltaire
    Confronté aux boucheries barbares soldatesques de la guerre, aux superstitions ridicules et meurtrières, à l'incompétence de la médecine, à la vénalité de l'Église et du commerce, Candide, esprit naïf et innocent (on pourrait même dire candide), immaculé de tout a priori, finira par se dire qu'il n'y a que dans son jardin qu'il pourra être heureux, et que le monde extérieur, c'est vraiment de la merde. Par le biais de ce conte philosophique et moralisateur, Candide dénonce les thèses du philosophe allemand Leibniz (représenté par le personnage de Pangloss), dont le leitmotiv thématique prévoit que Dieu, être parfait, a fondé un monde à son image, le meilleur possible. "On disait que c'était qui déjà qui était naïf, Candide ou Leibniz ?"
  6. Dom Juan, de Molière
    Infidèle, séducteur, impie, hypocrite, libertin, blasphémateur, manipulateur...l'inusable personnage de Dom Juan, qui se retrouve aux Enfers chez Baudelaire dans "les Fleurs du Mal", accumule les vices au moins autant que ses conquêtes amoureuses, bourgeoises ou paysannes, qu'il séduit invariablement avant de les abandonner lâchement. Dom Juan, c'est un peu le Hitch de l'époque moderne, qui ne serait pas black, ne tomberait pas amoureux, et dont on ne devinerait jamais, ô grand jamais, le moindre de ses ressentis. Mouais, pas grand chose à avoir avec Hitch en fait.
  7. Bel-Ami, de Guy de Maupassant
    Pour réussir dans la vie quand on vient de province et que l'on est sans le sou, il faut s'inspirer de Georges Duroy, alias Bel-Ami pour les intimes : il suffit de se créer des relations et de savoir utiliser ses maîtresses à bon escient. Ainsi, vous pourrez devenir un journaliste connu du Tout-Paris sans avoir une vocation aucune pour la discipline, ainsi qu'un talent d'écriture proche du néant, rien qu'en laissant votre trouvaille féminine faire le boulot à votre place. Grande thématique littéraire du milieu du XIXe siècle, l'arrivisme du provincial débarquant dans la capitale avait déjà été étudiée par Balzac dans "le Père Goriot" avec son personnage d'Eugène Rastignac. Caressez-vous la moustache de plaisir, une adaptation cinématographique va bientôt voir le jour, avec Robert Pattinson dans le rôle de George Duroy (qui n'aura, pour le coup, pas de moustache...)
  8. L'Assommoir, d'Émile Zola
    Le roman qui a "l'odeur du peuple" (dixit Émile himself) et qui parle comme le peuple (c'est-à-dire assez mal), est le premier à disséquer le milieu ouvrier de la sorte et à en faire ressortir la misère morale et financière d'une manière aussi crue et réaliste. Gervaise, provinciale boiteuse mais jolie (sic), tente de se faire une place dans la capitale parisienne avec deux marmots sur le dos et un mari alcoolique et infidèle qui s'est cassé avec l'une des voisines. Parce que, tout de même, la vie à paname est dure, elle épouse Coupeau, un ouvrier pas très beau et un peu idiot, mais qui a un grand coeur, avant de devenir alcoolo, comme tous les mecs du quartier. C'est de fait l'un des leitmotiv du naturalisme de Zola, récurent dans "l'Assommoir" comme dans l'ensemble de la série des "Rougon-Macquart" : l'évolution de l'humain est conditionnée par le milieu social dans lequel il évolue ainsi que par l'hérédité. Si papa picole et que tu végètes dans un milieu prolo, y'a de fortes chances pour que tu deviennes à ton tour un pilier de comptoir. Pas de bole.
  9. Gargantua, de François Rabelais
    Manuel d'éducation du bon petit humaniste en même temps que chef-d'oeuvre d'ironie salasse, "Gargantua" est l’histoire d’un père consciencieux qui a bien remarqué que cette saleté de jeunesse filait un mauvais coton, et que s’il ne donnait pas à son petit fils chéri des bons conseils et un bon précepteur (Ponocrates) pour réussir sa vie, il allait terminer comme tous ces saletés de gauchistes branleurs de mes deux ("Un anachronisme ? C'est quoi ça ?"). Sauf que le petit souci, c’est que ce « petit » fils chéri n’en est pas vraiment hein. En fait, c’est un géant, qui a besoin d'une centaine de boeufs pour s'alimenter, qui urine sur les Parisiens et en noie un grand nombre, qui accroche les cloches de Notre Dame au cou de sa jument et qui se roule gaiement, entre deux repas et deux cuites, dans des ordures bien odorantes...Ne venez pas me dire après ça que c’est compliqué d’élever des gamins…
  10. L'Étranger, d'Albert Camus
    C'est l'histoire d'un mec (Meursault) qui ne pleure ni ne s'attriste à l'enterrement de sa mère, qui se marie sans amour ni passion, qui bute un mec parce qu'il a chaud et qu'il est aveuglé par un soleil luisant, et qui, du coup, se fait guillotiner par le système, la faute à une sincérité trop prononcée lors d'un procès où il provoque l'hilarité de la foule. Opus de la trilogie camusienne et existentialiste du "cycle de l'absurde", avec "le Mythe de Sisyphe" et "Caligula", "L'Étranger" c'est la fatalité qui se joue de l'homme, emporté par des événements qu'il ne pense ni ne contrôle. C'est aussi un putain de bon bouquin, que vous avez intérêt à avoir lu pour le bac, bande de petits branleurs.

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