Le confinement a eu pour conséquence de nous forcer à passer beaucoup plus de temps avec nos enfants que de raison. Et les enfants, qui ne sont pas encore au fait de ce que c’est que la vie réelle avec ses impôts, ses crédits à rembourser, ses loyers, ses cailloux dans les chaussures et le repas du soir qu’il faut commencer à préparer dès 18h30, pensent le monde en termes de jeu. Voilà donc le lot de toute personne chargée de surveiller des gosses : jouer pour occuper les enfants pendant le confinement. Mais comme les enfants ont bien du mal à élaborer des pensées complexes, il n’y a d’autre choix que de jouer à des jeux simples. Et c’est là que ça se complique.

1. La bataille

Le jeu le plus nul du monde : on tourne des cartes au hasard et c’est la plus grande qui gagne. Ensuite, quand on a toutes les cartes on a gagné. Et que c’est parti pour 6 heures d’ennui parce que le principe du hasard c’est qu’il répartit la chance aléatoirement pendant des durées infinies. Autant dire qu’on s’ennuie très très fortement et qu’on a tout le temps de réfléchir à des questions existentielles comme « pourquoi est-ce que j’ai fait des gosses bordel ? ».

2. La bataille corse

Le jeu le plus nul du monde où en plus on se fait mal car quand les cartes sont de même valeur le premier qui tape remporte le pli. Les enfants n’étant pas connus pour leur sens de la mesure quand il s’agit de déclencher une frappe réflexe, on s’en tirera avec des ampoules au mieux et une entorse au poignet plus vraisemblablement tout en s’ennuyant pendant des heures car le hasard, encore une fois, répartit la chance à égalité. Ennui 2000.

3. Les mikados

L’ennui à son paroxysme et la subjectivité itou. Comment expliquer à un enfant de 5 ans dont la motricité n’est pas terminée que si, bordel de merde, ça a bougé ? Jouer aux mikados est en soi une activité fastidieuse ; jouer aux mikados avec un gosse qui a décidé de s’affranchir des règles, ça consiste en réalité à ranger peu à peu des bouts de bois en pagaille. Est-ce qu’on peut appeler ça un jeu ? Pas sûr. Plutôt une invitation au suicide.

4. Les dominos

Les dominos, contrairement à ce que l’on peut penser, peut être un super jeu de stratégie assez complexe, sans quoi d’ailleurs on ne verrait pas des Chinois sur les places de Chine y jouer pendant des heures. Mais dès lors que vous mettez un enfant à une table face à des dominos, le jeu consistera simplement à faire de l’assemblage de numéros les uns à côté des autres, ce qui est à peu près aussi chiant que de mettre à jour un fichier Excel, disons le.

5. Le Cluedo

Le Cluedo est à peu près tout sauf un jeu de déduction : c’est un jeu de mémoire, d’élimination et surtout de chance. Demandez à un enfant d’y jouer et tout sera foutu parce que l’enfant ne comprendra pas qu’il ne s’agit pas de deviner magiquement qui a tué, où, et avec quoi. Il posera donc des questions complètement au hasard, trichera sur ses parcours avec les dés et, surtout, trichera en ne montra pas les cartes qu’il possède pourtant dans la main. Autrement dit une partie foutue en l’air par la présence du gniard qui ne fera aucun effort pour découvrir les conditions de la mort de ce bon docteur Lenoir.

6. Le petit bac

Jouer à un jeu de vocabulaire avec une petite personne qui ne possède pas de vocabulaire, c’est assez frustrant. Et comme vous n’avez pas l’ambition d’humilier cette petite personne en l’éclatant, voilà que vous vous retrouvez à perdre exprès face à un individu qui a l’outrecuidance d’inventer des noms d’animaux commençant par un y dans le seul et unique but de gagner parce que s’il y a bien un truc que les enfants ne supportent pas, c’est la défaite : heureusement, on a des conseils pour gagner au petit bac à tous les coups.

7. Le jeu des 7 familles

Normalement, un enfant possédant un nombre idoine de chromosomes devrait être capable de jouer au jeu des 7 familles. Toutefois, il faut bien reconnaître que passé l’âge correspondant à ce nombre de chromosomes, on s’emmerde royalement à demander si dans la famille Grocu l’autre possède la fille pour ensuite piocher tristement et se retrouver avec un des membres non sollicités de la famille Saltete. Chienne de vie.

8. Le mémory

Laisser gagner un enfant au mémory, c’est un peu comme offrir un carton mouillé à un clochard : ça ne sert à rien et c’est humiliant. Mais putain où est passé l’autre lapin rose ? Au pire, tu peux toujours acheter un mémory géant, ça sera toujours plus fun, si tant est que le mot fun signifie autre chose que nul et ennuyeux.

9. Le jeu du portrait

Et que je pense à quelqu’un et que tu dois deviner en posant des questions auxquelles il faut répondre par oui ou non. Le jeu le plus simple du monde. Sauf que les gosses ne pensent qu’à des YouTubeurs dont tu n’as jamais entendu parler et qu’ils ont bien du mal à trouver Romy Schneider. Le fossé des générations.

10. Diplomatie

Diplomatie est probablement le jeu le plus compliqué du monde. Il s’agit d’organiser des tractations pendant et en dehors du jeu sur des soirées et des soirées et des soirées et des soirées en essayant de tromper l’adversaire. Quelle est le pourcentage de chances qu’un enfant sache y jouer ? Quel est le pourcentage de chances qu’on ne passe pas l’essentiel de la partie, étalée je le rappelle sur plusieurs jours, à réexpliquer en permanence les règles et le but du jeu au gosse ? 0. La réponse est 0. Ne faites pas cette erreur.

Le mieux, c’est encore de les punir pour rien pour qu’ils aillent dans leur chambre et enfin avoir la paix.